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L'exploitation des marbres jurassiens de l'Antiquité au 18e siècle

Dossier - Marbres et marberies du Jura
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Actuellement renommé pour ses vins, ses fromages et ses paysages, le département du jura l'était au 19e siècle pour ses... marbres. Partez à la découverte des marbres.

  
DossiersMarbres et marberies du Jura
 

Contrairement à ce que pensaient les érudits du 19e siècle, les roches jurassiennes ne semblent, durant l'Antiquité, pas avoir été mises en oeuvre en tant que pierres marbrières. Une étude récente menée par Danielle Decrouez (conservateur en chef, Muséum d'Histoire naturelle, Genève) et Robert Le Pennec (archéologue, Saint-Claude), tant sur les fouilles en cours en Franche-Comté que dans les collections des musées, ne permet pas de retrouver le moindre marbre jurassien. Tout au plus signalent-ils comme pierre locale, pour des échantillons issus de Besançon (Doubs) et Villards-d'Héria (Jura), une lave volcanique de couleur verte qui pourrait être du porphyre de Belfahy (Haute-Saône) et des granites provenant peut-être des Vosges.

Sanctuaire gallo-romain de Villards-d'Héria : fragments de pierres et de marbres. Musée d'Archéologie, Lons-le-Saunier- Photo : Inv. J. Mongreville - © Inventaire général, ADAGP, 1998

L'utilisation du marbre jurassien est certaine pour la fin du Moyen Age, avec des carrières attestées à Montagna-le-Reconduit, Loisia, Miéry et Sampans, et, pour l'albâtre, à Foncine-le-Bas, Salins-les-Bains et Saint-Lothain.

Profil d'empereur romain en albâtre de Boisset, commune d'Aresches. Besançon, Palais Granvelle - Photo : Inv. J. Mongreville - © Inventaire général, ADAGP, 1997

Aisé à travailler, d'un aspect agréable, adapté à la statuaire, ce dernier est mis en œuvre dans une réalisation de prestige : la sculpture des tombeaux de l'église de Brou, à Bourg-en-Bresse (Ain), voulus par la régente des Pays-Bas Marguerite d'Autriche et achevés en 1531. Plus généralement, l'albâtre du Jura est utilisé à cette époque pour nombre de statues de Bourgogne et de Franche-Comté, mais aussi pour des pièces de moindres dimensions tels ces profils d'empereurs romains et celui du cardinal Granvelle commandés, au milieu du 16e siècle, au sculpteur salinois François Landry par la femme du chancelier Granvelle pour son palais bisontin et réalisés en albâtre de Boisset (lieu-dit de la commune d'Aresches, près de Salins).

Profil d'empereur romain en albâtre de Boisset, commune d'Aresches. Besançon, Palais Granvelle - Photo : Inv. J. Mongreville - © Inventaire général, ADAGP, 1997

Au milieu du 16e siècle, à Dole, capitale de la Comté, s'ouvre un atelier de sculpture ornementale dont les œuvres, faisant appel aux marbres locaux, vont contribuer au déclin du gothique flamboyant face à l'italianisme de la Renaissance.

Cet atelier se développe autour de deux sculpteurs, Denis le Rupt (?-vers 1583) et Claude Arnoux dit Lulier (vers 1510-1580), originaires de Gray. Ornemaniste, Denis le Rupt porte à son épanouissement le goût comtois pour la polychromie, alliant le blanc de l'albâtre au noir de la pierre de Miéry - issue d'un niveau géologique qui s'exploite aussi à Thoraise et à Torpes, près de Besançon - et au rouge du marbre de Sampans. Lulier complète le Rupt pour ce qui relève de la statuaire et des reliefs. Ainsi pour le décor de la chapelle d'Andelot, réalisée de 1556 à 1563 à l'église de Pesmes (Haute-Saône), en association avec le Pesmois Nicolas Bryet.

Intérieur de la chapelle d'Andelot en l'église paroissiale Saint-Hilaire, Pesmes - Photo : Inv. Y. Sancey - © Inventaire général, ADAGP, 1997

Après la conquête de la Franche-Comté par Louis XIV en 1678, la production d'œuvres d'art en marbre reprend alors que se répand l'usage des cheminées dans l'hôtel particulier et la maison bourgeoise.

Ensemble du maître-autel de la chapelle du collège de l'Arc, Dole - Photo : Inv. Y. Sancey - © Inventaire général, ADAGP, 1997

C'est à partir de cette époque que sont fabriqués ces autels qui se retrouvent dans nombre d'églises de la région et allient aux marbres jurassiens (rouge et jaune de Sampans et Damparis, et noir de Miéry, presque toujours présents) des marbres étrangers (blanc de Gênes par exemple). Tel est le cas pour la chapelle du Collège de l'Arc, célèbre par le retable réalisé en 1742 par François Franque, associant marbres de Sampans et Damparis et, peut-être, Audelange.