Découverte inattendue et étonnante : lorsqu’ils ouvrent leur gueule immense, les tissus de la gorge des rorquals et autres baleines bleues s’étendent démesurément. Comment leurs nerfs résistent-ils à cet étirement ? En s’allongeant comme un élastique. Pourtant, les fibres nerveuses, elles, ne sont pas extensibles. Le secret réside dans le pliage et reste à percer…
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Les balénoptères se reconnaissent immanquablement aux sillons qui strient leur gorge. Parmi les plus grands du monde, ces animaux, comme la baleine bleue et le rorqual commun, pêchepêche du menu fretinfretin, comme le krillkrill, en ouvrant une gueule gigantesque qui engloutit un volumevolume considérable. La mâchoire inférieure s'abaisse avec un angle proche de 90° et grâce aux sillons, la peau de la gorge s'étire dans une grande proportion. La bouche se renferme ensuite brusquement et la partie ventrale et la langue puissante évacuent l'eau à travers les fanonsfanons, retenant les invertébrésinvertébrés et les petites poissonspoissons à l'aide des fanons.

Si la méthode de ces cétacés est connue, un mystère demeure : les nerfsnerfs qui parcourent la gorge subissent un étirement considérable, de 38 % dans le sens longitudinal et de 162 % le long de la circonférence de la bouche. Or, un nerf n'est pas élastique et se rompt sous un tel effort. Les zoologisteszoologistes ne comprennent toujours pas comment ceux des balénoptères résistent.

14 cm au repos, 34 cm étiré. Un rorqual joue avec ses nerfs comme nous ne pourrions le faire. © <em>University of British Columbia</em>

14 cm au repos, 34 cm étiré. Un rorqual joue avec ses nerfs comme nous ne pourrions le faire. © University of British Columbia

Les balénoptères plient leurs fibres

Une équipe de l'université de Colombie-Britannique, au Canada, s'est attelée à ce problème et a regardé de plus près les nerfs de rorquals tués dans le cadre de la chasse commerciale à la baleine, autorisée pour l'Islande. Photo à l'appui (voir le communiqué de l’université), ils montrent que ces nerfs peuvent être étirés jusqu'à plus de deux fois leur longueur. Selon eux, pourtant, les fibres nerveuses (c'est-à-dire les axonesaxones des neuronesneurones) ne sont pas extensibles. Elles sont empaquetées à l'intérieur du nerf et pliées. L'étirement provoque un dépliage des fibres.

Leur étude, publiée dans la dernière livraison de la revue Current Biology, n'est pas complète car le détail du pliage et du dépliage des fibres n'est pas encore compris. Dans le communiqué de l'université, les auteurs avouent le peu de connaissances actuelles sur l'anatomieanatomie de ces grands animaux et se demandent si la technique est la même que celle de la langue du caméléon ou de la gorge des grenouilles qui croassent. Des mystères de la nature résistent encore...