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Les chimpanzés aiment la musique… quand elle est indienne ou africaine

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Confrontés à une musique occidentale, les chimpanzés préfèrent s'éloigner pour aller chercher du silence. Ne sont-ils pas du tout mélomanes ? En fait, selon une nouvelle étude, ils semblent apprécier certains types de musique orientale. Explication : ils n'aiment pas les sonorités qui leur rappellent leurs comportements d'agression.

Des études précédentes ont constaté que les primates préféraient le silence à tout type de musique occidentale, hormis celle de Mozart et des berceuses. Dans cette nouvelle étude, les chercheurs ont voulu connaître l'attirance des singes pour des morceaux orientaux : du raga indien, du taiko japonais et de la musique de la culture Akan d'Afrique de l'ouest. © Frank Wouters, Wikimedia Commons, cc by sa 2.0
Des études précédentes ont constaté que les primates préféraient le silence à tout type de musique occidentale, hormis celle de Mozart et des berceuses. Dans cette nouvelle étude, les chercheurs ont voulu connaître l'attirance des singes pour des morceaux orientaux : du raga indien, du taiko japonais et de la musique de la culture Akan d'Afrique de l'ouest. © Frank Wouters, Wikimedia Commons, cc by sa 2.0
 

Des travaux antérieurs avaient démontré que les chimpanzés fuient la musique occidentale, basée sur des rythmes réguliers, et ce quel que soit le genre musical (blues, musique pop ou classique). Aux États-Unis, dans le Centre de recherche sur les primates de Yerkes, à Atlanta, des chercheurs sont allés plus loin. Ils ont pour la première fois testé l'effet sur 16 chimpanzés (Pan troglodytes) de morceaux orientaux aux modèles rythmiques différents.

Leur objectif n'était pas de déterminer une préférence pour un type de musique, mais de voir comment les singes réagissaient à des caractéristiques acoustiques spécifiques, comme le ratio entre temps forts et temps faibles.

Pendant 12 jours, des lecteurs audio disposés à différents endroits à l'extérieur des enclos des chimpanzés proposaient, de façon aléatoire mais à volume égal, de la musique indienne (raga), africaine (akan) et japonaise (taiko) sur une durée quotidienne de 40 minutes. L'un des postes ne diffusait aucun son pour exclure tout comportement associé à l'objet plutôt qu'à la musique.

Le tambourinage chez les primates représenterait un précurseur des capacités musicales de l'Homme. Il est omniprésent, parfois sous des formes très complexes, dans toutes les cultures humaines, des plus anciennes aux plus modernes. © Delphine Bruyère, Wikimedia Commons, cc by sa 3.0

Les goûts des singes aideront-ils à comprendre la musique humaine ?

Les résultats montrent que les chimpanzés ont passé significativement plus de temps à vaquer à leurs occupations à proximité des émetteurs de mélodies africaines et indiennes que dans les zones silencieuses. Ils délaissaient également ceux qui passaient des morceaux de taiko pour des endroits plus calmes.

Les airs indiens et africains sont construits sur des ratios extrêmes entre temps forts et temps faibles : à savoir un temps fort tous les 31 temps faibles pour la musique indienne tandis que la musique africaine est construite sur des ostinatos, c'est-à-dire des motifs mélodiques ou rythmiques répétés obstinément, basés sur des temps forts et très peu de temps faibles intercalés. En raison de ces rapports extrêmes entre temps forts et temps faibles dans ces deux catégories de musique orientale, l'auditeur n'entend pas de pulsation évidente de la musique.

En revanche, à l'instar de la musique occidentale, les chansons nippones reposent sur des temps forts tous les temps, conduisant à une pulsation claire et percutante — taiko signifiant gros tambour en japonais. L'évitement de la musique taiko, au même titre que la musique occidentale, pourrait s'expliquer par les raisons pour lesquelles les primates recourent eux-mêmes aux sons. « Les chimpanzés peuvent percevoir les bases rythmiques prévisibles et forts comme une menace, étant donné que les comportements de dominance incorporent généralement des sons répétés en tapant, en cognant et en frappant des objets » explique Frans de Waal, doctorant à l'université Emory, aux États-Unis, et co-auteur de la recherche.

En servant de base pour l'étude des homologies entre préférences musicales chez les primates non humains et humains, ces travaux pourront être utiles à la compréhension de l'origine de la musique chez l'Homme.

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