Produire de l’hydrogène bas carbone et à moindre coût, c’est devenu le rêve de beaucoup. Aujourd’hui, une entreprise américaine propose, pour cela, d’exploiter des microbes mangeurs de pétrole. Un procédé bon marché, selon les premières estimations. Mais peut-être pas si propre que ça.

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Les microbes n’ont pas bonne réputation. Le terme même porte une connotation négative. Dans de nombreux esprits, un microbe, c’est quelque chose de sale. De nuisible. Pour les biologistes, il ne veut pourtant pas dire grand-chose tant il désigne des organismes divers. Des virus, des bactéries, des champignons, etc.

Le microbe n’est, en réalité, ni plus ni moins, qu’un organisme microscopique, un micro-organisme. Et certains sont au moins utiles, parfois précieux. Depuis des millénaires, les levures, par exemple, nous aident à produire de l’alcool. D’où l’idée qui se développe de plus en plus d’exploiter les capacités des microbes pour aider à la transition énergétique de notre société.

Aux États-Unis, Cemvita Factory espère ainsi réussir à produire un hydrogène neutre en carbone à partir de pétrole. Et cela nécessite sans doute quelques explications. Rappelons d’abord qu’aujourd’hui, la quasi-totalité de l’hydrogène produit dans le monde est encore produite à partir de reformage de ressources fossiles. Produire de l’hydrogène à partir de pétrole n’a donc en fait pas grand-chose de nouveau.

Cemtiva Factory assure pouvoir produire grâce à des microbes spécialement développés, de l’hydrogène neutre en carbone — que l’entreprise américaine qualifie de <em>« gold hydrogen »</em> — à partir de pétrole laissé à l’abandon dans des puits <em>« épuisés »</em>. Et même de pouvoir contrôler cette production par l’injection de nutriments ou d’inhibiteurs. © Cemvita Factory Inc.
Cemtiva Factory assure pouvoir produire grâce à des microbes spécialement développés, de l’hydrogène neutre en carbone — que l’entreprise américaine qualifie de « gold hydrogen » — à partir de pétrole laissé à l’abandon dans des puits « épuisés ». Et même de pouvoir contrôler cette production par l’injection de nutriments ou d’inhibiteurs. © Cemvita Factory Inc.

De l’hydrogène propre, vraiment ?

Mais le pétrole dont il est question ici est un pétrole un peu particulier. Le pétrole qui reste inexploité dans les puits « épuisés ». Inexploité, car trop cher à extraire. Cemvita envisage d’injecter dans ces puits, des micro-organismes dont ses experts ont génétiquement amélioré les capacités naturelles. Pour les encourager à se multiplier et à se nourrir de pétrole tout en excrétant de l’hydrogène.

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Le premier petit couac de l’histoire, c’est que ces micro-organismes ne produisent pas ainsi que de l’hydrogène. Ils produisent aussi… du dioxyde de carbone, le fameux CO2. Un peu comme ce qui se passe avec le procédé de reformage, finalement. C’est un mauvais point. Car vous le savez, le CO2 est un gaz à effet de serre qui participe activement au réchauffement climatique. Mais Cemvita promet d’accoler à ces anciens puits de pétrole devenus fermes de production d’hydrogène, des systèmes de captage de CO2. Afin que le carbone ne soit pas rejeté dans l’atmosphère, mais puisse être stocké en sous-sol. C’est pourquoi ici, il ne sera jamais question de parler d’hydrogène vert. Tout au plus d’hydrogène neutre en carbone. En supposant que les compagnies pétrolières auxquelles Cemvita devra probablement, à terme, s’en remettre pour opérer sa technologie, captent et stockent effectivement le CO2 émis dans le processus.

Le second petit couac de l’histoire vient du côté « génétiquement amélioré ». Car avant tout, il faudra que les autorités valident le fait que ces micro-organismes peuvent être injectés sans danger dans les puits de pétrole épuisés. Qu’ils ne seront pas à l’origine de dommages environnementaux non souhaités.

La bonne nouvelle tout de même c’est qu’après avoir réalisé de premiers essais sur site, Cemvita assure que la production a dépassé les attentes. Des niveaux d’hydrogène trois fois supérieurs à la valeur de référence en laboratoire ont été atteints. De quoi encourager les experts de la société à promettre une production d’hydrogène à des coûts qui pourraient être inférieurs à ceux du reformage.