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Le barrage de Malpasset : une catastrophe historique

Dossier - Tourisme dans le Var
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Le Var est riche d'une longue histoire de presque 3.000 ans, comme en témoignent les nombreux vestiges du passé, des Celtes et des Gallo-romains. Entre terre et mer, ce département attire plus de 10 millions de touristes chaque année. Et le littoral n'est pas son seul atout...

  
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Le barrage de Malpasset est un ancien barrage situé vers la ville de Fréjus. Cinq ans après sa construction, le 2 décembre 1959, il se brise et cause l'une des plus grandes catastrophes civiles du XXe siècle en France, faisant plus de 400 morts et disparus.

Le barrage de Malpasset a été inauguré en 1954. Au début de l'hiver 1959, les pluies torrentielles viennent remplir pour la première fois ce nouveau barrage, construit en amont de la ville la Fréjus. En pleine nuit, une vague de 40 m de haut s'abat dans la vallée, en aval de Malpasset et jusqu'à Fréjus.

Barrage de Malpasset. © JOVO, Fotolia

Il cède le 2 décembre 1959 à 21 h 13, et 50 millions de mètres cubes d'eau déferlèrent jusqu'à la mer. C'est la plus grande catastrophe de ce genre que la France ait connue. « De tous les ouvrages construits de mains d'Homme, les barrages sont les plus meurtriers », tels sont les mots du constructeur, l'ingénieur André Coyne, alors président de l'association internationale des grands barrages et spécialiste incontesté de la construction des barrages-voûtes, qui décéda six mois après la catastrophe.

Le barrage de Malpasset en 1988. © ProfessorX, Wikimedia Commons, cc by sa 3.0

Un barrage qui rompt devant les pluies diluviennes

La construction en 1954 d'un barrage-réservoir d'eau permettant d'irriguer les cultures à Fréjus, est envisagée juste après la seconde guerre mondiale. Le site choisi est la vallée du Reyran, un torrent sec l'été et en crue l'hiver, au lieu-dit « Malpasset ». Or, la faiblesse des pluies des années suivantes et une longue procédure avec un entrepreneur qui refuse de se laisser exproprier ont ralenti le remplissage.

En 1959, la région reçoit des pluies diluviennes trop rapidement pour permettre un contrôle convenable des réactions du barrage. D'autant qu'il est impossible de lâcher de l'eau : la construction de l'autoroute juste en aval du barrage interdit d'ouvrir les vannes. 

Le 2 décembre à 18 h, les responsables décident de laisser s'écouler un peu d'eau, la capacité maximale de l'ouvrage étant atteinte. Le barrage est rempli à ras bord lorsqu'il cède, à 21 h 13 exactement. Le bruit du craquement de sa voûte alerte le gardien de l'ouvrage : une vague de 40 m de haut s'engouffre dans l'étroite vallée à la vitesse de 70 km/h. Balayant tout sur son passage, elle débouche à Fréjus 20 minutes plus tard, avant de se jeter dans la mer.

Vue des inondations à Fréjus. © DP

La catastrophe du barrage de Malpasset : plus de 400 victimes

Le dispositif Orsec (anciennement Organisation des secours, et aujourd'hui Organisation de la réponse de sécurité civile), est déclenché. Les militaires des bases locales ainsi que des hélicoptères de l'armée américaine se chargent de porter secours aux survivants. Le général de Gaulle alors président de la République, venu sur place, découvre une zone sinistrée.

Le bilan est catastrophique et compte plus de 423 victimes. Environ 2,5 km de voies ferrées ont été arrachées et 50 fermes ont été soufflées par la vague. Concernant les ressources, un millier de moutons ont péri, et 80.000 hectolitres de vin ont été perdus.

À titre de comparaison, la catastrophe naturelle et technique la plus meurtrière de la période 1970-2001, n'arrive qu'en 11e position des catastrophes majeures pour cette même période. Les plus grandes catastrophes techniques du dernier quart du XXe siècle sont les suivantes :

  • La rupture d'un barrage à Morvi en Inde, le 11 août 1979 (15.000 victimes) ;
  • La collision du ferry Doña Paz avec le pétrolier Victor aux Philippines, le 21 décembre 1987 (4.375 victimes) ;
  • L'explosion de l’usine chimique à Bhopal en Inde, le 2 décembre 1984 (4.000 victimes).

