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Les aménagements et leurs impacts

Dossier - Côte Picarde : Evolution et aménagements
DossierClassé sous :Géologie , géographie , côte picardie

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La façade maritime de la Picardie s'étend sur plus de 40 km, depuis Mers-les-bains, au Sud, jusqu'à la baie de l'Authie, au Nord. De belles plages, des falaises crayeuses, des villes historiques, ruines romaines...

  
DossiersCôte Picarde : Evolution et aménagements
 
Quels sont les impacts de certains aménagements ? © Steve C, Flickr, CC by-nc 2.0

Les interventions humaines sur le littoral sont diverses; elles visent souvent à pérenniser le trait de côte. On peut citer:

  • la continentalisation de zones marines littorales (polders)
  • la protection de la ligne de côte contre l'hydrodynamisme et l'érosion marine
  • l'entretien des chenaux d'accès aux ports.

D'autres interventions visent à exploiter la production alimentaire de la zone littoral: conchyliculture, pisciculture.

1°) Annexion de zones marines

Les zones littorales sont plates et constituées de sédiments fins trés fertiles lorsqu'ils ont perdu leur sel. Depuis longtemps, l'homme a cherché à récupérer ces terrains par des endiguements.

Chronologie de la construction des digues et l'extension du domaine continental sur le littoral picard: les polders formés constituent les "Bas Champs". © Reproduction et utilisation interdites

En Baie de Somme, les digues successives construites depuis le Moyen-Age ont peu à peu réduit la zone marine et diminué le volume d'eau oscillant à chaque marée. Les courants ont diminué et la sédimentation a été favorisée. Le processus naturel de comblement a été accéléré. Les terrains endigués (polders ou "bas-champs") se trouvent au-dessous du niveau des hautes mers. Leur drainage est effectué en direction du rivage par des chenaux fermés par une porte à marée haute. Les digues anciennes généralement en terre sont rendues plus fragiles par la remontée du niveau marin et peuvent être ouvertes par brèche au cours des tempêtes: les zones internes qu'elles protègent sont alors inondées. Ce risque est bien présent dans les grands estuaires de la Mer du Nord. L'inondation des Bas-Champs picards s'est produite lors de la grande tempête de 1990.

2°) Maintien de la ligne de côte

a - Les falaises

Le recul des falaises est un phénomène bien connu historiquement qui a provoqué notamment la disparition ou la relocalisation périodique de villages ou de bourgs. Sur le littoral picard, le cas de la petite ville d'Ault est exemplaire: l'emplacement du bourg au Moyen Age est situé sur le platier d'érosion actuel. La vitesse du recul peut atteindre 30 cm par an.

L'érosion et le recul des falaises sont ralentis par des perrés, des épis et autres travaux de consolidation. L'accumulation de galets aux pieds de la falaise joue également un rôle protecteur. Les interventions lourdes, comme celles appliquées à la falaise d'Ault, sont coûteuses, ont une durée limitée et ne font que déplacer la zone d'érosion vers les portions du rivages non protégées. La protection de la falaise d'Ault a déplacé l'érosion en aval par rapport au sens moyen de la dérive littorale.

Travaux de protection d'une falaise (d'après document D.D.E.): (1): épi (2): stock de galets retenus par l'épi (3): perré (4): galets mobiles déplacés par la dérive littorale © Reproduction et utilisation interdites
Travaux de protection d'Ault-Onival (Somme): épi sur le platier, enrochement et remblai en pied de falaise, console bétonnée ("casquette") au-dessus. © Reproduction et utilisation interdites
Epi métalique en pied de falaise © Reproduction et utilisation interdites
Surveillance de la falaise de Criel (1O6 m de haut) en Seine maritime par sismographie. © Reproduction et utilisation interdites

b - Les cordons littoraux

Epi en bois sur un cordon de galet (Angleterre) © Reproduction et utilisation interdites

Dans le cordon des Bas Champs, les galets sont constamment déplacés par l'action du déferlement et migrent préférentiellement vers le Nord. Le transit est rapide, plusieurs dizaines de mètres pour certains galets en un cycle de marée.

Ce remaniement constant du cordon pose problème puisqu'il implique un apport constant de nouveaux galets. Ces galets proviennent de l'érosion des falaises crayeuses situées au Sud. Or, les travaux de protection des falaises ralentissent la production de galets; les travaux d'aménagement portuaires interrompent leur transit; le prélèvement industriel de galets diminue le stock local. Le cordon démaigrit par déficit d'alimentation et la protection des polders qu'il limite est fragilisée. Il est donc nécessaire d'intervenir afin d'éviter le franchissement du cordon au cours de tempête et l'inondation des polders.

Des épis ralentissent le transit des galet et limitent des casiers alimentés
par des recharges périodiques de galets provenant de carrières terrestre qui compensent la perte due au transit résiduel; les prélèvements industriels sont compensés par un apport équivalent de galets terrestres de moindre intérêt économique. Là encore, on observe le déplacement des phénomènes d'érosion dans les parties non protégées.

Sur le littoral anglais de la Manche, où la configuration géologique de la côte et les problèmes d'érosion sont similaires, les galets sont transportés par camions en sens inverse pendant l'hiver.

