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Une chronique de 110 millions d'années

Dossier - Région PACA : Les Ocres
DossierClassé sous :géologie , art pariétal , ocres

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De Lascaux à la grotte Chauvet, nos ancêtres étaient déjà en quête de terres colorées qui leur permettaient d'exprimer cet art pariétal dont les merveilles nous sont parvenues dans un état de fraîcheur surprenant. De tout temps l'homme a recherché les couleurs que la nature pouvait lui offrir, depuis les argiles colorées, en passant par les oxydes de fer ou de manganèse, jusqu'aux colorants artificiels du vingtième siècle.

  
DossiersRégion PACA : Les Ocres
 
  • Aux origines marines

Née au fond des mers à l'ère secondaire, la roche qui générera l'ocre est un simple grès, constitué par des grains de sable que les vagues et courants accumuleront sur 30 mètres d'épaisseur. Dans les roches de Roussillon, les multiples bancs de sable retracent la vie du fond océanique. C'était il y a 110 millions d'années, à une période que l'on appellera l'Aptien, du nom de la ville d'Apt toute proche. Dans le grès, les germes de l'ocre sont déjà présents sous la forme d'un minéral vert riche en fer nommé la glauconie.

  • La Provence des dinosaures

Quelques millions d'années plus tard la Provence des dinosaures s'asséchera dans un immense soulèvement géologique. Les sédiments du fond des mers se retrouveront à l'air libre et subiront les intenses phénomènes d'érosion et d'altération du climat tropical de l'époque. Les pluies lessiveront les sols, transformant leurs surfaces en une carapace ferrugineuse identique à celle de certaines régions d'Afrique.

C'est de cette gigantesque chimiosynthèse que naîtront les sables ocreux issus de l'altération des petits cristaux de glauconie en oxydes de fer. En circulant dans le sol les eaux de pluies emporteront les substances colorantes des grès, métamorphosant ceux-ci en roches immaculées et stériles. Elles déposeront ensuite leur charge minérale plus profondément, plus bas dans la terre, créant ainsi la palette des ocres jaunes et rouges de Roussillon. Plus tard et durant toute la phase active du soulèvement de la Provence et des Alpes, des mouvements du sol disloqueront les sables ocreux.

Veines d'ocres à Roussillon Crédits photos - tous droits réservés - Patrice VISIELOFF, TERRE ET VOLCANS.

  • Un livre d'histoire naturelle dans les falaises

Ces événements du passé sont encore aujourd'hui gravés dans les roches de Provence, il suffit de les lire comme un livre ouvert sur 110 millions d'années d'histoire naturelle. A Roussillon, l'ancien sol tropical avec sa croûte ferrugineuse est aisément reconnaissable à l'entrée du sentiers des ocres. Dans les falaises, les stratifications obliques des grès témoignent de l'origine marine de ces dépôts avec, encore décelables, le sens des courants marins et les traces des galeries des vers et autres mollusques qui vivaient sur le fond de l'océan ancestral . De même, les rochers situés à l'entrée du site montrent d'intéressantes veines violettes et roses, cassées et fracturées, attestant ainsi de la violence des tremblements de terre qui affectèrent la région.

Veines d'ocres fracturées à Roussillon Crédits photos - tous droits réservés - Patrice VISIELOFF, TERRE ET VOLCANS.

Dans le gisement de Rustrel, la succession colorée des dépôts d'ocre est visible dans les parois, avec notamment les fameux sables blancs, riches en kaolinite (Al4Si4O10OH8) une argile soyeuse issue de l'altération des grès. C'est ainsi que naquirent dans les tourmentes géologiques passées, les fabuleux gisements d'ocre du Vaucluse.

  • L'alchimie de l'ocre

Qu'elle est la nature de cette poudre ? Du sable et du fer dans tout ses états dit-on. En effet, les multiples degrés d'oxydation et d'hydratation possibles du fer sont à l'origine de ces minéraux pigments, comme les hématites (Fe2O3), goethites et autres limonites (FeO-OH,nH2O).

Détail d'incrustations ferrugineuses dans les grès de Rustrel Crédits photos - tous droits réservés - Patrice VISIELOFF, TERRE ET VOLCANS.

Pour compléter ce florilège, le manganèse ( MnO2...MnO-OH), l'aluminium et les silicates sont autant d'ingrédients catalyseurs pour étendre la gamme des ocres aux 24 teintes officiellement recensées, allant du gris au vert, en passant par le jaune et le rouge.