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Les oiseaux stressés grandissent mieux !

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Une nouvelle étude réalisée sur la mésange charbonnière démontre que l'exposition des parents à un dangereux prédateur induit une modification de la croissance des oisillons. Résultat : ils sont plus petits mais obtiennent de plus grandes ailes... pour mieux s'échapper !

Les mésanges charbonnières savent s'adapter rapidement à la menace de prédateurs. © Darkone, CC 2.5

Manque de nourriture, température basses, présence d'un danger... Face à des conditions difficiles, les animaux, comme les humains, modifient leur comportement, voire leur physiologie, pour y faire face. Mais selon la théorie de l'évolution proposée par Darwin, basée sur la sélection naturelle, seuls les organismes les mieux adaptés survivent et peuvent ensuite transmettre leurs gènes.

Mais cette théorie n'inclut pas la possibilité d'une transmission directe aux descendants de la propre adaptation des parents à de nouvelles conditions environnementales. Pourtant, de récentes études avaient montré que l'alimentation du papa souris pouvait influencer le métabolisme lipidique des souriceaux. Car en plus des gènes, les parents peuvent transmettre ce que l'on appelle des modifications épigénétiques, des modifications de la structure de l'ADN (et non pas de la séquence) qui induisent des variations de l'expression des gènes.

De faux prédateurs, un vrai stress

De la même façon, un danger ressenti par les parents avant la conception des petits pourrait-il les pousser à se développer plus rapidement ou à devenir plus fort ? Afin de répondre à la question, Michael Coslovsky et Heinz Richner, deux écologistes évolutionnistes de l'université de Bern, ont étudié le comportement de mésanges charbonnières (Parus major) et de leurs petits dans la forêt de Bremgartenwald en Suisse.

Les passereaux adultes ont été volontairement et artificiellement soumis à une menace, en mimant la présence de rapaces qui sont leurs prédateurs naturels (l'épervier d'Europe ou Accipiter nisus) ou d'oiseaux qui ne présentent aucun danger pour leur survie (la grive musicienne ou Turdus philomelos). Ainsi, des individus empaillés leur ont été présentés et les chants caractéristiques de ces deux oiseaux ont été diffusés à l'aide de haut-parleurs. Pour leur permettre d'influencer la biologie des cellules germinales, ces chants ont été diffusés au moment de l'ovulation des femelles.

Les oisillons nés de mésanges alarmées par la présence de prédateurs sont plus petits mais possèdent des ailes plus grandes. © Teddy Wilkin

De grandes ailes pour mieux s’échapper

Pour éviter que l'effet de la menace ressentie par la mère ne soit transmis à la descendance par le biais d'une modification de son comportement maternel vis-à-vis des petits, et ainsi ne mettre en évidence que les facteurs transmis par les gamètes, les oisillons ont été élevés, dès le deuxième jour suivant leur naissance, par des parents adoptifs (qui n'avaient pas été effrayés) et non par leurs parents génétiques.

Les scientifiques ont constaté que les petites mésanges issues des mères exposées aux chants des prédateurs sont plus petits que ceux nés des mères « contrôles », mais que leurs ailes grandissent plus rapidement et adoptent une taille définitive plus importante. Alors que leur petite taille pourrait être perçue comme un inconvénient, leur poids plume associé à de grande ailes est en réalité un atout qui leur permet d'améliorer leurs performances en vol, et d'échapper plus efficacement aux prédateurs !

Une adaptation rapide face au danger

Le mécanisme de la transmission de ce caractère à la progéniture n'a pas réellement été analysé dans l'article paru dans Functional Ecology. Mais les chercheurs, qui ne croient pas beaucoup au hasard, sont séduits par l'idée que ce processus pourrait résulter d'un mécanisme adaptatif, permis par l'augmentation du taux d'hormones du stress induite par le chant du prédateur chez les mères avant la fécondation.

« Dans ce cas, l'effet maternel influence probablement la distribution des ressources à différentes fonctions de la croissance chez la progéniture », expliquent-ils. Ainsi, ils ont « montré pour la première fois, à travers une manipulation environnementale plutôt qu'hormonale, que le risque de prédation pourrait induire des effets maternels adaptatifs chez les oiseaux ».

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