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Rêvant de devenir grand-mères, les mamans bonobos aident leurs fils

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Les groupes de bonobos sont hiérarchisés et les mâles dominants bénéficient d'un avantage pour leur reproduction. Mais une nouvelle étude montre que les mâles dominés peuvent aussi s'accoupler grâce à l'aide de leur maman, qui rêve peut-être de devenir grand-mère...

Les mâles bonobos dominés bénéficient de l'aide de leur mère pour réussir à séduire des jeunes femelles. Crédits DR

Chez les bonobos, le succès reproductif des mâles est lié à la position hiérarchique dans le groupe. Plus la position est dominante, plus le mâle a des chances de parvenir à s'accoupler et à obtenir une progéniture. Les mâles dominés n'ont, quant à eux, qu'une faible probabilité d'avoir une descendance. Ils s'associent alors à d'autres membres du groupe pour tenter de détrôner le mâle dominant et augmenter les chances de se reproduire.

Chez les espèces philopatriques femelles (où les femelles restent au sein du groupe et où les mâles quittent le groupe à leur maturité sexuelle), des données indiquent que les liens de parentés sont essentiels à cette association. Ainsi, c'est souvent la mère qui aide sa fille, même située au bas de l'échelle hiérarchique, à s'accoupler.

Martin Surbeck, du Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology, s'est intéressé au cas des bonobos, qui sont une espèce philopatrique mâle :  les mâles conservent leurs places dans le groupe et les femelles partent lorsqu'elles deviennent adultes pour rejoindre un autre groupe. Comment les mâles pourraient-ils bénéficier du même type de traitement de faveur ?

Afin de répondre à la question, les scientifiques ont étudié pendant près de deux ans et demi une population de 30 bonobos sauvages dans le Parc national de la Salonga, en République Démocratique du Congo. Les jeunes adultes et adolescents mâles du groupe (9 individus) ont été particulièrement suivis. Les liens de parenté dans le groupe ont été établis en effectuant des analyses génétiques de chacun d'entre eux.

Les mâles accrochés aux jupons de leur mère ont étonnamment beaucoup de succès auprès des jeunes femelles bonobos. © Wikimedia Commons

Reproduction ou simple jeu sexuel ?

Les résultats publiés dans le journal Proceedings of the Royal Society B indiquent sans surprise une forte corrélation entre le statut de dominance des mâles et leur privilège à s'accoupler : 40% des accouplements dénombrés impliquent le mâle dominant. La donne change lorsque les mères des mâles sont présentes dans le groupe, comme si les mamans bonobos avaient envie d'être grand-mères et faisaient en sorte d'y parvenir. La présence des mères des mâles favorise en effet l'accouplement de leur progéniture et diminue donc celui des mâles dominants, dont la part chute à 25%.

Les raisons de ce constat ne sont pas encore très claires et plusieurs explications sont possibles. Chez les bonobos, les femelles ont l'avantage de pouvoir intervenir dans les conflits entre mâles, les mères pourraient donc apporter un soutien à leurs fils et leur permettre d'accéder à la parentalité. Ce genre de soutien n'a d'ailleurs pas été mis en évidence entre une femelle et un mâle sans lien de parenté. Autre explication : les mâles sont inséparables de leur mère lorsque celle-ci fait partie du groupe. Elle pourrait alors faciliter l'interaction entre une femelle fertile et son fils.

Pourtant, rien n'indique dans l'étude que les accouplements réalisés par les mâles aidés de leur mère mènent réellement à l'obtention de bébés bonobos. Il ne pourrait s'agir que d'un comportement sexuel à but ludique, dont les bonobos sont réputés.

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