Le scorpion Ananteris balzani vit en Amérique du Sud. © waltherishikawa, iNaturalist
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Science décalée : les scorpions acceptent de mourir constipés pour assurer leur descendance

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Lorsque le scorpion est attaqué, il perd sa queue pour pouvoir échapper à son assaillant. Ce sacrifice va entraîner une mort lente et pénible par constipation. Mais ces quelques mois de survie supplémentaires lui permettront d'assurer sa descendance.

Que seriez-vous prêt à sacrifier pour rester en vie ? Chez les animaux, l'automutilation (autotomie) est une stratégie assez courante pour échapper à un prédateur. Le lézard, le gecko, la salamandre ou certaines araignées peuvent se séparer de leur queue ou de quelques pattes, histoire de détourner l'attention de leur assaillant et de sauver leur peau. Le scorpion, lui, perd volontairement un bout de sa queue lorsqu'il est attaqué. Sauf que, contrairement à la salamandre ou au lézard, dont la queue repousse une fois coupée, le scorpion n'a pas la capacité de régénérer son organe perdu.

La perte de l’anus, une conséquence fatale de l’autototomie

Et cela a de fâcheuses conséquences : le scorpion perd non seulement son dard venimeux, qui lui sert à neutraliser ses proies, mais aussi son anus qui est situé à l'extrémité de sa queue. Lorsque l'extrémité cicatrise, l'anus est bouché et les excréments s'accumulent dans le tube digestif. « Après l'autotomie, les scorpions ne défèquent pas et ne peuvent capturer que de petites proies », commente Camilo Mattoni, auteur d'une étude sur ce phénomène parue dans Plos One. La mort est toutefois très lente : les scorpions peuvent survivre pendant près d'un an avant de mourir constipés, « car les scorpions excrètent naturellement très peu de déchets», explique-t-il. De plus, le scorpion peut évacuer une partie des déchets en procédant à une autotomie supplémentaire d'une autre partie de sa queue. Mais cela ne peut pas se répéter indéfiniment. Le sacrifice du scorpion finit par lui être fatal.

Lorsqu’il perd sa queue, le scorpion perd sa capacité à se défendre et à déféquer, mais pas sa capacité reproductive. © Camilo Mattoni et al, Plos One, 2015.

Avoir une queue amputée ne réduit pas les chances de reproduction

Un sacrifice fatal mais pas vain. Car ces quelques mois de survie supplémentaires vont lui permettre de s'accoupler et de faire ainsi passer ses gènes à sa descendance. Malgré leur handicap, les scorpions mâles sont capables de s'accoupler de manière aussi efficace qu'avant, montre une nouvelle étude parue dans The American Naturalist. Les chercheurs ont capturé 150 Ananteris balzani, une espèce de scorpions qui vit en Amérique du Sud, et ont coupé la queue de la moitié d'entre eux. « Chez les mâles, l'autotomie n'a aucun effet sur l'efficacité de l’accouplement », constate Solimary García-Hernández, principal auteur de l'étude. Chez la femelle, en revanche, c'est une toute autre histoire : entre l'augmentation de la mortalité et la diminution de la fécondité, celle-ci produit 35 % de progéniture en moins. Une différence aussi notée dans l'étude de Camilo Mattoni et qui interroge sur cette inégalité.

Un sacrifice plus coûteux chez la femelle

Les auteurs des deux études avancent plusieurs hypothèses. D'une part, chez la femelle, l'autotomie peut réduire l'espace disponible pour les embryons en raison d'une accumulation des excréments dans l'opisthosome (la partie postérieure du corps). De plus, les femelles ont besoin de plus de nourriture que les mâles pour le développement embryonnaire pendant la gestation. Or, on l'a vu, les scorpions amputés ne peuvent plus se nourrir que de petites proies pas très rassasiantes. Enfin, les femelles ont une durée de vie beaucoup plus longue que les mâles. Le coût associé à l'autotomie est donc nettement plus important. D'ailleurs, ce comportement est bien plus fréquent chez les mâles, a constaté Camilo Mattoni. D'après son étude, 88 % des scorpions mâles perdent leur queue lors d'une attaque, contre 20 % du temps chez la femelle.

Mourir à petit feu par constipation ne doit certainement pas être agréable. Mais, du point de vue évolutif, gagner quelques mois de vie et être ainsi capable de transmettre ses gènes est somme toute une stratégie logique.

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