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Dossier - Joël de Rosnay : interview sur l'Energie et le développement durable
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Energie et Développement Durable magazine - Entretien avec Joël de Rosnay par Dan Bialod - Interview diffusée à l'occasion du salon EV-MC de Monte-Carlo.

  
DossiersJoël de Rosnay : interview sur l'Energie et le développement durable
 

E&DDM : Justement, quels sont les avantages et les inconvénients du scooter électrique ?

Joël de Rosnay :

C'est plus qu'un moyen de transport. Il a un démarrage et une accélération plus rapides qu'un scooter thermique, il est silencieux, non polluant, sans odeur. En le conduisant, j'ai l'impression de pratiquer un sport de glisse un peu comme le ski, le snowboard ou le surf. C'est un engin fluide dans son déplacement avec un aspect ludique tout en conservant les caractéristiques d'un scooter normal, avec ses indicateurs de vitesse et d' énergie disponible. Il faut moins de deux heures pour le recharger en le branchant sur une prise électrique domestique avec le fil qui se range sous le siège. L'inconvénient, c'est que même avec le bruiteur ajouté par le constructeur Peugeot pour prévenir les piétons, il faut être très prudent en ville ou dans les zones piétonnes autorisées aux véhicules électriques car les gens ne l'entendent pas arriver.

Mais, malgré un prix quasiment identique à celui d'un scooter thermique si on tient compte des subventions, force est de reconnaître que le marché du scooter électrique ne s'est pas développé. Pourtant les jeunes qui le voient, utilisateurs de deux-roues bruyants, veulent l'essayer et semblent passionnés.

Reste le fait que tous les petits véhicules électriques de proximité subissent la contrainte de la recharge et que les batteries utilisées jusqu' à présent sont difficilement recyclables. L'avantage du véhicule hybride est l'autonomie que lui confère son moteur thermique qui consomme peu de carburant.

E&DDM : Que pensez-vous d'un véhicule hybride doté d'un stockage plus important, qui se rechargerait aussi sur le réseau électrique ?

Joël de Rosnay :

Pourquoi pas en effet si on dispose d'une infrastructure simple d'accès pour la recharge, dans les parkings ou par des bornes de recharge. On aurait ainsi une plus grande autonomie en mode tout électrique. Pour la Prius par exemple, l'autonomie annoncée en mode électrique est de 2 km.

En réalité, c'est un peu plus compliqué, puisqu'il s'agit de deux kilomètres répétitifs, de nouveau disponibles dès que le moteur a rechargé les batteries, ce qui est très rapide. Et il est vrai que le sentiment d' autonomie est un des avantages qui plait aux utilisateurs de véhicules tels que la Prius.

D'un autre côté, il est vrai aussi qu'on peut parfaitement imaginer une voiture hybride avec un moteur non polluant utilisant un biocarburant et qui pourrait aussi se recharger sur le réseau électrique alimenté par des sources d'énergie non polluantes.

E&DDM : Finalement, les techniques sont disponibles, encore faut-il un changement de comportement ?

Joël de Rosnay :

L'automobile des années 40 à 80, axée sur la vitesse et le confort, où on emmenait un peu de chez soi, compte tenu du prix des voitures et des modèles, conduisait à des comparaisons et à des volontés de puissance de l'automobiliste. Cette ère est en train de s'estomper avec le contrôle de vitesse, du taux d'alcoolémie ; la « bagnole » associée à une agressivité collective sur les routes et aux accidents est en train de progressivement changer, plus vite qu'on le pensait. Le respect de la limitation de vitesse conduit les automobilistes à devenir plus solidaires les uns des autres, les ronds-points où la priorité est à gauche et sur lesquels on s'engage moins vite sont plus favorables que les feux de signalisation quant à l' intelligence collective des automobilistes. Les voitures hybrides comme la Prius sont tellement peu polluantes, tellement silencieuses et assistées, que l'automobiliste se sent responsabilisé par rapport à son environnement et que son comportement change. Dans les prochains dix ou quinze ans, au fur et à mesure que ce type de voiture se généralisera, on assistera à un changement de comportement des automobilistes, qui est déjà enclenché. Ce serait paradoxal de montrer que l'automobile est un catalyseur de changement sociétal mais pourquoi pas.

E&DDM : Pour terminer, pouvez-vous nous faire part de vos impressions de conducteur de Prius ?

Joël de Rosnay :

La Prius est la voiture la plus sophistiquée que j'ai jamais conduite. Non seulement à l'arrêt on n'entend aucun bruit, mais dès qu'on appuie sur l'accélérateur, tout se réenclenche, elle démarre en électrique, si on a besoin d'accélérer un peu plus, le moteur thermique prend le dessus sur le moteur électrique. Un écran indique en permanence d'où vient l' énergie dans la voiture. Quand on lève le pied de l'accélérateur, les batteries se rechargent automatiquement. On peut aussi forcer le mode électrique pour ne pas polluer dans des garages ou dans les embouteillages. En faisant circuler l'air au travers des filtres très efficaces qui équipent la Prius, avec la radio et la voiture en mode électrique on se trouve comme à l'intérieur d'une petite bulle écologique tout à fait agréable.