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Dossier - La réserve naturelle de la baie de Saint-Brieuc
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Sur la façade nord de la Bretagne, s'ouvre la profonde échancrure qu'est la baie de Saint-Brieuc, dans ce paysage sans cesse renouvelé, la vie des milliers d'oiseaux hivernants est rythmée par le flux et le reflux de la mer.

  
DossiersLa réserve naturelle de la baie de Saint-Brieuc
 
  • Une grande valeur patrimoniale

Le site de la Baie de Saint-Brieuc constitue un ensemble d'habitats côtiers et maritimes riches et variés sur un espace relativement restreint (estran, marais, dunes, falaises, boisements).

Carte de la réserve naturelle de la baie de Saint-Brieuc, Bretagne, France.

Le fond de la Baie représente une zone humide littorale d'intérêt international pour l'accueil de l'avifaune migratrice.

Autour de ce domaine maritime, les falaises rocheuses et limoneuses dominent le paysage et forment une enclave qui permet des conditions climatiques relativement calme (abri du vent, mer calme...).

Huitiers-pies (Haematopus ostralegus), Courlis cendré (Numenius arquata) et Mouettes rieuses (Larus ridibundus) en baie de Saint-Brieuc. © Photo : Yannick Cherel

Les habitats de marais et de dunes offrent une grande valeur patrimoniale à la Baie et participent pour beaucoup à son intérêt européen.

Le domaine maritime de la baie de Saint-Brieuc, formé d'un estran sablo-vaseux abrité, présente le plus vaste ensemble de marais maritimes des Côtes-d'Armor.

  • Intérêt géologique
La géologie de la baie de Saint-Brieuc présente un intérêt de niveau international par la présence de roches très anciennes et de séries de dépôts quaternaires complètes.

Parmi les formations anciennes, on distingue trois grands ensembles :

un complexe gneissique qui s'étend sur le flanc est de la baie et se poursuit à l'ouest par les formations de Langueux-Yffiniac, datant d'environ 750 millions d'années.
les formations de Cesson et Lanvollon (métavolcanites : amphibolite à grains fins comprenant des niveaux de pillow-lavas avec localement des niveaux d'arkose et de graywakes, datant de 500 à 600 millions d'années). A la base ont trouve les poudingues de Cesson affleurant surmontés de roches montrant de nombreuses intrusions volcaniques sous-marines (pointes du Grouin, Cesson, Roselier).
les formations du Légué (métasédiments correspondants à des micaschistes et des gneiss) qui se rattachent à la série de Binic.
les formations récentes consistent en de vastes dépôts quaternaires témoignant du manteau limoneux qui recouvrait le fond de la baie au cours des régressions marines. Des coupes dans ces formations sont présentes en particulier à Langueux et Hillion.

  • Les falaises rocheuses

L'urbanisation est restée relativement faible dans la région, ce qui a permis de conserver un linéaire de falaises naturelles quasi-continu sur cette frange côtière.

D'apparence homogène, l'étude de la végétation révèle en réalité une mosaïque de micro-habitats plus ou moins imbriqués au gré de la morphologie et de l'exposition (vent, embruns, soleil).

En général, la verticalité et le manque de sol limitent le développement des formations de landes et de fourrés au profit des pelouses aérohalines.

Giroflées en bordure de falaises, baie de Saint-Brieuc. © Photo : Yannick Cherel.

Certaines falaises plus exposées et plus éloignées du fond de baie, accueillent des colonies d'oiseaux marins nicheurs: Cormorans huppés (Phalacrocorax aristotelis), goélands, Guillemots de Troïl (Uria aalge), Pingouins torda (Alca torda), Fulmars boréaux (Fulmarus glacialis), ainsi que quelques espèces habituées des falaises, mais moins maritimes : Grand Corbeau (Corvus corax) et Faucon pèlerin (Falco peregrinus).

Certaines falaises limoneuses du fond de baie accueillent elles aussi quelques espèces aux périodes de nification : Hirondelles de rivages (Riparia riparia) et Tadorne de Belon (Tadorna tadorna).

  • La slikke

Le marais d'Yffiniac constitue après la baie du Mont-Saint-Michel le plus vaste ensemble de prés-salés de la côte Nord-Armoricaine.

Les marais maritimes sont composés de deux ensembles morphologiques, la slikke et le schorre.

La slikke est constituée des vasières. Malgré la répugnance que la vase semble inspirer, elle n'en reste pas moins un des habitats naturels les plus riches de la planète.

La vasière, ou slikke, est parcourue par des chenaux, ou filières. © Photo : Alain Ponsero

En effet, sa productivité végétale atteint les 30t de matière sèche / ha / an. Cette forte production végétale permet le développement d'un réseau trophique important, qui explique en partie la forte fréquentation du fond de baie par les oiseaux hivernants.

