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Géodésie : histoire des premiers géomètres

Dossier - Qu'est-ce que la géodésie ?
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La Terre est ronde. Oui, mais encore ? Quelle est exactement sa taille ? sa forme ? Qu'en est-il de son champ de gravité ? La géodésie est une science fascinante qui tente de répondre à ces questions. Découvrez-la dans ce dossier.

  
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Qui furent les premiers géomètres ? Découvrez-le sans plus attendre en plongeant au temps de la Rome antique.

C'est durant la Rome antique qu'est née la fonction actuelle de géomètre. En ce temps-là, les Romains avaient un statut juridique et technique des terres parfaitement défini. Cependant, les guerres de l'empire enlevaient de nombreuses terres aussi facilement qu'elles les avaient données aux possessores agrorum (« possesseurs de terres »).

Qui furent les premiers géomètres ? © Tom Wang, Shutterstock

Les arpenteurs

Le besoin des arpenteurs (personnes qui cheminaient sur les terres afin de mesurer celles-ci) se fit alors sentir. On les appelait « gromatici vertes ». Il s'agissait d'arpenteurs-diplomates dans le sens où certains d'entre eux étaient désignés pour régler ces problèmes de possession pour rendre aux propriétaires ce qui avait été volé pendant les guerres de l'empire. Par leur fonction, ils étaient déjà des géomètres (topographes, avec des connaissances des règles de droit foncier). Ils participaient aussi à l'archivage des parcelles. En fait, Rome eut recours aux arpenteurs dès qu'elle eut à gérer l'« ager publicus », la part des terres qu'elle confisquait aux vaincus.

Un gromatici vertes utilisant la groma. © DR

Pour la topographie romaine, la mesure des terres est basée sur un carré de 2.400 pieds de côté (1 pied = 29,4 cm), mais la surface primaire est un carré de 120 pieds de côté, c'est l'actus quadratus. Pour tracer un réseau de base nécessaire aux mesures, l'arpenteur choisit un point de départ (en général, de vieilles pierres taillées et gravées en leur centre) et trace par alignement deux axes perpendiculaires dénommés cardo maximus (axe nord-sud, le pivot principal) et decumanus maximus (axe est-ouest). À partir d'eux, il déterminait des parallèles tous les 2.400 pieds. Il s'agissait des premières mesures planimétriques de l'Empire romain, que l'on archivait dans un but de protection de la possession. Pour les mesures de niveaux, les arpenteurs utilisaient le « chorobate » : c'est un banc d'environ 3 m creusé en une rainure sur la planche supérieure. On y versait de l'eau et on calculait le niveau.

Détermination du cardo maximus avec la groma. © DR

En période médiévale, les arpenteurs prenaient leurs mesures linéaires avec des « destres » (perches) en bois (un destre = 4,088 m) et, dans certaines conditions, avec des cordes. Les équerres dessinées au compas étaient très importantes pour l'alignement. « Celui qui manie l'équerre, l'escairador, est investi d'une mission divine », disait-on des arpenteurs à cette époque. C'est en 1555 qu'ont été créés les offices d'arpenteurs royaux. Petit à petit, se créa le métier d'arpenteur-juré : c'est le travail juridique de définition du nouveau domaine royal français qui leur donna cette fonction (« juré » signifiant « ayant prêté serment » dans le cadre de la justice seigneuriale).

Le chorobate. © DR

Le géomètre au sens actuel du terme n'existait pas sous l'Ancien Régime, qui ne connaissait que des arpenteurs. Le dictionnaire de l'Académie française de 1694 dit : « Géométrie : science qui a pour but tout ce qui est mesurable, les lignes, les superficies, les corps solides ». L'illustration alors donnée d'un géomètre est : Euclide, Archimède, Descartes, Huygens, Hooke. 

Aux XVIe et XVIIe siècles, un géomètre était un mathématicien. Il était dit : « Celui qui sait la géométrie, les dimensions terriennes et abstraites, est géomètre ». D'Alembert lui-même disait que tout mathématicien est géomètre car il est impossible d'être mathématicien sans connaître la géométrie. C'est seulement à partir du XVIIIe siècle et pendant le XIXe siècle que le géomètre est associé à l'arpenteur-géomètre. La mutation finale se fit au XXe siècle, pendant lequel le géomètre était le spécialiste de la géométrie et des levés de terrain. Mais l'évolution du terme retint aussi le mot « expert », qui renvoie à la dimension judiciaire de la profession et à sa capacité d'expertise auprès des tribunaux.

Les ingénieurs géographes

À côté des arpenteurs, il faut mentionner les ingénieurs géographes. À la fin du XVIIe siècle, les progrès scientifiques et l'évolution de l'art militaire suscitèrent un vif besoin de documents graphiques pour la préparation des campagnes militaires. Des Hommes sont rassemblés pour éditer ces documents cartographiques grâce à des levés de terrain (le plus connu : Vauban, qui forma ces hommes et qui créa plus tard un corps nommé « génie »). Ces ingénieurs virent naître un nouveau type de levés, ceux de grandes surfaces, plus grandes que les simples alentours de forteresses.

Dès 1789, on dénombrait 10.000 arpenteurs en France. L'arpentage devint indissociable de l'agencement des terres. Les géomètres étaient intimement liés à ce qui est aujourd'hui le cadastre. Quand Napoléon décida et fit passer une loi le 15 septembre 1807, l'appareil administra.