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L’homme n’est pas responsable du déclin du bœuf musqué

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Le Paléocène a vu la disparition de nombreux grands mammifères. Le bœuf musqué a lui aussi souffert à cette époque et subi un fort déclin il y a 12.000 ans. Une équipe de scientifiques vient d'apporter de solides arguments qui disculpent les chasseurs de cette époque.

Le bœuf musqué (Ovibos moschatus) a survécu aux mammouths et aux chasses du 20e siècle, lesquelles ont bien failli le faire disparaître. Mais il semblerait que les hommes ne soient pas en cause dans leur déclin d'il y a 12.000 ans. © Terra Nova CC by-nc-sa

Le bœuf musqué (Ovibos moschatus) a survécu à l'extinction au 20e siècle et vit désormais au Groenland, en Alaska et en Scandinavie, hors de son aire de répartition d'origine (Canada et Groenland). Cet animal plus proche de la chèvre que du bœuf, malgré son apparence et son nom, a aussi survécu à un déclin rapide il y a 12.000 ans, au Pléistocène, contrairement à d'autres grands mammifères (mammouths, rhinocéros laineux).

La disparition de ces animaux à cette époque de changements climatiques rapides où l'homme colonisait la planète pose de nombreuses questions. Questions qui alimentent le débat sur la cause, humaine ou environnementale, de ces disparitions.

L'étude de la dynamique des populations des bœufs musqués au cours des âges pourrait donc apporter des éléments de réponses. Des réponses qui tendent à disculper l'homme dans le cas des bœufs musqués, contrairement au cas de la mégafaune d’Australie.

L'évolution des analyses de l'ADN mitochondrial a rendu possible une telle étude. « Au cours de la dernière décennie, l'étude de l'ADN s'est bien améliorée, au début cantonnée simplement à l'identification des espèces pour apporter aujourd'hui des données sur la taille et la dynamique des populations animales sur les 100.000 dernière années » explique Tom Gilbert de l'Université de Copenhague.

Cliquer pour agrandir. Cet ancien crâne de bœuf musqué a livré son ADN mitochondrial aux scientifiques et permis de retracer les variations de population de cette espèce. © Tom Gilbert / Université de Copenhague

C'est ainsi que les chercheurs Beth Shapiro, de la Penn State University, et Tom Gilbert ainsi que leur équipe ont analysé et comparé les séquences d'ADN mitochondrial des bœufs musqués d'hier et d'aujourd'hui. Les os et autres restes récoltés dans l'ancienne aire de répartition de cette espèce ont permis de remonter jusqu'à 60.000 ans.

On ne peut pas tout mettre sur le compte de l’arrivée des hommes

Le principe de l'étude est que la diversité génétique est liée à la taille des populations. Lorsque celle-ci diminue, il en est de même de la taille des populations. Les données sur les variations génétiques ont révélé une succession de baisses et de hausses depuis 60.000 ans, différentes des variations reconstruites pour le bison ou le mammouth.

« Au fur et à mesure que nous nous faisons une meilleure idée du cadre général des dynamiques de la mégafaune arctique, il devient clair que chaque espèce suit sa propre destinée, explique Beth Shapiro. C'est un argument fort en faveur d'une modification de ces dynamiques de population par des changements dans les habitats, et non par un facteur unique qui serait l'arrivée de chasseurs. »

Difficile pour autant de déterminer la cause du déclin enregistré il y a 12.000 ans. « Nous savons par les données historiques que les bœufs musqués sont sensibles aux changements dans l'environnement arctique », précise Beth Shapiro. Une chose est sûre pour la chercheuse, si l'on ne peut rien confirmer en ce qui concerne l'influence du climat, les hommes peuvent être disculpés.

« Nous nous interrogeons sur la façon dont l'instabilité climatique actuelle pourrait affecter la survie du bœuf musqué, remarque Tom Gilbert. Il y a beaucoup d'actualités sur la situation critique de l'ours polaire, mais le bœuf musqué pourrait être dans la même situation. »

Homo sapiens disculpé donc, mais pour combien de temps ?

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