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Voyager à cheval

Dossier - Le dernier trappeur
DossierClassé sous :développement durable , trappeur , Yukon

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Norman Winther est l'un des derniers trappeurs à entretenir avec les majestueuses Montagnes Rocheuses une relation d'échange fondée sur une profonde connaissance du milieu et un grand respect des équilibres naturels.

  
DossiersLe dernier trappeur
 

Les trappeurs tels que Norman utilisent essentiellement le cheval comme mode de locomotion. Pour voyager, le cheval représente un avantage par rapport aux chiens : pas besoin de transporter de la nourriture. Si on laisse aux chevaux suffisamment de temps de repos, ils le mettent à profit pour brouter.

© Eric Travers / Gamma

Quand on ne leur donne aucun complément en grains, on les laisse en liberté avec des entraves aux antérieurs afin de leur octroyer une superficie suffisamment étendue pour qu'ils s'alimentent. C'est un bon compromis, car ils sont capables de se déplacer en sautillant sans pour autant s'éloigner trop ; mais cela reste théorique car certains chevaux plus agiles que d'autres, même entravés des quatre membres, sont susceptibles de faire plusieurs kilomètres en une nuit. Dans ce cas, on repère le cheval dominant, celui que les autres suivent, et on le laisse attaché pendant que les autres restent en liberté, puis on inverse.

Le cheval étant un animal très grégaire, il ne s'éloigne jamais trop s'il est seul et revient vers ses congénères. Norman se déplace avec deux chevaux, un qu'il monte et un bâté, qui transporte le matériel de camp et la nourriture. À l'aide d'une cordelette, il tient ce dernier ou l'attache à sa monture pour l'empêcher de traîner derrière.

© Eric Travers / Gamma

En effet, le cheval bâté essaie toujours d'attraper une touffe d'herbe par-ci, par-là et risque de renverser tout son chargement par terre en rattrapant au galop le cheval de selle. Il peut aussi être tenté de s'aventurer dans des passages trop étroits et rester coincé par les sacs de bât entre deux arbres. Cette corde doit donc être solide pour ne pas casser en cas de résistance, mais pas trop afin que le cheval de bât ne soit pas entraîné dans une chute éventuelle du cheval de selle.

Les contraintes et avantages du cheval

© Eric Travers / Gamma

Le côté contraignant du voyage à cheval, est que l'animal est très craintif, qu'il panique plus ou moins vite en fonction des individus et de la confiance qu'il accorde à l'homme, et surtout, il reste très imprévisible. C'est principalement pour cette raison, et compte tenu de sa force phénoménale, qu'il faut toujours rester très prudent. D'ailleurs, Norman préfère voyager avec des chiens, même s'il reconnaît volontiers que les chevaux sont des animaux sympathiques et bien pratiques l'été. Ils lui permettent d'avaler les kilomètres à travers les montagnes, les bois, partout où un canot ne peut aller, sans compter qu'ils sont assez puissants pour transporter beaucoup de matériel. Un cheval a le pied sûr, il passe à peu près partout en montagne si la pente n'est pas trop raide. La profondeur de l'eau ne pose pas de problèmes non plus pour les traversées de rivière, car il est très bon nageur. Par contre, un courant trop fort peut emporter un cheval déstabilisé et que sa charge empêche de retrouver l'équilibre.

Le cheval est aussi un agréable compagnon de chasse. En selle, on peut jouir d'une meilleure vue d'ensemble et on peut même pister les animaux car la plupart ne se méfient pas du cheval, dont l'odeur couvre celle du cavalier. Et, si la chasse s'avère fructueuse, il permet par exemple de transporter toute la viande d'un élan en une fois. En revanche, le temps d'utilisation des chevaux est très court : pas plus de quatre mois par an. Dès que l'herbe jaunit, ses qualité nutritives s'amoindrissent et, au fin fond du "bush", Norman ne peut leur apporter un complément alimentaire. Le reste du temps, il confie ses deux chevaux à un ami qui s'en occupe pendant l'hiver tandis que les chiens prennent le relais.