35 % des zones humides ont disparu depuis 1970 alors qu'elles présentent de nombreux bénéfices méconnus. © 12019, Pixabay, DP
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Les zones humides disparaissent alors qu'elles sont indispensables à notre survie

ActualitéClassé sous :Terre , Eau , Réchauffement climatique

Alliées indispensables dans la lutte contre le réchauffement climatique, les zones humides sont fortement menacées et dégradées partout dans le monde. Les Nations unies estiment que 35 % des zones humides ont disparu depuis 1970 alors qu'elles présentent de nombreux bénéfices méconnus, comme l'atténuation des catastrophes, la séquestration du carbone et la santé humaine. 

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[EN VIDÉO] L’humanité survivra-t-elle à l’effondrement de la biodiversité ?  Il semble évident que l’humanité soit imbriquée avec son écosystème. Si la biodiversité s’écroule, elle ne pourra évidemment plus assurer les services écosystémiques. L’humanité peut-elle exister décemment dans ces conditions ? Futura a pu aborder cette question avec Gilles Boeuf, chercheur et président du conseil scientifique de l’AFB. 

La Convention sur les Zones Humides (ou Convention de Ramsar) vient de mettre à jour son dernier rapport sur l'état des zones humides dans le monde et sur l'importance de leur sauvegarde. Alors que tous les regards se concentrent sur la dégradation de la forêt amazonienne ou encore sur la disparition des glaciers, les zones humides sont les écosystèmes les plus menacés de la Planète : les marais, tourbières, prairies humides, lagunes, mangroves et autres points d'eau disparaissent actuellement à un rythme 3 fois plus rapide que les forêts. 36 % des espèces dépendant des zones humides sont menacées au plan mondial. Pourtant méconnu, le rôle des zones humides est capital dans le fonctionnement de la Terre : réservoir de biodiversité, mais aussi atténuation des catastrophes, santé humaine, et puits de carbone.    

Les menaces : agriculture, élevage, pollution et changement climatique

Les zones humides ont une superficie mondiale de 1,2 milliard d'hectares en cumulé ; cela donne un territoire plus vaste que celui du Canada. Mais en seulement 50 ans, elles ont déjà perdu un tiers de leur surface totale. 

L'exploitation anarchique des terres (en particulier l'agriculture et l'élevage) est le premier facteur de dégradation des zones humides, alors que la Convention sur les Zones Humides insiste sur le fait que  « l'avenir d'une production alimentaire durable dépend de zones humides en bon état et de leur utilisation rationnelle ». L'agriculture est responsable de la disparition de plus de la moitié des zones humides depuis 1970. Viennent ensuite la surexploitation des animaux d'élevage, des plantes, la pollution, les espèces envahissantes, mais aussi l'exploitation forestière, ainsi que la chasse et la pêche d'espèces indispensables au fonctionnement de ces zones. Et les prévisions de la Convention sont plutôt sombres concernant le futur : toutes ces menaces sur les terres et la biodiversité « devraient se poursuivre ou s'aggraver dans de nombreux scénarios futurs, en réponse aux facteurs indirects comme la croissance rapide de la population humaine, la production et la consommation non durables et le développement technologique connexe. »

L'agriculture est responsable de la disparition de plus de la moitié des zones humides depuis 1970

Les zones humides sont aussi particulièrement touchées par les conséquences du changement climatique : élévation du niveau de la mer, blanchiment des coraux et bouleversement de l'hydrologie. Parmi l'ensemble des zones humides du globe, les zones humides arctiques et de montagne sont davantage exposées aux risques climatiques. Dans les zones au climat plutôt sec, amenées à souffrir encore davantage de la sécheresse avec le réchauffement climatique, le stress hydrique devient de plus en plus important, asséchant de nombreuses zones humides indispensables à la biodiversité et à la population humaine.

Autre zone géographique où la détérioration des zones humides est sans appel, la région méditerranéenne. Depuis 1992, la biodiversité marine de la Méditerranée a diminué de 52 % et sa biodiversité d'eau douce de 28 %. Le débit des cours d'eau du bassin méditerranéen a diminué de 25 à 70 % entre 1960 et 2000, avec des répercussions sur les zones humides saisonnières. L'agriculture intensive consomme les deux tiers des ressources d'eau douce de la Méditerranée. Avec plus de 42 % de la population méditerranéenne installée sur le littoral, les établissements, l'industrie et le tourisme dégradent les zones humides côtières et la demande en eau augmente.

La Camargue fait partie des zones humides classées « d'importance internationale » par la Convention sur les Zones humides. © Gayulo, pixabay

Les bénéfices méconnus des zones humides

L'intérêt de sauvegarder et de restaurer les zones humides de la Planète, est multiple et souvent totalement méconnu des agriculteurs, éleveurs et plus globalement des populations locales. La Convention estime que 4 milliards de personnes (sur une population mondiale de près de 8 milliards) sont directement dépendantes des zones humides pour leur survie. La valeur économique des zones humides pour les services qu'elles rendent à l'humanité est estimée 47.400 milliards de dollars pan an !      

L'un des objectifs des Nations unies est d'ailleurs de restaurer 50 % des tourbières détruites d'ici 2030

Les zones humides côtières, comme les mangroves, séquestrent le dioxyde de carbone 55 fois plus vite que les forêts tropicales. Les tourbières, qui recouvrent seulement 3 % de la surface mondiale, séquestrent 30 % du carbone présent sous terre. Les tourbières et les écosystèmes côtiers de carbone bleu (marais salés, mangroves, herbiers marins, etc.) en bon état sont des puits de carbone très efficaces mais s'ils sont dégradés, ils deviennent par contre d'importantes sources de gaz à effet de serre.

L'un des objectifs des Nations unies est d'ailleurs de restaurer 50 % des tourbières détruites d'ici 2030. Les mangroves, les récifs coralliens et les algues marines jouent également le rôle de barrières qui atténuent la submersion des côtes en cas de tempête et tsunami. Sur terre, les tourbières, mares, rivières et points d'eau en général absorbent les excès d'eau en cas d'inondation et les retiennent en cas de sécheresse. Ces écosystèmes font partie de ce qu'on appelle les Solutions Fondées sur la Nature.

Les mangroves séquestrent le carbone et agissent comme des boucliers en cas de tempête. © kmarius, pixabay

La bonne santé de la population dépend aussi des zones humides bien gérées : « Le contrôle des maladies zoonotiques émergentes dépend de la préservation d'écosystèmes intacts et bien gérés et de la biodiversité locale. Adopter une approche écosystémique des zones humides peut avoir des avantages sanitaires pour tous. La dégradation des écosystèmes et le commerce insensé des espèces sauvages accroissent les risques de pandémies dévastatrices et les trois quarts des nouvelles maladies sont d'origine zoonotique ». De plus, « les maladies liées à l'eau, comme les diarrhées infantiles, transportées dans les eaux insalubres, sont aussi favorisées par une mauvaise gestion des zones humides et tuent des millions de personnes chaque année ».

Afin de mieux médiatiser l'importance des zones humides et d'inciter à leur protection et restauration partout dans le monde,  l’Assemblée générale des Nations unies du 30 août 2021 a décidé de consacrer une Journée mondiale à ces écosystèmes. Le 2 février de chaque année sera dorénavant la « Journée mondiale des zones humides ».

Les sites Ramsar en France. © Ramsar France

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