L'orang-outan ou « homme de la forêt ». © Maxime Aliaga, tous droits réservés

Planète

Reportage : orang-outan, « l’homme de la forêt » avec qui nous partageons 97 % de notre ADN

ActualitéClassé sous :singe , grands singes , sauvegarde des espèces

En malais orang-outan signifie « homme de la forêt », c'est une espèce fascinante, tellement proche de nous qu'elle ne peut nous laisser indifférents et nous renvoie aux origines propres de l'Homme. Imposant au poil roux flamboyant, ce singe a quelque chose dans le regard et dans son attitude qui nous transperce et nous émeut.

L'orang-outan nous ressemble, comme un lointain cousin ayant voulu garder sa liberté de continuer à vivre en harmonie dans la nature. Scientifiquement parlant, nous faisons partie de la même famille : celle des grand singes ou « hominidés », au même titre que les gorilles, les chimpanzés et les bonobos. Nous partageons 97 % de notre ADN avec eux.

Agile, il se fait un bon lit douillet

Assez massif et imposant, il paraît « pataud » au premier abord, mais ne vous y trompez pas, l'orang-outan et un équilibriste des cimes. Arboricole par nature, il passe tout son temps dans les arbres où il mange et dort. Il n'a pas besoin de descendre, il connaît la forêt et les arbres par cœur, certains lui offriront de délicieux fruits de saison tandis que d'autres lui permettront de s'y installer pour la nuit. Oui, l'orang-outan fait des nids ! Après avoir passé la journée à chercher les mets délicats que la forêt va lui offrir, il s'installe au crépuscule sur un arbre et, avec une technique certaine, il plie les branchages pour se faire un lit douillet pour la nuit, à quelques dizaines de mètres du sol.

L'homme de la forêt, Grand prix du Concours 2019 Montier-en Der. © Maxime Aliaga, tous droits réservés

L'orang-outan est un solitaire

L'orang-outan à l'inverse de ses cousins n'est pas « sociable », c'est un solitaire, il a son propre territoire. Mâle et femelle ne se croisent qu'à de rares occasions notamment pour y célébrer la vie et engendrer la relève de l'espèce. Ils ne font qu'un bébé à la fois et la mère aimante et bienveillante a la charge de son éducation et son apprentissage. Être un orang-outan sauvage demande beaucoup de connaissances et de pratique. Il faut connaître les fruits et les feuilles comestibles, savoir se désaltérer à la cime des arbres, maîtriser la tension des branches pour se déplacer, savoir faire son nid ou encore éviter les nombreux dangers de la forêt. Pour cela l'apprentissage des jeunes est long, il dure en moyenne sept à huit ans, période pendant laquelle la mère sera aux petits soins pour son enfant. Une fois formé aux rudiments de la vie en forêt, le jeune pourra s'en aller vivre sa vie d'orang-outan solitaire. 

Les orangs-outans sont solitaires et arboricoles par nature. © Maxime Aliaga, tous droits réservés

Trois espèces différentes toutes en danger

Il existe sur la planète trois espèces d'orang-outan et toutes en danger critique d'extinction sur la liste rouge des espèces menacées de l'Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN). Les orangs-outans vivent exclusivement en Asie du Sud-Est, en Malaise et en Indonésie. Une de ces espèces, l'orang-outan de Bornéo (pongo pigmaeus), vit sur l'île de Bornéo, il en resterait moins de 100.000 individus sauvages. Les deux autres vivent sur l'île de Sumatra : l'orang-outan de sumatra (pongo abelii) dont il ne reste que 14.000 individus et enfin l'orang-outan de Tapanuli (Pongo Tapanuliensis) qui est le grand singe le plus en danger d'extinction au monde avec seulement 800 individus. 

La mère orang-outan se charge seule de l'éducation de son petit. L'apprentissage est long, il dure sept à huit ans. © Maxime Aliaga, tous droits réservés

Découverte d'une troisième espèce d'orang-outan en 2017

Au sud du lac Toba, dans les forêts du massif de Batang Toru vit une petite population d'orangs-outans isolés. Les scientifiques ont récemment découvert que leur morphologie ainsi que leur ADN étaient différents des deux autres espèces déjà connues. En effet, ils ont un plus petit crâne mais des canines plus longues, leur pelage est aussi plus coloré que leurs cousins.

Pongo tapanuliensis, troisième espèce d'orangs-outans officialisée

Le 3 novembre 2017, la nouvelle est tombée, l'orang-outan de Tapanuli (Pongo tapanuliensis) a été officialisé par le monde scientifique comme la troisième espèce d'orangs-outans. D'après des études poussées, il semblerait qu'elle se soit séparée des deux autres espèces il y a environ 3,4 millions d'années. Chose plus surprenante encore, il serait plus proche de l'orang-outan de Bornéo (Pongo pygmaeus) que de celui de Sumatra (Pongo abelii).

Les trois espèces d'orangs-outans : Pongo pygmaeus, Pongo abelii et Pongo tapanuliensis. © Maxime Aliaga, tous droits résevés

Quelles sont les causes du déclin de ces grands singes ?