L'attentat du World Trade Center (environ 3.000 morts) échappe, mais de peu, à ce classement, et Tchernobyl est loin de pouvoir prétendre y figurer. Or, ce fut sans doute les catastrophes les plus médiatisées de ce dernier quart de siècle.

La construction du barrage et sa localisation mis en cause ?

Le barrage de Malpasset est de type barrage-voûte, réputé pour sa solidité, la poussée de l'eau ne faisant que renforcer sa résistance. Malgré la faible épaisseur du barrage de Malpasset (6,78 m à la base et 1,50 m à la crête), le plus mince d'Europe, la voûte elle-même est hors de cause. 

Après plusieurs années d'enquête, c'est plutôt l'emplacement du barrage qui est mis en cause. En effet, ce genre d'ouvrage doit s'appuyer solidement sur le rocher, ce qui n'était pas le cas à Malpasset. La roche, pourtant de qualité médiocre, était jugée suffisamment solide. Mais une série de failles sous le côté gauche du barrage, « ni décelées, ni soupçonnées » pendant les travaux a fait, qu'à cet endroit, la voûte ne reposait pas sur une roche homogène. Le 2 décembre 1959, le rocher situé sous la rive gauche a « sauté comme un bouchon », et le barrage s'est ouvert tel une porte...

Le barrage de Malpasset reste le symbole d’une catastrophe qui a fait de nombreuses victimes dans la région. © Philip Clifford, Flickr, cc by nc sa 2.0

Des travaux supplémentaires auraient-ils permis d'éviter la catastrophe ? A-t-on péché par hâte ou imprudence ? Ce n'est pas l'avis de la Cour de cassation, dont l'arrêt a conclu en 1967, qu' « aucune faute, à aucun stade, n'a été commise ». La catastrophe de Malpasset est ainsi rangée sous le signe de la fatalité. La rupture d'un barrage, aussi rare qu'elle soit, n'a rien d'exceptionnel. Presque chaque année, un ou deux barrages cèdent. Or, comme il ne s'agit en général que de petites retenues, cela ne provoquant que rarement des catastrophes.

Principe des barrages-poids et des barrages-voûtes 

Le barrage-poids s'oppose à la force de l'eau qu'il retient par sa propre masse. Ces ouvrages sont plus fragiles. La première grande catastrophe causée par l'un d'eux se produisit en Espagne, au début du XIXe siècle. Construit entre 1785 et 1791 pour permettre l'irrigation de Murcie, le barrage de Puentes craque en 1802, lorsque les fortes pluies le remplissent pour la première fois. Six cents personnes meurent dans l'accident. Plus d'un siècle plus tard, à Los Angeles en 1928, un autre barrage-poids cède, tuant 420 personnes.

Un barrage-poids est un type de barrage dont la propre masse est censée suffire à résister à la pression exercée par l'eau. Ils sont souvent très épais et présentent une forme assez simple (leur section s'apparente souvent à un triangle rectangle). © Luk, Wikimedia Commons, cc by sa 3.0
La forme courbe des barrages-voûtes permet de reporter les efforts dus à la poussée de l'eau sur chaque côté des rives. Il est particulièrement adapté aux vallées étroites. © Luk, Wikimedia Commons, cc by sa 3.0

Les barrages-voûtes, eux, sont très solides et ne connaissent que des ruptures rarissimes. Une catastrophe est recensée, à Vajont, dans les Alpes italiennes, le 9 octobre 1963 : un pan entier de la montagne tomba dans le lac de retenue. Les gerbes d'eau s'élevèrent à 150 m de haut et une vague de 100 m passa par-dessus le barrage pour ravager la vallée, causant la noyade de 2.600 personnes. Pourtant, la voûte du barrage n'a pas cédé et reste encore intacte aujourd'hui.

(Sources : plusieurs sources et article de Frank Bruel).