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Histoire, vue côté mer

Dossier - Le Littoral atlantique de Dunkerque à Biarritz
DossierClassé sous :géographie , ports , pêche

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Le littoral atlantique représente, en France, la plus grande partie des limites du pays. Trois grands estuaires, quelques grands ports, des milliers de kilomètres de côtes dont certaine partie est encore préservée, pour combien de temps ?

  
DossiersLe Littoral atlantique de Dunkerque à Biarritz
 

C'est un parti-pris ! Mais les trésors de la côte, côté terre, sont bien connus et figurent dans tous les guides…tandis que, de ceux-ci, on n'en parle pas beaucoup ! même si on sait que, par exemple, la Baie de Bourgneuf commandait le commerce du sel dans toute l'Europe du Nord, on ne parle pas beaucoup de l'autre histoire de la France, la France est un pays de terriens comme l'explique si bien Christian Buchet dans « Une autre histoire des océans et de l'homme » paru chez Laffont en 2004.

 
Baie de Bourgneuf en 1695

Créée en 1966 par André Malraux, la Direction des recherches archéologiques sous-marines est devenue le 4 janvier 1996 le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines, le DRASSM.

 
 Le DRASSM à Marseille

C'est un service national délocalisé à Marseille et à Annecy, relevant de la direction du patrimoine du ministère de la Culture. Il a pour vocation de gérer le patrimoine archéologique subaquatique et sous-marinCompétent pour toutes les recherches archéologiques nécessitant le recours à la plongée, il est particulièrement chargé de la réglementation sur les recherches et découvertes archéologiques sous-marines et de la mise en oeuvre de la loi sur les Biens culturels maritimes.
• Expertise et inventaire des biens culturels maritimes
• Protection
• Recherche et étude
Diffusion des connaissances : publications, expositions
Le domaine d'intervention est particulièrement vaste puisqu'il longe plus de 10.000 km de côtes, dont 5.533 pour la métropole. Il s'étend du rivage jusqu'à 12 milles marins, soit un peu plus de 22 km, soit une surface de plus de 200.000 km2.

« Personne n'avait alors travaillé dans le Ponant. On avait bien découvert deux amphores chalutées par des bateaux au large de Belle-Ile et du Cotentin et un statère en or du 4e siècle. Mais à part cela, les spécialistes considéraient que ces terres-là n'avaient pas de potentiel. » Michel L'Hour trace sa route de découvreur des profondeurs. « L'histoire maritime n'a pas commencé avec des chaloupes sardinières. » Alors, il commence à fouiller... Très vite, la conquête des fonds marins regorgeant de trésors se met alors en marche... « Les fouilles de l'épave de Ploumanach de 1983 à 1986 avec son chargement de lingots de plomb du 4e siècle après Jésus-Christ sont encore très présentes dans ma mémoire. »
Et dans celle d'Elisabeth Veyrat, ex-stagiaire devenue incontournable dans le milieu. (Voir bibliographie)

Nous ne reprendrons que quelques découvertes et leurs histoires pour montrer qu'en plus d'un patrimoine naturel important comme nous venons de le voir, la côte atlantique, côté mer, recèle un patrimoine culturel très important sur lequel un énorme travail reste à faire....

Sur le commerce antique, la compagnie des Indes (épave du Colombian et Musée de la Compagnbie des Indes à Lorient, 56), le commerce négrier (épave des Poulains)

 
L'arrivée des Européens en Afrique

la grande course, les grandes batailles navales (épaves de la Hougue, dont on peut voir les « récoltes » et l'histoire au musée de Tatihou en basse Normandie) etc...
Trésors de renseignements sur notre histoire propre, sur l'histoire de la marine en général et, en particulier, pour les scientifiques, l'histoire des instruments, de la nourriture et de la vie à bord....

Les deux plus anciennes découvertes sont celle de Sotteville qui date de l'âge du bronze et celle de Ploumanach qui date du IVéme siécle.
En 1994, deux torques torsadés en or, datés du bronze final ont été remontés par un pêcheur à Sotteville-sur-mer. Ils ne sont pas entiers et pèsent chacun entre 400 et 500 grammes. Des objets de forme voisine ont été trouvés dans les îles britanniques, le sud de l'Espagne et le centre et l'ouest de la France. Aucun indice de la présence d'autres vestiges de la même période n'a pu être décelé.

L'épave de Ploumanach, elle, a livré des lingots de plomb, qui, contre toute attente sont très utiles aux scientifiques d'aujourd'hui !

 
Lingots de plomb de Ploumanach donnés aux labos mentionnés dans le texte.

