L’attaque dont a été victime la centrale nucléaire de Zaporojie aurait pu mener à une catastrophe nucléaire. © Ralf1969, Wikipedia, CC by-sa 3.0
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Ukraine : la centrale nucléaire de Zaporojie a subi des tirs sur des réacteurs et des déchets radioactifs

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Il y a une semaine, l'attaque par les forces russes de la centrale nucléaire de Zaporojie, en Ukraine, faisait trembler l'Europe entière. Les autorités se montraient rassurantes. Même si l'International Atomic Energy Agency (IAEA) reconnaissait une situation « tendue ». Aujourd'hui, des images laissent supposer que nous avons réellement frôlé la catastrophe !

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[EN VIDÉO] Fukushima : histoire d'une catastrophe nucléaire  Le 11 mars 2011 se produit un séisme de magnitude 9 au Japon, entraînant la formation d’un tsunami qui va ravager des centaines de kilomètres de côtes, et inonder la centrale nucléaire de Fukushima Daiishi. 

Quelques heures seulement après l'attaque des forces russes sur la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporojie, les autorités s'étaient voulues rassurantes. L'International Atomic Energy Agency (IAEA) -- un organisme de surveillance placé sous l'égide de l'Organisation des Nations unies (ONU) -- assurait qu'aucun équipement « essentiel » n'avait été touché et qu'aucune hausse du niveau de radioactivité n'avait été détectée.

L'histoire que nous raconte aujourd'hui la National Public Radio américaine est pourtant celle d'une attaque qui aurait bien pu tourner à la catastrophe nucléaire. Une histoire basée sur des photos et une vidéo enregistrée par une caméra de sécurité.

Des images de l’attaque russe

Des images montrent d'abord comment, en pleine nuit, une colonne russe a commencé à se diriger vers la centrale nucléaire de Zaporojie. Une dizaine de véhicules blindés et deux chars. Beaucoup trop pour une simple mission de reconnaissance. Quand les tirs ont commencé, ils visaient essentiellement le centre de formation et le bâtiment administratif principal du site.

Mais la vidéo montre aussi que les forces russes ont tiré à plusieurs reprises à l'arme lourde en direction des bâtiments qui abritent les réacteurs de la centrale nucléaire. En réponse à des tirs ukrainiens ? Ou simplement avec la volonté de frapper des zones sensibles de la centrale ? La question demeure.

Pourtant une chose est certaine aujourd'hui, c'est que d'autres endroits que le centre de formation et le bâtiment administratif ont été visés et touchés. La vidéo montre que le bâtiment du réacteur numéro 1 a subi des dommages tout comme le transformateur du réacteur numéro 6 et la plateforme de combustible usé. L'autorité de régulation nucléaire ukrainienne le confirme. Et l'IAEA confirme aussi que deux des quatre lignes à haute tension -- des lignes essentielles à la sécurité de l'installation -- situées à l'extérieur de la centrale ont été touchées.

Les images montrent aussi comment les forces russes ont d'abord fermé aux pompiers l'accès au site. Alors même qu'un incendie s'était déclenché dans le bâtiment de formation.

Les inquiétudes demeurent

Sur les images filmées plus tard par Energoatom, l'opérateur ukrainien du site, on découvre des dommages causés par l'attaque du côté du réacteur numéro 2. Ce qui ressemble à un obus d'artillerie russe sur une passerelle. Et des trous dans le plafond de cette passerelle ainsi que des dommages sur les poutres en acier qui soutiennent le toit. Le tout vraisemblablement à moins de 100 mètres du réacteur en question.

Mais ce n'est presque pas le plus grave. Car en réalité, selon les observateurs, le vrai problème viendrait du fait que cette passerelle longe un bâtiment dans lequel sont stockés les déchets radioactifs de la centrale. Un bâtiment bien moins protégé contre les attaques que les réacteurs en eux-mêmes.

En conclusion, les experts semblent noter que si l'intégrité physique des réacteurs nucléaires de la centrale de Zaporojie n'a effectivement pas été mise en danger, les systèmes nécessaires à assurer la sécurité du site ont bien été exposés. Si davantage de ces systèmes avaient été endommagés sans que les ingénieurs n'aient accès aux systèmes de secours d'urgence, une catastrophe aurait bel et bien pu se produire. Un accident nucléaire semblable à celui survenu à Fukushima en 2011.

Les autorités ukrainiennes s'inquiètent désormais du manque de pièces pour réparer les zones endommagées. Mais aussi de la forte pression psychologique que subissent les équipes en place.

Pour en savoir plus

Attaque de la centrale nucléaire de Zaporojie : « C’est une situation sans précédent ! »

Cette nuit, la centrale nucléaire de Zaporojie, en Ukraine, a été le théâtre d'une attaque russe. Un incendie s'est déclaré. Heureusement, seulement deux blessés sont à déplorer. La sécurité et la sûreté de l'installation nucléaire semblent de nouveau assurées. Les risques d'accident nucléaire semblent écartés, mais la situation reste « tendue », selon Rafael Mariano Grossi, le directeur de l'International Atomic Energy Agency (IAEA), lui-même. 

Article de Nathalie Mayer paru le 04/03/2022

De l'Ukraine, nous connaissions tous la tristement célèbre centrale nucléaire de Tchernobyl. D'autant qu'elle a refait parler d'elle il y a une semaine, au début de l'opération militaire russe dans le pays. Mais Tchernobyl n'est pas la seule centrale nucléaire en Ukraine. Le pays compte, en tout, quinze réacteurs. Parmi lesquels, les six qui constituent la centrale nucléaire de Zaporojie. La plus grande centrale nucléaire d'Europe.

