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Le Paléozoïque ou l'âge d'or des poissons cartilagineux

Dossier - La longue histoire des requins
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S'il est vrai que les requins sont le résultat d'une très longue histoire,il faut savoir que le requin que nous connaissons aujourd'hui n'a que peu de choses à voir avec ses premiers ancêtres, vieux de 430 millions d'années.

  
DossiersLa longue histoire des requins
 

Le paléozoïque (entre 543 et 248 million d'années) représente en quelque sorte l'apogé des requins. Ils atteignirent à cette période une diversité que l'on a peine aujourd'hui à imaginer.

Leur début fut cependant difficile. Les tout premiers fossiles de requins datent du Silurien supérieur et sont agés d'environ 430 millions d'années. Ils ne sont connus que par de minuscules denticules dermiques, suggérant que ces animaux étaient de petites tailles et dépourvus de dents. Jusqu'à la fin du Dévonien, il y a 354 millions d'années, leur succès restera limité. La raison de ces débuts difficiles est certainement la rude concurrence des placodermes dans les mers paléozoïques. Ces poissons dont la partie antérieure du corps était protégée par un bouclier osseux pouvaient atteindre 10 mètres de long et régnaient sur les océans de l'époque. Les requins évoluent à leur côté et adoptent des formes assez proches de ce que nous pouvons voir aujourd'hui, mais restent cependant beaucoup moins perfectionné, au moins en termes d'agilité et de vitesse.

En Amérique du Nord, au Dévonien supérieur, le placoderme Holdenius attaque le requin primitif Ctenacanthus . © Dessin Alain Beneteau

Après l'extinction des placodermes à la fin du Dévonien, les chondrichthyens vont se diversifier et occuper à peu près toutes les niches écologiques aquatiques disponibles. Cette diversification va entrainer l'apparition de formes bien éloignées de l'image que l'on peut avoir de ces animaux en se basant sur des formes actuelles. Il est vrai que cette diversification va surtout profiter à ce que l'on appelle les euchondrocéphales, qui incluent les chimères actuelles, plutôt qu'aux élasmobranches, qui englobent les requins et les raies modernes.

De nombreuses lignées vont développer tout un arsenal de pointes et de pics afin d'assurer leur protection, notamment au sein des ménaspides et des Symoriiformes, mais ces attributs jouaient également un rôle dans la reproduction, et chez certains Symoriiformes, seuls les mâles possédaient de tels ornements, sans doute destinés à séduire les femelles. Les pétalodontes vont quant à eux se spécialiser dans la prédation des invertébrés protégés par une coquille dure dans les récifs, adoptant une forme de nageur de précision bien loin de la forme hydrodynamique des requins actuels. Ce qui n'empéchera pas certains d'entre eux, comme Belantsea, d'atteindre des tailles fort respectables, de plus d'un mètre de longueur.

© Dessin Alain Beneteau

Au carbonifère, il y a 300 millions d'années, co-existaient en Amérique du Nord l'épineux Traquairius, un ménaspide et le nageur de précision Belantsea, un pétalodonte. Ces deux poissons sont cependant plus proches de nos actuels chimères que des requins a proprement parler.

Libérés de la concurrence des placodermes, les chondrichthyens vont également accroître significativement leur taille et on verra apparaître des formes de plus de trois mètres de long qui occuperont la niche de superprédateurs dans les oceans. Certains, comme Helicoprion, développeront une impressionnante scie circulaire à l'extrémité de leur gueule, contenant jusqu'à 160 dents. Mais la sphère d'influence des chondrichthyens ne se limitent pas aux océans, ils vont également se developper dans les milieux d'eau douces, notamment avec les xénacanthes. Ces derniers possédaient un long corps anguilliforme qui leur permettait de se déplacer sans encombre dans la jungle aquatique des marais du Paléozoïque, et leur taille pouvait dépasser deux mètres.

Deux xénacanthes des marais allemands du Permien, il y a environ 260 millions d'années: Orthacanthus à gauche et Triodus à droite.© Dessin Alain Beneteau

A la fin du Permien survient ce que l'on appelle une extinction en masse : une grande quantité d'espèces disparaît soudain de la surface de la terre sans laisser de trace (dont environ 90 % des espèces marines). Parmi les victimes, on comptera la plupart des chondrichthyens que nous avons briévement décrit ci-dessus. Seuls quelques xénacanthes survivront pour un temps dans le système suivant, le Trias, qui ouvre ce que l'on appelle le Mésozoïque, plus connu pour être l'ère durant laquelle ont vécu les dinosaures. Une conjonction de plusieurs facteurs semble être à l'origine de cette crise permo-triasique. En premier lieu, la baisse du niveau des mers à cette époque aurait eu pour conséquence la destruction des environnements côtiers.

Ensuite, une activité volcanique anormale aurait induit un réchauffement de l'atmosphère. Enfin, la formation de la Pangée, c'est-à-dire la réunion des masses continentales de l'époque en un seul supercontinent, a eu pour effet de réduire encore la superficie des environnements côtiers. Tous ces évènements ont probablement contribué à modifier les conditions de vie de nombreux organismes marins, et ceux qui n'ont pu s'adapter à ce nouvel environnement ont disparu, comme ce fût le cas de nombreux chondrichthyens. Cela sonne le glas de l'âge d'or des chondrichtyens, qui n'atteindront plus jamais un tel niveau de diversité et d'abondance dans les océans du globe.

© Dessin Alain Beneteau

Carte paléogéographique de la Terre au Permien, il y a 250 millions d'années. A cette époque, tous les continents étaient regroupés en un vaste 'supercontinent', la Pangée, réduisant de facto l'étendue des zones cotières favorables a la vie marine.