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Le touage, remorquage de péniche

Dossier - Tourisme dans l’Aisne
DossierClassé sous :géographie , canal , fleuve

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Non loin de la Belgique, le département de l’Aisne constitue un berceau historique de la France. Plongez dans l’histoire de Clovis et l’anecdote du vase de Soissons, ainsi que dans la tradition fluviale du touage, avec cette promenade dans l’Aisne.

  
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Le touage, activité qui consistait à remorquer des péniches à l'aide d'un bateau spécial grâce à une chaîne, est en passe de disparaître. On trouve dans l'Aisne les derniers endroits où l'on peut encore admirer cette technique.

Canal de Saint-Quentin. © Maarten Sepp, Wikimedia commons, CC by-sa 3.0

Quelques définitions

Touage, toueur. Voici la définition du lexique admirable de la navigation fluviale : « À l'origine, synonyme de treuillage quand celui-ci s'effectue depuis le bateau. Par extension, le mot a pris un sens plus répandu, désignant une technique de remorquage de convoi faisant appel aux services d'un bateau très particulier, le toueur. Celui-ci, amphidrome [qui peut se déplacer indifféremment en avant et en arrière, NDLR], effectue toujours le même trajet, qui peut aller de quelques centaines de mètres à plusieurs dizaines de kilomètres, en se halant lui-même, au moyen d'un treuil à bord, sur une longue chaîne solidement fixée à terre à ses deux extrémités. Le touage, qui a été très utilisé entre 1850 et 1950, permettait de tracter de longs convois sur de grandes distances sur les rivières importantes. » Il permettait aussi aux bateaux non motorisés de franchir un passage délicat, comme la traversée d'une rivière (Châtillon-sur-Loire, Decize, etc.).

Toueur avec sa cheminée rabattue pour les tunnels. Ce moyen de remorquage a été moins utilisé à partir de la seconde moitié du XXe siècle. © DP

De nos jours, deux toueurs travaillent encore aux voûtes de Mauvages, non loin de Nancy, et de Riqueval, près de Saint-Quentin, mais leurs jours sont comptés.

Touée. Amarre servant à faire le touage mesurant environ 200 m.

Touer. Faire un remorquage en tirant le bateau avec une touée. 

Amphidrome. « Adjectif qui qualifie un véhicule qui n'a ni avant ni arrière défini, et peut se mouvoir indifféremment dans les deux sens. Certains bateaux le sont. »

Toueur de Conflans-Sainte-Honorine. Un toueur peut remorquer plusieurs dizaines de péniches. © DP

Toueur et souterrain de Riqueval

Le toueur du souterrain de Riqueval fonctionne toujours, pèse 90 tonnes et se hale sur une chaîne de huit kilomètres. Le poids de la chaîne : entre 12 et 13 kilos par mètre (96 tonnes en tout). Le câble comporte plusieurs enroulements sur un cabestan situé au centre du bateau, et actionné par des moteurs. Le toueur ne peut faire demi-tour, il est solidaire de sa chaîne (c'est un bateau amphidrome). Sa vitesse est de 2,5 km/h.

La ventilation du souterrain de Riqueval étant insuffisante pour évacuer les gaz d'échappement des péniches, le remorquage est obligatoire. Le train de péniches peut comporter 32 bateaux.

Réalisé entre 1801 et 1810 par l'ingénieur Gayant, le tunnel de Riqueval, long de 5.670 mètres, est inauguré par Napoléon Ier en avril 1810. Il est le tunnel le plus ancien conservé en Picardie et est, aujourd'hui, le seul endroit au monde où l'on pratique encore le touage.

Scène de touage dans la tranchée d'Escommes, dans les années 30. Le toueur emmène un long convoi dont le premier bateau semble être un « gros numéro », bateau métallique livré par l'Allemagne en dommage de guerre. © DP

Le canal Crozat

L'idée de relier la Seine avec le nord de la France remonte au XVIIe siècle, mais la liaison Oise-Somme ne sera opérationnelle qu'en 1776. Antoine Crozat fera construire le vieux port de Saint-Quentin en 1735. En 1767, le canal Crozat devint propriété de la Couronne. La carte de Cassini de 1758 donne le tracé du canal de la Somme à l'Oise, mais pas de nom.

L'édition de 1815 de la carte de Cassini fait apparaître la totalité du canal, sous les noms de canal de Saint-Quentin pour la partie nord, et de canal Crosat (et non Crozat) pour la partie sud. Le trafic restera dense jusqu'en 1966, date de l'ouverture du canal du Nord.

Canal souterrain de Saint-Quentin

Le canal de Saint-Quentin met en communication la Somme, l'Escaut et l'Oise et fut exécuté par des déserteurs et des prisonniers de guerre entre 1801 et 1810. « À trois lieues de Saint-Quentin, sur la route même de Cambrai, à 45 ou 46 mètres de profondeur, se trouve l'entrée d'un immense souterrain, ayant plus de cinq quarts de lieue, et sous lequel passe le canal qui joint la Somme à l'Escaut. L'ancien canal, qui réunit la Somme avec l'Oise, entre Chauny et Saint-Quentin, et qui avait été projeté sous les ministères de Mazarin et de Colbert, resta pendant longtemps sans exécution, et fut enfin terminé par Crozat, Saint-Quentinois, dont il porte le nom. »

Dès la fin du XIXe siècle, la technique du touage fait aussi l'objet d'études pour le Rhône. Son avantage : une consommation énergétique faible, bien que les câbles coûtent cher, surtout dans des courants forts. Sur le Rhône, le touage est employé quand le courant empêche les remorqueurs de passer (machines moins puissantes). Mais les crues risquent d'endommager les câbles. La première zone du Rhône équipée de ce système se situe entre Tournon et Pont-Saint-Esprit.

Cette technique est néanmoins en voie de disparition : profitez donc d'un passage dans ce département pour la voir à l'œuvre !

Informations

Musée du touage et canal de Saint-Quentin
Ouvert toute l'année
02420 Bellicourt, RD 1044
Tél. : 03 23 09 50 51

L'endroit est ouvert les samedis et dimanches, de 14 h à 18 h. Une visite guidée est proposée, avec la mise à disposition de documents.