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Indicateurs fiables du réchauffement global de la Terre

Dossier - Les glaciers des Tropiques : un enjeu pour l'étude du climat ?
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Malgré le faible volume qu'ils représentent à l'échelle des glaces continentales, les glaciers situés sur la ceinture tropicale sont importants pour la connaissance de l'évolution climatique de la planète. Quel rapport entre le recul des glaciers avec le réchauffement global ? La fonte des glaciers s'accèlere-t-elle sous les tropiques ?

  
DossiersLes glaciers des Tropiques : un enjeu pour l'étude du climat ?
 

Les glaciers situés entre les Tropiques sont d'une importance mineure à l'échelle des glaces de la planète : ils représentent environ 2800 km2, soit moins de 5% des glaciers de montagne (hors pôles) dans le monde et à peine 0,16% des glaces continentales. Un pourcentage voisin de celui qu'atteignent les seuls glaciers des Alpes. Ces proportions sont encore plus faibles si l'on raisonne en terme de volumes de glace. C'est dire que leur disparition passerait inaperçue, le niveau des océans ne bougerait pas même d'un millimètre. Même les grands lacs endoréiques recueillant leurs eaux de fonte, comme le Lac Titicaca, varieraient dans des proportions peu significatives, les facteurs qui contrôlent les niveaux à l'échelle de ces vastes bassins versants étant surtout les quantités d'eau précipitées et évaporées.

Glacier de l'Artezonraju (6000 m) dans la Cordillère Blanche au Pérou - Photo copyright Bernard Francou - Tous droits de reproduction interdit.

Néanmoins, ils occupent une position privilégiée comme indicateurs climatiques. Comme tous les glaciers de montagne, ils fournissent à travers les variations de leur volume et de leur bilan de masse une idée claire de la tendance climatique à court terme en intégrant les principales variables que sont les températures, les flux d'énergie à la surface du sol et les précipitations, avec un temps de réponse inférieur à la décennie. Etant situés sous des latitudes proches de l'Equateur où les échanges d'énergie entre le sol et l'atmosphère sont considérables, où les masses d'air sont assez homogènes, et à une altitude comprise entre 4500 m et 7000 m, donc hors de portées des influences des basses couches de l'atmosphère, ils peuvent enregistrer des évolutions climatiques avec un très haut degré de résolution.

Ils sont ainsi à même de capter des perturbations climatiques saisonnières à inter-annuelles étalées sur quelques années seulement, comme les phénomènes ENSO (El Niño-Southern Oscillation). On sait aussi qu'ils sont susceptibles de réagir avec une plus grande sensibilité que les autres à un réchauffement global de la planète. En remarquant enfin que les glaciers des latitudes tropicales et subtropicales sont souvent situés sur des aires continentales élevées relativement chaudes qui, comme le Tibet et l'Altiplano, jouent par leur masse un rôle essentiel dans la circulation atmosphérique globale, on a là l'essentiel des raisons qui conduisent à établir le diagnostic de leur état de santé. Toutes ?

Mesure du bilan d'énergie sur le glacier de l'Antizana à 4880 m (Equateur) - Photo copyright Bernard Francou - Tous droits de reproduction interdit.

Pas tout à fait ! Ce serait oublier que ces glaciers tiennent une place non négligeable dans l'environnement des régions dans lesquelles on les trouve concentrés. Comme objets hydrologiques, ils jouent un rôle régulateur dans les régimes des cours d'eau en soutenant les débits pendant les 4 à 6 mois que dure la saison sèche, surtout les années à pluviométrie déficitaire. De grands territoires désertiques comme la côte du Pérou, et trois grandes capitales, La Paz, Lima et Quito, dépendent en partie des glaciers pour leur alimentation en eau. N'oublions pas, de façon plus générale, que les Tropiques concentrent plus de la moitié de la population mondiale, avec ses plus importants taux de croissance, et que les événements climatiques affectant les ressources en eau de cette zone y prennent une acuité toute particulière. Néfastes, par contre, les dangers que ces glaces font courir aux populations lorsqu'elles sont perchées au sommet de volcans actifs, comme le Nevado del Ruiz en Colombie ou le Cotopaxi en Equateur, ou comme c'est le cas en Cordillère Blanche au Pérou, lorsqu'elles partent en avalanches ou déclenchent la vidange brutale des lacs qu'elles ont créés au cours de leur recul, événements très meurtriers en relation la plupart du temps avec des séismes violents.