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Mer Baltique : une initiation grandeur nature

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Les élèves du lycée de Kalmar (Suède) n'apprennent pas l'écologie dans les manuels. C'est en prélevant des échantillons d'eau et en analysant leur composition qu'ils prennent conscience de la pollution touchant la mer Baltique. Leur lycée fait partie des quelque 200 établissements du RéSEAU des écoles associées qui coopèrent pour tenter d'améliorer l'environnement de cette mer intérieure.

Au laboratoire deuxième Niström situé au réservé au étage du lycée Jenny de Kalmar, un petit port sud-est de la Suède, le cours de sensibilisation à l'écologie est d'une propreté impeccable. Sur les étagères, différents instruments - souvent fabriqués par les élèves eux-mêmes - servent à analyser les prélèvements effectués lors des sorties scolaires. Dans un coin, sur un réchaud, deux récipients en verre renferment des liquides d'une couleur jaunâtre : « C'est une expérience en cours », explique Sven Åhlin, le professeur de sciences naturelles. Il précise que les lycéens analysent l'eau d'un étang proche de Kalmar qui pourrait contenir des produits suspects.

Carte de la Mer Baltique

Sur le balcon, derrière le laboratoire, une petite serre abrite plusieurs aquariums où poussent des plantes de toutes sortes. « Les élèves les ont plantées et ce sont eux qui s'en occupent », assure Sven Åhlin. Là encore, les résultats de chaque expérience sont minutieusement retranscrits dans un classeur par les lycéens afin d'étudier l'évolution de l'environnement de la région de Kalmar.

Constats alarmants

Ces expériences vont bien au-delà de la simple leçon de choses : elles témoignent d'un réel intérêt pour l'environnement. Et cet intérêt ne date pas d'hier. Depuis l'inauguration du lycée en 1992, Sven Åhlin emmène en effet chaque année ses élèves faire des prélèvements en mer Baltique afin d'observer l'évolution de la qualité de l'eau.

Or les résultats sont mauvais. Très mauvais, même.« Les niveaux de phosphore et d'azote ne cessent de grimper », remarque l'enseignant, qui parle d' « eutrophisation de la mer Baltique ». Depuis qu'il s'est installé sur l'île d'Öland, en face de Kalmar, il y a plus de vingt ans, Sven Åhlin a constaté d'autres changements dramatiques. « Plusieurs espèces de poissons sont en train de disparaître, tandis que le taux de fertilité des oiseaux est en baisse constante », précise-t-il. Il n'est pas le seul à s'en alarmer. À l'occasion du Sommet européen des ministres de l'Environnement le 10 mars 2005 à Bruxelles, Lena Sommestad a d'ailleurs mis en garde ses collègues européens. Evoquant les conclusions inquiétantes d'un rapport publié début mars à Stockholm, la ministre suédoise a estimé que sans une mobilisation rapide et efficace, la mer Baltique, sur le point d'étouffer, ne pourrait bientôt plus être sauvée.

Pourtant, Sven Åhlin, âgé d'une cinquantaine d'années, refuse de céder au pessimisme. Au contraire, cet enseignant est convaincu que « l'avenir de la planète repose sur les jeunes générations ». C'est l'une des raisons pour lesquelles il a choisi, dès 1992, de participer, avec ses élèves au Projet de la mer Baltique. Fondé trois ans plus tôt, le projet est le résultat d'une Conférence des ministres européens de l'Education, organisée en 1988 au siège de l'UNESCO à Paris. À cette occasion, les ministres présents parviennent à se mettre d'accord sur deux points. Ils admettent d'une part, la nécessité d'améliorer la qualité de l'eau en mer Baltique et d'autre part, leur désir d'accroître les relations entre les jeunes de la région.

© Lycée Jenny Nyström, Kalmar, Suède: Chaque année, les élèves font des prélèvement pour évaluer la qualité de l'eau.

