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Le pin Laricio

Dossier - Voyage en Haute-Corse
DossierClassé sous :géographie , pin laricio , pinus nigra

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La Haute-Corse est sauvage et belle. Nous parlerons de l’amandier qui aime le calcaire et du pin laricio qui ne l’aime pas. On s’attardera aussi, un peu, sur l’histoire mouvementée de la Corse, à l’époque, avec ses voisins encombrants et envahisseurs comme Gênes et Pise...

  
DossiersVoyage en Haute-Corse
 

Espèce endémique de Corse, le pin laricio ne se développe à l'état naturel qu'en Corse. On ne le trouve nulle part ailleurs sauf en Calabre et en Sicile, et ce sont des sous-espèces différentes.

Le pin laricio de Corse. © Altagna, Creative Commons Attribution 2.0 Generic license

Caractéristiques du pin laricio

  • famille des Pinacées :  Pinus nigra subsp. laricio var. corsicana, pin laricio de Corse ou  Pinus nigra subsp. salzmannii var. laricio (Loudon) (Hylander)  ;
  • tronc droit et élancé dont le diamètre peut atteindre 180 centimètres et 50 mètres de haut ;
  • longévité jusqu'à 500 ans ;
  • adapté au climat méditerranéen, il supporte la sécheresse estivale et profite de la pluviosité élevée des montagnes ;
  • écorce gris argenté avec de grandes plaques irrégulières ;
  • bonne fructification de petits cônes de 4 à 8 centimètres, tous les 2 ou 3 ans. 

Il pousse n'importe où, entre 600 et 1 800 m, il supporte le climat très contrasté des montagnes corses.

Pinus nigra subsp. salzmannii var. laricio (Loudon) (Hylander)

L'espèce pinus nigra dispersée dans les montagnes du bassin méditerranéen a produit plusieurs variétés dont, laricio corsicana, qui, par 4 millions d'années d'insularité, ne croît qu'en Corse à l'état naturel.

Dès 800 mètres, arbousiers et chênes verts lui cèdent la place. À mesure qu'on s'élève (1000 et 1600 m sur l'ubac et 1800 m sur l'adret), il s'impose et ne craint que le calcaire. C'est pourquoi il abonde dans la Corse du nord, cristalline ou granitique, dont il affectionne les sols acides, souvent pauvres qui font partie des restes de la chaîne hercynienne ! Il y cohabite avec les sapins pectinés et les hêtres. Il couvre 18 000 ha. En raison des incendies, il cède progressivement la place au chêne-liège et au maquis.

Sa croissance est très lente (un cerne d'un mm/an) comme souvent chez les espèces de montagne.  La région de l'Ospedale est le royaume du pin laricio. Avec une surface de 4 436 ha, la forêt de Valdu Niellu possède les plus beaux pins laricio (45% des arbres). La petite sitelle, découverte en 1883, seul oiseau endémique d'une région française, y habite.

Cet arbre fut exploité dès l'Antiquité : mâts de navires, et matériau des habitations. Aujourd'hui, il est utilisé dans la menuiserie fine.

 « Ce qui surtout est digne d'admiration, ce sont les cèdres, à qui dans cette île on refuse ce nom, je ne sais trop pourquoi, puisqu'ils en ont toute la majesté ; et que l'on ravale à celui de mélèze.  (...) Leur écorce est grisâtre, unie et presque vernissée ; leur flèche est droite, élancée, terminée par un bouquet élégant, et dont toutes les branches sont horizontales ; entièrement nue jusqu'à cinquante et soixante pieds, et quelquefois plus, de la racine, et d'une élévation pour ainsi dire effrayante. (...)  disait J. Lavallée, dans son Voyage dans les départements de France

Il inspire le respect, le laricio est l'essence noble de la région et n'a jamais fait l'objet d'une exploitation intensive... Même à l'époque de Gènes, grande puissance maritime, qui considérait son tronc rectiligne comme une ressource stratégique pour ses bateaux.

Lac calacuccia © wikipedia

Selon Olivier Souleres, Directeur régional de l'ONF, cet isolement et cette lenteur de croissance expliquent la présence du pin laricio dans les seules forêts publiques, domaniales ou communales: "Le départ des génois, propriétaires des ressources, a ouvert une période de contestation sur le partage des 150000 ha qu'ils possédaient. Finalement les habitants se sont vus attribuer par Blondel, le représentant de l'État en Corse, les forêts capables d'assurer leurs besoins vitaux. À commencer par la châtaigneraie, base de leur alimentation. Les peuplements de pin laricio, plus difficiles d'accès, revinrent à la collectivité qui dispose aujourd'hui d'une précieuse ressource sylvicole."

Les aiguilles de Bavella © Jean-Pol GRANDMONT Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported

Les plus belles forêts sont celles d'Aïtone et de Valdu Niellu, au pied des monts Cinto et Rotondo, de Vizzavona, au centre de l'île, de Marmanu et de Bavella, sur son versant oriental. La répartition de ces massifs épouse la ligne géographique qui sépare le Cismonte et le Pumonte, frontière entre la "Terre des seigneurs" et la "Terre des communes".

Les prélèvements ne représentent que 30 % du potentiel, mais on s'arrache  les coupes dans les plus beaux peuplements et il faut réduire ce cycle d'exploitation. "Il n'est plus possible d'attendre 250 à 300 ans avant chaque récolte. La gestion plus dynamique de la forêt doit permettre, à terme, de prélever des arbres âgés de 120 ans et d'un diamètre de 0,60 mètre, tout en préservant évidemment l'intégrité des vieux peuplements", déclare Pierre-Marie Luciani, chef de groupe technique à l'ONF. S'agissant de son essence la plus noble, la forêt corse est avare et la topographie n'aide pas !

L'été 2000 a vu, pour la première fois, se dresser un ennemi redoutable : le feu. Sur les 9000 ha ravagés dans la vallée de la Restonica et autour de Vivario et Ghisoni, 4000 ha de pin laricio ont été endommagés. Le traumatisme est vif !