La réponse à cette question dépend en grande partie de la définition de ce mot, employé tout à fait différemment par les géologuesgéologues et les marbriers.

Echantillon de Jaune fleuri de Pratz (carrière de Champied ?) : calcaire graveleux veiné, jaune, Crétacé inférieur (Barrémien). Musée d'Archéologie, Lons-le-Saunier - Photo : Inv. Y. Sancey - © Inventaire général, ADAGP, 1997

Echantillon de Jaune fleuri de Pratz (carrière de Champied ?) : calcaire graveleux veiné, jaune, Crétacé inférieur (Barrémien). Musée d'Archéologie, Lons-le-Saunier - Photo : Inv. Y. Sancey - © Inventaire général, ADAGP, 1997

Echantillon de marbre de Sampans dit Grain d'orge : calcaire à oncholithes, rouge, Jurassique moyen (Bajocien supérieur). Musée d'Archéologie, Lons-le-Saunier - Photo : Inv. Y. Sancey - © Inventaire général, ADAGP, 1997

Echantillon de marbre de Sampans dit Grain d'orge : calcaire à oncholithes, rouge, Jurassique moyen (Bajocien supérieur). Musée d'Archéologie, Lons-le-Saunier - Photo : Inv. Y. Sancey - © Inventaire général, ADAGP, 1997

Pour un géologue, le marbremarbre est un calcairecalcaire ou une dolomiedolomie métamorphisés, autrement dit une roche carbonatéeroche carbonatée contenant au moins 50 % de calcitecalcite ou de dolomite et qui a subi une transformation à l'état solidesolide à la suite d'une élévation de température et/ou d'une augmentation de pressionpression.

Echantillon de brèche de la Maladière, commune de Saint-Amour : brèche calcaire polygénique, polychrome, Tertiaire (Oligocène). Musée d'Archéologie, Lons-le-Saunier - Photo : Inv. Y. Sancey - © Inventaire général, ADAGP, 1997

Echantillon de brèche de la Maladière, commune de Saint-Amour : brèche calcaire polygénique, polychrome, Tertiaire (Oligocène). Musée d'Archéologie, Lons-le-Saunier - Photo : Inv. Y. Sancey - © Inventaire général, ADAGP, 1997

Cette modification occasionne une recristallisationrecristallisation et un accroissement de la duretédureté qui permettent au marbre d'acquérir le poli, la présence d'impuretés lui donnant sa coloration (carbonecarbone pour le noir, le gris et certaines teintes bleutées, oxydes de ferfer pour le rouge, sels de manganèsemanganèse pour le violet, etc.). Il en résulte un matériaumatériau de choix pour l'ornementation, où couleurcouleur, dureté et poli sont appréciés.

Echantillon de marbre de Sampans (carrière des Chevanny) : calcaire oolithique réticulé, jaune/rouge, Jurassique moyen (Callovien). Collection particulière : Robert Le Pennec, Saint-Claude - Photo : Inv. Y. Sancey - © Inventaire général, ADAGP, 1997

Echantillon de marbre de Sampans (carrière des Chevanny) : calcaire oolithique réticulé, jaune/rouge, Jurassique moyen (Callovien). Collection particulière : Robert Le Pennec, Saint-Claude - Photo : Inv. Y. Sancey - © Inventaire général, ADAGP, 1997

C'est cette dernière caractéristique qui, retenue par l'industrie de la pierre, élargit considérablement le domaine d'intervention du marbrier. En effet, ainsi que l'indique en 1866 Théodore Château dans sa Technologie du bâtiment, sont alors réunies sous l'appellation marbre « toutes les espècesespèces de pierres susceptibles du poli ; c'est pourquoi les anciens ont compris dans le nombre des marbres les granitesgranites, les porphyresporphyres, les jaspes et les albâtres. »

Actuellement, l'appellation marbre est comprise suivant son sens géologique ; les pierres marbrières, ou pierres froides, ne regroupent quant à elles que des pierres calcaires très dures susceptibles de poli.

 Echantillon de marbre de Damparis : calcaire graveleux à mollusques, beige rosé, Jurassique supérieur(«Séquanien »). Musée d'Archéologie, Lons-le-Saunier - Photo : Inv. Y. Sancey - © Inventaire général, ADAGP, 1997

Echantillon de marbre de Damparis : calcaire graveleux à mollusques, beige rosé, Jurassique supérieur(«Séquanien »). Musée d'Archéologie, Lons-le-Saunier - Photo : Inv. Y. Sancey - © Inventaire général, ADAGP, 1997

Alors : du marbre dans le Jura ? La réponse des géologues est bien décevante : ce département ne renferme pas le moindre marbre.

Néanmoins, depuis le 16e siècle au moins, marbriers et artistes ont mis en œuvre nombre de pierres marbrières locales (calcaires et albâtre essentiellement), regrettant leur fragilité ou, tout au contraire, se félicitant de leur qualité et de leur variété. Ainsi le sculpteur Michel Colombe, « tailleur d'ymaiges du roi », écrit-il en 1511 à propos de l'albâtre de Saint-Lothain : « pourveu que la dicte pierre soit tirée en bonne saisonsaison et les moyens bancs découvertz avec grand et ample descombre, fait sur le bon endroit, c'est très bon et très certain marbre d'albastre, très liche "lisse" et très bien polissable en toute perfection et un trésor trouvé au pays de ma dicte dame, sans aller cuérir austres marbres en Italie ny ailleurs ; car les autres ne se polissent point si bien et ne gardent point leur blancheur, ains "mais" se jaunissent et ternissent à la longue. »

Echantillon d'albâtre de Saint-Lothain : gypse grenu, semi-transparent, blanc/beige, Trias supérieur. Musée d'Archéologie, Lons-le-Saunier - Photo : Inv. Y. Sancey - © Inventaire général, ADAGP, 1998

Echantillon d'albâtre de Saint-Lothain : gypse grenu, semi-transparent, blanc/beige, Trias supérieur. Musée d'Archéologie, Lons-le-Saunier - Photo : Inv. Y. Sancey - © Inventaire général, ADAGP, 1998

Malgré un avis aussi autorisé, les pierres du Jura peuvent difficilement se comparer aux vrais marbres, d'Italie ou d'ailleurs. Elles ont toutefois connu, au niveau régional puis national, une célébrité certaine justifiant l'appellation donnée par les marbriers que, par commodité, nous adopterons.

Echantillon de marbre de Miéry : calcaire à gryphées, noir/blanc, Lias (Sinémurien). Musée d'Archéologie, Lons-le-Saunier- Photo : Inv. Y. Sancey (c) Inventaire général, ADAGP, 1997

Echantillon de marbre de Miéry : calcaire à gryphées, noir/blanc, Lias (Sinémurien). Musée d'Archéologie, Lons-le-Saunier- Photo : Inv. Y. Sancey (c) Inventaire général, ADAGP, 1997

C'est ainsi que, dans l'état actuel des recherches, des marbres ont été reconnus dans 93 des 543 communes que compte le département du Jura, l'exploitation ayant été pratiquée au cours des siècles de manière sûre dans 66 d'entre elles. L'extraction d'albâtre gypseux est par ailleurs avérée dans 5 communes. Si les facièsfaciès sont nombreux, les plus connus sont ceux de Sampans, Damparis, Miéry et Saint-Lothain, auxquels il faut ajouter la brèche de la Maladière (Saint-Amour), la brocatelle de Chassal et le Jaune fleuri de Pratz.