Inspirée, la Commission nationale finlandaise auprès de l'UNESCO invite à Helsinki, en mai 1989, des représentants de l'ensemble des pays en bordure de la mer Baltique. Elle leur propose de mettre en place un projet qui vise à « encourager les écoles situées dans les pays autour de la mer Baltique à réfléchir ensemble aux problèmes environnementaux auxquels doivent faire face la région et ses habitants ». L'initiative, parrainée par le RéSEAU des écoles associées de l'UNESCO, reçoit un accueil favorable.

Encourager les échanges entre les écoles

Quinze ans plus tard, plus de 200 établissements scolaires participent au projet de la mer Baltique en Suède, Finlande, Danemark, Pologne, Allemagne, Russie et dans les trois pays baltes. Et si depuis 1989, l'objectif n'a guère évolué, le projet de la mer Baltique insiste désormais sur la notion de développement durable. Ainsi, précise le coordinateur suédois du projet, Martin Westin, « le but est d'aider les élèves à comprendre les aspects scientifiques, sociaux et culturels des relations entre l'homme et la nature ».

Plus encore que la sensibilisation à l'écologie, le projet vise à encourager la collaboration entre des élèves de différents pays. Depuis plusieurs années, Sven Åhlin a donc décidé de travailler avec des lycées de deux villes jumelées avec Kalmar, en Lituanie et en Russie. Ces établissements ne participent pas encore au projet de la mer Baltique, mais devraient bientôt rejoindre le RéSEAU des écoles associées de l'UNESCO.

En mai 2003, une trentaine d'élèves du lycée de Zelenogradsk, dans la province de Kaliningrad, en Russie, ont passé une semaine à Kalmar, avant d'accueillir leurs correspondants suédois, à l'automne suivant. Une expérience « inoubliable », confient Stina Andersson et Maria Carlsson, deux anciennes lycéennes ayant participé au voyage.

En dépit de l'appréhension du début, « on s'est vite rendu compte que malgré nos différences de culture, on avait à peu près tous les mêmes valeurs », raconte Maria. Et puis, ajoute Stina, « nous avions tous le même objectif : lutter pour protéger notre environnement ». Ce point de vue est partagé par Therese Henriksson, une élève de terminale. Elle a participé en septembre dernier, à la conférence de Nacka, près de Stockholm, organisée par la Coordination générale du projet de la mer Baltique. Durant une semaine, une centaine de jeunes, originaires des neuf pays bordant la mer Baltique et de la région du lac Victoria, en Afrique, ont étudié le problème de l'eutrophisation et ses conséquences sur la survie du thon.

Avant de se rendre à Nacka, chaque établissement invité à la conférence a établi des propositions afin de lutter contre ce fléau qui menace la mer Baltique. « Près de 70 % des terres cultivées en Suède produisent du fourrage, explique Therese. Ce serait donc bien de réduire la production de viande, afin de ralentir la production fourragère et de diminuer l'usage d'engrais, dont on retrouve ensuite les traces dans les rivières et la mer. » Cette suggestion a été discutée dans le cadre de séminaires organisés toute la semaine en présence de scientifiques qui ont écouté attentivement les idées des jeunes participant à la conférence.

Des adultes responsables

Agée de 19 ans, Therese admet qu'il y a quelques années encore, l'écologie était loin d'être l'une de ses priorités. Pourtant, après trois années passées sur les bancs du lycée Jenny Nyström, elle affirme « avoir pris conscience de l'importance des conséquences de ses actions sur l'environnement ». Une fois son diplôme en poche, elle songe à s'inscrire à la faculté d'écologie et de sciences de l'environnement de l'université d'Umeå, au nord de la Suède.

De son côté, Sven Åhlin tient à mettre les choses au clair : « Mon objectif n'est pas de transformer tous mes élèves en écologistes enragés, mais d'en faire des adultes responsables. »

Mission accomplie ? Depuis 1992, bien des choses ont changé au lycée Jenny Nyström. La cafétéria pratique désormais le tri sélectif des déchets. Le lycée dispose d'une trentaine de vélos pour les sorties scolaires. Mais surtout, le conseil de l'environnement de l'établissement espère obtenir très prochainement le label « lycée vert ».

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