Voici le problème :

Une communauté de plus en plus large est actuellement concernée par la recherche d'un environnement présentant un très bas bruit radioactif : physiciens nucléaires, physiciens des particules, océanographes, astrophysiciens...
Qu'il s'agisse de bancs de mesure équipés avec un cristal de germanium ou d'une expérience de détection de la matière noire dans la galaxie, le blindage proche du détecteur est l'élément ultime qui permet de se protéger du fond radioactif. Comme un nombre atomique élevé et une activité intrinsèque très faible constituent les critères de sélection pour ce blindage, le plomb et tout particulièrement le plomb ancien est très recherché. En effet, lorsque le plomb est extrait des mines il est contaminé par les éléments radioactifs naturels tels que l'uranium et le thorium qui en se désintégrant vont donner entre autre du plomb 210 dont la période est de 22 ans. On peut "nettoyer" le plomb de l'uranium et du thorium par des écrémages successifs, par contre le plomb 210 lui restera. L'avantage du plomb dit "archéologique" est d'avoir été extrait des mines il y a plusieurs siècles, donc le plomb 210 a eu le temps de disparaître.
C'est pourquoi des archéologues se trouvèrent entraînés dans la recherche interdisciplinaire de plomb non radioactif ! La quête fut fructueuse: une épave antique, échouée au large de Ploumanach a fait l'objet de quatre campagnes de fouille entre 1984 et 1986. Dirigée par M. L'Hour, l'équipe a remonté à la surface 270 lingots de plomb antique. En septembre 1992, la Direction du Patrimoine du Ministère de la Culture autorise le responsable des fouilles à mettre à la disposition des physiciens les lingots présentant le plus faible intérêt archéologique. Après purification et moulage de blindages adaptés aux spectromètres Germanium, les résultats des mesures effectuées indiquent tous un niveau très faible de radioactivité. On constate une diminution d'un facteur 2 du taux de comptage et aucune radioactivité résiduelle n'a pu être décelée.
Compte tenu de ces résultats, des écrans rapprochés en plomb archéologique seront installés sur la plupart des dispositifs expérimentaux (spectromètres Germanium, scintillateurs, bolomètres...)

Une épave du moyen Age fut découverte à Aber Wrach, elle date du XVème. Découverte en 1985, par 15 mètres de fond, l'épave Aber Wrac'h 1 a fait l'objet en 1986 d'un sondage qui a permis de constater la présence, d'une structure d'architecture construite à clin.

 


Aber Wrac' h document Minist. culture, photo M. L'Hour

Naufragé à la fin du XIVe siècle ou dans la première moitié du XVe siècle, dans une zone de fort courant, ce bâtiment marchand doit sans doute à son lest de pierres le fait d'être parvenu jusqu'à nous, lest qui a préservé un petit mobilier archéologique : ossements d'animaux, macro-fossiles végétaux, fragments de poterie, petit ensemble monétaire.... C'est cependant l'étude d'architecture navale qui constitue le principal intérêt du site. Conservée sur une longueur de 20 mètres et 5 à 6 mètres de large, l'épave Aber Wrac'h 1 présente la double particularité d'avoir été construite à clin et d'associer au clin du bordé une charpente interne massive très proche quant à elle de la construction à carvel. Le bateau pourrait être vu comme un jalon au sein de l'évolution de la construction navale, passée progressivement de "construction à clin" à "construction à carvel". Compte tenu du caractère très extraordinaire de la construction du bâtiment et de la rareté de certaines pièces de structures, il a été décidé de relever certains éléments de cette épave au jour pour leur faire subir un traitement de conservation au laboratoire ARC' Nucléart de Grenoble avant de les présenter au public.

 


Laboratoires ARC-Nucléart, Grenoble

Les épaves de Saint-Vaast-la-Hougue. Afin d'aider le roi d'Angleterre Jacques II à retrouver son trône, Louis XIV entreprit en 1692 de réunir sur les côtes de la Manche une armée d'invasion.

 
Vaisselle trouvée sur les épaves de 1692

Pour acheminer cette troupe de l'autre côté de la Manche, l'Amiral Tourville fut sommé de se rendre à Saint Vaast la Hougue avec une escadre française, forte de 44 vaisseaux. C'est près de l'île Tatihou, que 12 navires français disparurent le 3 juin 1692, après une bataille acharnée contre la flotte anglo-hollandaise. Trois siècles plus tard, une fouille est organisée, portant sur 5 épaves de vaisseaux de premier rang, témoignages de la construction des bâtiments de la Marine du XVIIe siècle. C'est en priorité sur l'architecture navale qu'a porté l'intérêt des chercheurs. Les structures traduisent le souci ressenti à l'époque d'homogénéiser et d'améliorer la construction des vaisseaux.


Ile de Tatihou

Des épaves plus récentes nous racontent les histoires tristes de l'Histoire :

  • Le 1er septembre 1939, la radio française annonce la mobilisation générale.
  • Le 3 septembre 1939 à 10h, l'Angleterre déclare la guerre à l'Allemagne ;
  • la France suit le même jour à 17 h.
  • Le 13 avril 1940, l'Etat anglais annonce que le RMS Lancastria devient le HMT Lancastria.


