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Habitat du corail rouge et ennemis

Dossier - Le corail rouge, l'or de Méditerranée
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Le magnifique corail rouge, un Cnidaire à croissance très lente, vit dans des habitats rocheux ombragés en Méditerranée et Atlantique oriental, entre 5 et 700 m de profondeur. Depuis des millénaires, son squelette calcifié est utilisé pour des bijoux, des amulettes et comme médication.

  
DossiersLe corail rouge, l'or de Méditerranée
 

Le corail rouge a une large répartition verticale en Méditerranée puisqu'on peut le rencontrer depuis le voisinage de la surface jusqu'à plus de 250 m de profondeur. Une campagne océanographique l'a même récolté à 400 m de fond dans les parages de Malte. Découvrez ici son habitat et ses ennemis.

Il est banal de rencontrer le corail rouge à très faible profondeur en Provence ou en Catalogne mais cela n'est pas une règle générale.

Les conditions écologiques préférées du corail rouge : peu de lumière et des courants pour se nourrir. © J.-G. Harmelin, tous droits réservés, reproduction et utilisation interdites

Dans de nombreuses régions, il n'est présent qu'en dessous de 40-50 m, voire plus. Il ne s'agit pas d'une élimination des petits fonds par des récoltes abusives mais parce que le corail rouge est sensible aux températures trop élevées (voir ci-dessous). Le corail rouge se développe dans des habitats peu éclairés, ou même obscurs, des fonds rocheux.

Figure 6 : le corail rouge est un ornement superbe des paysages sous-marins du nord de la Méditerranée. Réserve marine de Carry-le-Rouet, 23 m. © J.-G. Harmelin, tous droits réservés, reproduction et utilisation interdites

Le corail rouge, un habitant de l’ombre : grottes et roches profondes

Etant « sciaphile » (qui aime l'ombre), il reste ainsi à l'écart de la compétition avec les organismes « photophiles », algues surtout, beaucoup plus dynamiques. Près de la surface, il vit dans des grottes ou des petites cavités et, plus en profondeur, il occupe des parois surplombantes ou verticales (fig. 6).

Il peut même se trouver sur des roches profondes peu inclinées quand les courants sont suffisamment forts. Le corail rouge est en effet dépendant des courants pour se nourrir car c'est un mangeur de particules en suspension (cf. ci-dessous).

Figure 7 : paroi de l'entrée d'une grotte sous-marine chargée d'éponges, de petits coraux scléractiniaires éponges rouge et jaune et corail rouge. Marseille, 20 m. © J.-G. Harmelin, tous droits réservés, reproduction et utilisation interdites

Sur les parois des grottes semi-obscures, le corail rouge peut former un décor splendide, avec des agrégations très denses, parfois plus de 600 colonies par m². Dans cet habitat, quelques algues macroscopiques, souvent calcifiées, sont encore capables de réaliser leur photosynthèse dans la pénombre. Mais ce sont les éponges qui dominent cette communauté. Elles forment avec le corail rouge, des bryozoaires, des vers tubicoles, des petits coraux Scléractiniaires (Leptopsammia, Caryophyllia, Hoplangia) et des ascidies, une couverture très colorée, d'une grande diversité, qui ne laisse aucun espace libre (fig. 7).

Figure 7 : petits coraux scléractiniaires et corail rouge. Marseille, 20 m. © J.-G. Harmelin, tous droits réservés reproduction et utilisation interdites

La plupart de ces organismes ont une longue durée de vie et la compétition pour l'espace est forte. Pour le corail rouge, vivre dans un habitat saturé avec des voisins un peu trop dynamiques n'est pas facile. Une parade est la croissance en hauteur, ce qui lui permet aussi d'atteindre la couche d'eau supérieure, mieux renouvelée. Mais encore faut-il arriver à dépasser le stade juvénile si vulnérable ! Pour maintenir les voisins gênants à distance, le corail peut aussi manier le fouet avec un tentacule du polype qui s'allonge énormément et qui est bourré de nématocystes.

Les ennemis du corail rouge

Une fois grand et bien fixé à son substrat, le corail rouge a peu d'ennemis, hormis l'Homme qui le récolte ou détruit son habitat. On lui connaît deux prédateurs, qui sont relativement rares et font peu de dégâts. Ce sont une petite crevette, Balssia gasti, et un petit mollusque gastéropodePseudosimnia carnea.

Figure 8 : ce rameau est infesté par une éponge endolithe Clione qui a dissous le calcaire du squelette. © J.-G. Harmelin, tous droits réservés reproduction et utilisation interdites

La principale source de mortalité naturelle est constituée par les organismes foreurs, surtout les éponges Cliones. Ces éponges perforantes percent avec des sécrétions acides le squelette calcaire du corail et son substrat d'un réseau de cavités qui fragilisent la colonie (fig. 8) et peuvent entraîner sa chute. Une autre source de mortalité est le changement d'environnement, comme une augmentation de la sédimentation en particules fines ou, plus encore, un réchauffement des masses d'eau (fig. 8a).

Figure 8a : petit corail blessé par les grosses chaleurs de 1999 ; les parties mortes (flèches) sont colonisées par d'autres organismes. © J.-G. Harmelin, tous droits réservés reproduction et utilisation interdites

Ainsi, au cours des étés 1999 et 2003, des températures anormalement élevées dans le nord de la Méditerranée occidentale jusqu'à 30 m de profondeur ont été associées à une grande mortalité du corail rouge et d'autres invertébrés fixés.

Des expérimentations en aquarium ont confirmé que le corail rouge ne supporte pas d'être baigné dans de l'eau à 27 °C pendant une courte période ou soit maintenu à 25 °C pendant plusieurs jours. Ceci peut expliquer pourquoi le corail rouge est si peu présent en Méditerranée orientale, où l'eau est bien plus chaude en été qu'en Provence ou en Catalogne, deux régions que le corail fréquente à faible profondeur.