La richesse du milieu de vasière s'explique par des conditions écologiques très favorables au développement du phytoplancton :

-Apports d'éléments nutritifs, par les rivières pour certains, stockage dans les vases pour d'autres.
-Forte oxygénation de l'eau par le mouvement des marées
-Faible profondeur d'eau favorisant un réchauffement rapide et incidence des rayons solaires sur toutes la surface du milieu (activité photosynthétique).
Les conditions de vie rythmées par le flux et le reflux de la marée obligent la foule d'invertébrés la peuplant à s'enfouir. Ainsi crustacés, vers et mollusques trouvent un abri contre les prédateurs, un lieu humide leur évitant la dessiccation et leur permettant la respiration branchiale même à marée basse et surtout une source de nourriture.

La faune invertébrée est majoritairement regroupée dans la slikke où elle vit enfouie dans les 30 premiers centimètres de vase.

Chaque espèce a sa place, en fonction de sa façon de s'enfouir elle choisira un zone de sédiments plus ou moins meuble et ajustera sa profondeur par rapport à ses outils de captage de l'eau.

La slikke est sillonnée par des chenaux, localement appelés "filières". Ces chenaux, tracés par les arrivées terrestres d'eau douce connaissent de brusques déplacements liés aux fortes marées et aux alluvions.
Ils forment des micro-écosystème d'eau saumâtre où foisonnent crevettes grises et poissons plats. Avec le flux de la marée montante, des mulets et des de bars viendront s'alimenter dans ces zones, suivi de près par les Grands Cormorans (Phalacrocarx carbo) et les Grèbes huppés (Podiceps cristatus).

La haute slikke correspond à l'étage des laisses de mer lors des pleines mers de mortes eaux (petites marées).

  • Le schorre
Le schorre, aussi appelé pré salé, est recouvert seulement pendant les grandes marées. Il présente un panache de plantes halophiles (adaptés au sel), étagées selon leur résistance au sel. Pour résister aux assauts du sel, elles pratiquent la " régulation osmotique " en gardant l'eau douce qu'elles contiennent sous pression.

Ces plantes ont un rôle de fixation des sédiments, on peut considérer que la végétation prépare le sol salé pour en faire un lieu d'accueil favorable à la végétation terrestre.

Une première plante, la spartine, graminée qualifiée de pionnière, s'installe dans la haute slikke, par multiplication végétative, elle se développera jusqu'à former de petits massifs.

Ces massifs freineront les sédiments apportés par la marée, une monticule de vase se formera alors sous les plantes, élevant ainsi le niveau du sol. Cette élévation permettra l'installation de nouvelles plantes moins résistante à l'immersion dans l'eau salée, comme la salicorne.
Le phénomène de sédimentation continue alors, jusqu'à former un pré composé d'Obione, de Lavande de mer, d'Aster maritime, de Soude brulée et de Puccinelle maritime.

En se rapprochant des terres, on observe un dégradé vers une végétation terrestre avec betterave maritime, jonc maritime, atriplex, prunelier, aubépine...

Le pré salé est parcouru de chenaux qui, au fur et à mesure de l'évolution des plantes, se referment jusqu'à former des "marigots", petites flaques vaseuses remplies d'eau de mer aux grandes marées, changeant leur concentration en sel au gré de la météo. Ces trous d'eau sont peuplés de nombreux micro-invertébrés (gammares, artémia..)

Le nombre d'associations végétales relevées et son état de conservation font de ce marais un site d'intérêt écologique majeur.

  • Les dunes

Les dunes de Bon-Abri, bien que de faible superficie (4ha), constituent un élément majeur dans la richesse en habitats et en espèces de la réserve naturelle.

En appui sur les affleurements rocheux de l'intérieur, cette dune a longtemps été exploitée pour l'extraction du sable. Cette activité ancienne a permis de façonner une topographie particulière marquée par la présence de dépressions humides (issues de l'extraction) et de buttes de sable témoins de la dune d'origine. Sa richesse provient principalement de la juxtaposition de milieux variés. On observe alors une zonation caractéristique orientée parallèlement à la mer.

Les dunes de Bon Abri, près de la Pointe des Guettes, ont un grand intérêt floristique. © Photo : Emanuel Ciccluna

21 espèces végétales présentant un intérêt patrimonial(protégées au niveau national, régional, départemental, ou placées sur la liste rouge de la flore du massif Armoricain) ont été inventoriées dans le site : Cynoglosse officinale, Ophrys abeille, Orchis négligé, Spiranthe contournée...

Ophrys apifera autofécondation - © Photo : Yannick Cherel

Un complexe de quelques mares accueille une population de 8 espèces d'amphibiens dont 3 sont d'intérêt communautaire (annexe IV) : Triton palmé, Calamite des jonc, Crapaud commun, Pélodyte ponctué, Rainette verte, Grenouille verte, Grenouille rousse et Grenouille agile.
Ce site recèle également 3 espèces de reptiles protégées au niveau national et dont deux sont inscrites à l'annexe IV de la directive habitats: Lézard des muarilles, Lézard vert et Couleuvre à collier.

Quelques oiseaux d'eau fréquentent régulièrement ces mares, comme la Rousserolle effarvatte (Acrocephalus scirpaceus), le Grèbe castagneux (Tachybaptus ruficollis), le Martin-pêcheur d'Europe (Alcedo atthis), le Héron cendré (Ardea cinerea) et l'Aigrette garzette (Egretta garzetta).