Les causes de ce déclin des populations d'orangs-outans sont multiples mais la principale et bien évidemment, la destruction de son habitat naturel, la forêt ! En 40 ans à peine, plus de 70 % de la forêt tropicale ont disparu en Indonésie ! Cette forêt, véritable poumon de la Terre qui abrite la plus grande biodiversité au monde, est brûlée et remplacée de manière exponentielle par les plantations de palmiers à huile. La demande toujours croissante en huile de palme bon marché pour les produits de consommation est en train de détruire un des écosystèmes les plus importants pour l'équilibre de notre Planète. Il est urgent d'agir et de stopper ce désastre ! Bon nombre d'espèces animales et végétales sont au bord de l'extinction comme les orangs-outans, mais la déforestation a aussi un impact mondial sur la régulation du climat.

La forêt tropicale devient à perte de vue des champs de palmiers à huile. © Maxime Aliaga, tous droits réservés

Malgré ce constat alarmant face à la déforestation au profit de l'huile de palme, il y a toujours de l'espoir pour nos cousins les singes roux, et l'optimisme et l'action sont de rigueur. Déjà des changements ont eu lieu dans les mentalités de beaucoup d'Occidentaux qui commencent à faire très attention aux produits qu'ils consomment et essayent au maximum d'éviter l'huile de palme. Cette consommation raisonnée et intelligente sera sans doute la clef pour sauvegarder ce qu'il reste des écosystèmes sauvages de notre Planète. 

Une école de la seconde chance avec le SOCP

À Sumatra, la déforestation fait rage, les plantations de palmiers à huile ont remplacé les forêts originelles. Les orangs-outans sont acculés, ils manquent d'espaces et de ressources naturelles. Ils se retrouvent souvent perdus au milieu de plantations et peuvent être blessés par des habitants agacés par leur présence. S'y ajoute un trafic de jeunes orangs-outans destinés à être les animaux domestiques de familles peu scrupuleuses. Pour voler un petit, les braconniers n'hésitent pas à tuer la mère qui se bat jusqu'au bout pour sauver son bébé. Faute d'être élevé par sa mère, l'orphelin n'aura pas appris comment survivre s'il parvient à retrouver la liberté.

L'école de la seconde chance pour ce jeune orang-outan. © Maxime Aliaga, tous droits réservés

Heureusement, les autorités indonésiennes et les ONG locales comme le Sumatran Orangutan Conservation Programme (SOCP) se battent au quotidien pour stopper ce trafic sur l'île de Sumatra et sauver les orangs-outans en détresse. Ceux qui sont blessés ou confisqués à des particuliers sont confiés par les autorités à l'association. Au centre de quarantaine du programme SOCP, les orangs-outans sont soignés par les vétérinaires et le personnel qui s'occupent d'eux au quotidien. Le challenge pour les équipes du centre est de les encourager à apprendre ou retrouver leur comportement sauvage en vue de leur réintroduction dans leur milieu naturel.

Ce programme est un beau succès ! Pas moins de 200 orangs-outans ont déjà été réintroduits en pleine nature et deux petits orangs-outans issus de parents relâchés sont nés il y a peu de temps dans la forêt de Jantho dans le nord de Sumatra. Néanmoins, la menace est de plus en plus grande et les orangs-outans sont au bord de l'extinction. Seules des prises de conscience massives en matière de consommation (comme réduire notre consommation d'huile de palme) ou politique (renforcement des lois sur la déforestation) pourront peut-être leur garantir un futur libre et sauvage.

Le SOCP et ses missions

Le Sumatran Orangutan Conservation Programme (SOCP) est un projet collaboratif auquel participent l'ONG indonésienne Yayasan Ekosistem Lestari (YEL), la Fondation suisse Paneco et le ministère de l'Environnement indonésien. Leur mission est de sauver et de protéger les orangs-outans de Sumatra (Pongo abelii) et de Tapanuli (Pongo tapanuliensis), captifs et sauvages, ainsi que leur habitat dans la forêt pluviale, grâce à la conservation scientifique, l'établissement de nouvelles populations sauvages, l'éducation et la sensibilisation des populations locales.

Le programme de conservation des orangs-outans de Sumatra (SOCP) veille à la sauvegarde des orangs-outans. © Maxime Aliaga, tous droits réservés

Ce programme veille à ce que toutes les populations d'orangs-outans sauvages viables restantes à Sumatra et leur habitat soient entièrement protégés et à l'abri de toute destruction. Il établit de nouvelles populations viables dans la nature par la réintroduction d'orangs-outans confisqués, servant de filet de sécurité pour les populations sauvages d'origine. Il accroît les connaissances sur les menaces, les comportements et l'écologie des orangs-outans sauvages. Enfin, il travaille à changer les perceptions des citoyens indonésiens en matière de bien-être des animaux, de compréhension du développement durable et de gestion des ressources naturelles.

Aidons-les en n'utilisant plus d'huile de palme. © Maxime Aliaga, tous droits réservés
Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités du jour.

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !

Cela vous intéressera aussi