Lancastria l'évacuation

Le 16 juin 1940, on peut apercevoir un grand nombre de navires « transports de troupes » mouillés dans le chenal des Grands Charpentiers ; c'est l'unique passage pour ces navires.
Le 16 juin 1940 à 11 heures, commence l'embarquement : 40 000 hommes à rapatrier ; s'ajoutent aux troupes anglaises, des polonais des tchécoslovaques...
Le même 17 juin 1940, le Lancastria arrive en rade de Saint-Nazaire, après bien des alertes. Il mouille à 4 milles du rivage par une profondeur de 20 mètres.
L'une des premières grandes unités à arriver le long du Lancastria fut celle de la RAF et dans l'après midi plus de 800 personnes sont serrées à l'intérieur, pendant que les soldats de la RAF embarquent toujours. D'après des témoignages 9000 hommes se trouvaient à bord. Un officier du Lancastria se trouvant en bas de la coupée raconte : "Le Lancastria était entièrement complet (...) alors j'aperçus des enfants remontant la coupée du dernier arrivage (...) Ce qui me serra les entrailles, c'est la vue de deux chiens qu'ils serraient contre eux. Je courus dans leur direction car il était impossible d'embarquer ces chiens ; le règlement était strict. (...) Avec calme, ils me fixèrent et ne comprirent pas. Pour m'expliquer, j'arrêtais une vieille dame. La dame parlait aux enfants avec beaucoup de douceur. Je vis le visage du petit garçon se transformer, ses lèvres se mirent à trembler, ses yeux se remplirent de larmes ; il ne répondit pas, il se mit à serrer son chien contre lui. Ce petit garçon commença à parler, sa sœur serrait son petit chien et ne disait rien. La dame anglaise traduisit : ces enfants sont belges, ils sont venus à pied de Bruxelles, traversant toute la France avant l'arrivée de l'armée allemande. Oui, oui, lui répondis je. Expliquez leur que nous les mettrons en sûreté, mais il nous est impossible d'embarquer ces chiens. Les chiens les suivent depuis Bruxelles, ils disent qu'ils ne peuvent s'en séparer maintenant. Puis un moment de silence.... je ne pouvais plus regarder le petit garçon dans les yeux. Bon, qu'ils embarquent, il me semble qu'il peut exister des entorses au règlement ! ".

 
Lancastria - carte postale du navire

A l'heure du déjeuner, un destroyer se trouvant à proximité du Lancastria lui demande d'appareiller. D'un coup, venant du ciel, un bruit d'avion...Les troupes se trouvant à l'intérieur du Lancastria décident de monter sur le pont ; la plupart sans gilet de sauvetage. La sirène retentit ; quatre bombes déchirent le Lancastria ; le bateau frissonne ; une bombe explose dans une cale où se trouve le contingent de 800 soldats de la RAF ; une autre frappe la soute libérant 1400 tonnes de fioul ; une autre encore explose dans l'eau tout près...un trou béant, la panique...Le transatlantique meurt avec des milliers de personnes à bord. Des centaines de naufragés sont dans une mer couverte d'huile et l'avion de la Luftwaffe continue à mitrailler les survivants dans l'eau et sur le bateau qui coule ; un autre avion ennemi largue des bombes incendiaires afin de mettre le feu à l'huile...

Le Lancastria est touché à 15h48, il s'incline à 15h50, la cheminée disparaît à 16h02. Et à 16h12 le transatlantique a coulé, le drame a duré 24 minutes.


Naufrage du Lancastre, photo de l'écomusée de St Nazaire, une mauvaise image très chargée d'émotion.

Certains rescapés virent les aviateurs prendre des photographies...
Beaucoup de gens avec des gilets sont immobiles, ils rencontrèrent la mort en touchant l'eau car le gilet en montant brutalement leur fracassa le cou.
Jamais un naufrage n'a laissé pareille empreinte ... Moins de 2500 personnes seront sauvées mais le compte exact de morts ne sera jamais connu et seulement 972 survivants sont sauvés sur environ 2000. Le plus grand nombre des victimes provient du corps du service Royal de l'armée britannique. Beaucoup périront lors du voyage de retour à la maison.
Le 22 juin la France accepte l'armistice après 120 000 morts...Un mois après le naufrage, un survivant qui se trouvait à Devon vit une affiche représentant le Lancastria. Le texte vantait des croisières de luxe en méditerranée. Ce jour là, la perte de l'ancien transatlantique ainsi que les hommes était encore un secret d'Etat.............


Pornic cimetière des Anglais

Des corps sont arrivés cet été là partout sur la côte. Ils n'arrivaient pas en même temps ; mais les gens de la côte ont donné une sépulture à toutes ces victimes. A Pornic un endroit porte toujours le nom de « Cimetière des Anglais »et le chemin qui y mène a été baptisé « chemin du Lancastria ».