Ce matin, c'est elle qui est au cœur de l'actualité. Parce qu'elle a été, cette nuit même, la cible d'une attaque russe. Selon les autorités ukrainiennes, des tirs de chars ont déclenché un incendie sur le site. Une opération qui a suscité de vives réactions. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky accuse la Russie de vouloir instaurer la « terreur nucléaire ». Et Boris Johnson va jusqu'à évoquer une « menace directe pour la sécurité de toute l'Europe ». Mais qu'en est-il vraiment ?

Selon les informations dont nous disposons, les tirs ont visé un bâtiment administratif et un laboratoire. Comme l'a si bien précisé Volodymyr Zelensky, « les chars russes sont équipés de viseurs thermiques donc ils savent ce qu'ils font ». On peut ainsi supposer que l'attaque de cette nuit ne visait pas directement le cœur de la centrale nucléaire de Zaporojie. L'un de ses réacteurs. D'ailleurs, l'incendie localisé qui en a suivi a été maîtrisé. Et selon l'International Atomic Energy Agency (IAEA) - un organisme de surveillance placé sous l'égide de l'Organisation des Nations unies (ONU) -, aucun équipement « essentiel » n'a été touché et aucune hausse du niveau de rayonnement n'a été détectée.

Ainsi, il y a fort à parier que l'objectif de l'armée russe n'a jamais été de provoquer un accident nucléaire. Mais tout simplement de prendre la main sur cette centrale qui produit, selon les sources, entre un cinquième et même un quart de l'électricité en Ukraine. Près de la moitié de l'énergie produite par les centrales nucléaires du pays. Avec à l'esprit que l'opération pourrait avoir un effet collatéral intéressant pour le grand exportateur qu'est la Russie : une nouvelle augmentation des prix du pétrole.

Les conséquences de l’attaque

Alors pourquoi les réactions sont-elles ce matin aussi vives ? Parce que le monde entier garde en mémoire l'accident de Tchernobyl et les conséquences qu'il a eues sur la région. Et plus largement sur l'Europe entière.

Les autorités ukrainiennes assurent que la sûreté nucléaire est désormais à nouveau garantie. Le secrétariat à l'énergie américain a confirmé que les réacteurs de la centrale de Zaporojie « sont protégés par des structures de confinement robustes » et qu'ils « sont arrêtés en toute sécurité ». Un seul des réacteurs de la centrale reste en fonctionnement. « À 60 % de ses capacités », précise Rafael Mariano Grossi, le directeur général de l'IAEA dans une conférence de presse tenue il y a quelques minutes.

Les experts notent par ailleurs que, même si centrales nucléaires et tirs de missiles ne peuvent pas faire bon ménage, les risques d'explosion, de fusion nucléaire non contrôlée ou de rejets radioactifs sont plus faibles ici qu'ils ont pu l'être par le passé du côté de Tchernobyl. Pourquoi ? Parce que les réacteurs de la centrale de Zaporojie sont des réacteurs dits à eau pressurisée - ou PWR pour pressurized water reactor. L'eau destinée à maintenir ce type de réacteurs au frais - et à éviter l'emballement - circule dans un circuit séparé de celui qui alimente la turbine et l'extérieur. Ces réacteurs sont aussi équipés d'un système de refroidissement d'urgence de secours. Des systèmes d'injection à la fois à haute et à basse pression.

Certains envisagent le pire des scénarios comme à hauteur de la catastrophe survenue à Fukushima (Japon) en 2011. Un tsunami avait alors désactivé le système de refroidissement, provoquant d'importantes émissions radioactives. Ainsi reste-t-il crucial de veiller au bon fonctionnement des pompes à eau utilisées pour refroidir les réacteurs de la centrale nucléaire de Zaporojie. De s'assurer qu'à aucun moment les connexions ne sont coupées et que les lignes de transmission restent intactes. Autre risque identifié : le combustible usé, mais toujours radioactif. Il doit, lui aussi, impérativement être maintenu au frais.

« La situation reste tendue »

« La situation est sans précédent », déclare Rafael Mariano Grossi. Le directeur général de l'IAEA précise être en contact permanent avec les autorités, mais aussi avec le personnel de la centrale. Il confirme que le personnel ukrainien continue d'opérer la centrale, même si les forces russes ont pris le contrôle du site. « D'habitude, j'aurais dit qu'ils continuent à opérer la centrale normalement, mais il n'y a plus rien de normal ici », souligne Rafael Mariano Grossi. Il assure cependant une fois de plus que ni les réacteurs ni les dépôts de combustibles usés n'ont été affectés. Les systèmes de mesure des radiations demeurent fonctionnels et ne montrent aucune augmentation de l'activité. Mais « la situation reste tendue ».

Rafael Mariano Grossi est apparu déterminé. « Les mots ont un sens et nous allons désormais devoir agir en conséquence. L'heure de l'action est venue. L'Ukraine a appelé notre aide. J'ai décidé de me rendre à Tchernobyl. » Avec dans l'idée de rappeler à l'Ukraine et à la Russie, les principes fondamentaux à respecter par toute personne qui souhaite maintenir la sécurité et la sûreté nucléaire mondiale. « Lorsque j'ai évoqué ces principes il y a quelques jours seulement, tous nos administrateurs ont acquiescé sans retenue. Pourtant, le premier de ces principes vient tout juste d'être bafoué », souligne avec fermeté le directeur général de l'IAEA, qui demande d'assurer, en toutes circonstances, l'intégrité physique des installations nucléaires. « Par chance, les réacteurs n'ont pas été touchés cette fois. Par chance... »

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