3°) Plages et Dunes

a - Protection contre l'érosion

L'érosion des plages a des conséquences économiques négatives puisqu'elle en diminue l'attrait touristique et ludique et menace les implantations placées sur l'arrière-plage. Le démaigrissement d'une plage est généralement la conséquence de la rupture de l'équilibre entre les apports et les départ des matériaux. Le déficit sableux a des causes diverses: interruption de la dérive littorale par des travaux portuaires, barrages sur les fleuves diminuant l'apport détritique, déplacement des zones de sédimentation par aménagement divers: sur la côte picarde, la mise en place de plusieurs dizaine de milliers de pieux pour la mytiliculture a induit une forte sédimentation locale au détriment des plages situées en aval de la dérive littorale. L'érosion de la haute plage affecte la base des dunes littorales qui sont soumises en outre à la déflation entraînant le sable ves l'intérieur des terres.

A gauche : Protection du haut de plage par enrochement - A droite : Protection de haut de plage par perré © Reproduction et utilisation interdites

L'érosion des plages est observée sur la côte du Languedoc-Roussillon; ses causes principales sont aussi l'endiguement de fleuves côtiers et la mise en place d' ouvrages de protection. Ses conséquences sont particulièrement dommageables pour les stations nouvelles construites trop près du rivage.

A gauche : Protection par palissade en rondins: notez l'affouillement latérale - A droite : Protection de l'arrière-plage par épis en gabions. © Reproduction et utilisation interdites

Les solutions proposées sont trop souvent des solutions locales et faites sans étude et modélisation plus globale, avec une connaissance incomplète des processus, en particulier des apports du large. Les aménagements sont d'importance, de coût, d'efficacité, de durabilité et d'impact sur le paysage trés variés. Les interventions les plus lourdes ne sont pas obligatoirement les plus satisfaisantes.

A gauche :Protection de l'affouillement à la base des rondins par gabions - A droite : Fixation des dunes de l'arrière-plage par plantation d'oyats. © Reproduction et utilisation interdites

Aménagement de la basse plage:

L'installation d'épis pour intercepter le transit sableux déplacé par la dérive est efficace mais peu esthétique. Les épis demandent un entretien car ils sont aisément déchaussables (phénomène observé en Petite Camargue). La recharge régulière en sable du bas de la plage apparaît efficace et d'un coût acceptable. La mise en place de brise-lame sur l'avant-plage est également une solution intéressante mais nécessite des équipements lourds pour la construction.

Aménagement de la haute plage:

La protection de la haute plage se fait par des enrochements et des digues (perrés, palissades), comme pour celle de la base du système dunaire. De plus le sable des dunes est fixé par des fascines, des claies et des plantations d'oyats. Des cônifères sont plantés plus à l'intérieur des terres.

Ces aménagements ont malheureusement souvent pour conséquence la dénaturation du paysage naturel et l'accélération de l'érosion en d'autres points du rivage.

b - Prolifération organique sur l'estran

L'invasion d'une plage sableuse par les végétaux aquatiques (algues, graminées) déclasse cette dernière en détériorant sa valeur ludique. De plus, ces végétaux constituent autant d'obstacles qui favorisent le dépôt de sédiments fins (vase). Des animaux comme certaines annélides (Pygospio elegans par exemple) peuvent alors coloniser les zones plus vaseuses. Cette prolifération est souvent due à la pollution.

L'augmentation de la charge en phosphore et en azote de l'eau littorale par apport continental d'origine humaine (en particulier des pratiques culturales et des rejets de stations d'épuration) est particulièrement favorables aux "blooms" algaires et à l'essaimage des graminées comme les Spartines. La lutte contre ce phénomène passe par le ramassage des algues, l'arrachage des pieds de graminées et des mesures plus ambitieuses s'attaquant à la cause: mise aux normes des stations d'épuration, contrôles des rejets industriels, diminutin des intrants dans l'agriculture.

4°) Accès aux ports

a - les digues

Elles sont levées pour stabiliser la position de chenaux souvent divaguant. Cette construction diminue localement l'hydrodynamisme et favorise la sédimentation dans les zones calmes.

b - Le dragage et curage

Curage par succion © Reproduction et utilisation interdites

Le dépôt de matériaux fins est important dans les zones calmes que sont les bassins des ports. Il s'agit de vases salées sans utilisation possible en travaux publics et généralement fortement polluées par des hydrocarbures et des métaux lourds. Leur enlèvement se fait à l'aide de drague ou de suceuse. Le problème posé est celui du stockage et de l'utilisation des sédiments prélevés. Le rejet au large est généralement adopté pour les ports de la Manche, avec retour des polluants à la côte sous l'effet des courants...

c - Bassin de retenu

Cet aménagement permet de retenir une quantité d'eau à marée haute qui est ensuite libérée brutalement dans le chenal d'accès au port à marée basse. Le chenal est curé par effet de chasse à chaque cycle de marée. Ce bassin est rapidement comblé par les particules fines apportées par l'eau de mer et un curage régulier est nécessaire, avec comme problème l'entrepôt et l'utilisation des sédiments vaseux prélevés. La forme et le mode de fonctionnement des portes de ce bassin perrmettent de limiter la sédimentation.

5°) Conchyliculture

© Reproduction et utilisation interdites

L'implantation de pieux (bouchots) sur l'estran diminue la vitesse des courants et favorise donc la sédimentation à l'emplacement des pieux au détriment des plages situées en aval de la dérive littoral, pouvant provoquer l'érosion de ces dernières.