Le lien entre le réchauffement climatique et la violence des orages est encore à l'état de recherche. © Ivan Kurmyshov, fotolia
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Vers des orages de plus en plus violents avec le réchauffement climatique ?

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[EN VIDÉO] À la découverte de la face cachée des orages  Aussi spectaculaires que mystérieux, les sprites appartiennent à la famille des phénomènes lumineux transitoires (TLE). 

La France vient de connaître son alerte météo aux orages la plus étendue, suivie de phénomènes violents quasiment généralisés sur le pays. Le réchauffement climatique a-t-il un impact sur le nombre et l'intensité des orages ?

Samedi 4 juin 2022, Météo France a émis l'alerte orages la plus étendue de l'Histoire de France : 65 départements en vigilance orange, soit les 3/4 du pays, du jamais vu auparavant. Les heures qui ont suivi ont en effet été marquées par l'une des plus importantes vagues orageuses de ces dernières années, avec des supercellules, le type d'orage le plus violent, qui ont généré des grêlons géants destructeurs, du vent tempétueux et des pluies diluviennes. Un événement qui intervient juste après le mois de mai le plus chaud jamais enregistré en France, avec un excédent de 2,7 °C par rapport à la normale. Alors, les orages sont-ils plus nombreux, et plus violents, avec le réchauffement climatique ?

Des précipitations potentiellement plus fortes sous les orages

S'il n'y a plus vraiment de doute sur le lien entre changement climatique, chaleur précoce et sécheresse, la question des orages n'est par contre pas si évidente. Tout d'abord, les outils d'observation des orages sont assez récents : les éclairs, par exemple, ne sont recensés en France que depuis les années 2000, nous n'avons donc pas assez de recul pour pouvoir tirer des conclusions sur leur évolution. En ce qui concerne le risque de précipitations diluviennes, la réponse est plus claire : au niveau global, pour chaque degré gagné, les précipitations s'intensifient de 7 %. Le réchauffement modifie en effet les conditions de formation des systèmes météo, comme les orages. Plus le climat se réchauffe, plus il y a d'évaporation, et dans ce contexte, les précipitations associées aux orages vont s'intensifier, selon le dernier rapport du Giec. « C'est une conséquence de l'augmentation de la capacité de l'atmosphère proche de la surface à contenir de la vapeur d'eau et du transport d'humidité qui en résulte dans les systèmes météorologiques » précise Dr Valérie Masson-Delmotte, co-auteur des derniers rapports du Giec. Des pluies plus fortes en prévision, et potentiellement plus destructrices en raison de l'urbanisation galopante : le béton de nos villes rend les sols imperméables et accroit forcément le risque d'inondations. Et en campagne, le risque de débordement est également plus important si ces pluies violentes tombent sur des sols secs (en raison de la sécheresse des derniers mois) ou détériorés (en raison de l'agriculture intensive, du labour, de la tonte des espaces verts ou du manque de végétation). La météo créé des catastrophes lorsque des phénomènes violents se mêlent à de mauvais choix en matière d'aménagement du territoire.

Le réchauffement climatique a pour conséquence des orages plus pluvieux, avec un risque d'inondations plus important sur des sols imperméables comme en ville. © Nicolas Duprey

Aucune tendance claire sur l'évolution de la grêle et des tornades

En ce qui concerne la grêle, et les grêlons géants qui ont fait l'actualité plusieurs fois ces dernières semaines, il est difficile de tirer des conclusions sur une tendance : « faute d'observations directes suffisamment fines et à long terme, il reste difficile de discerner des tendances (changements éventuels et fréquence ou intensité de grêle) dans les observations. Sur ces données, l'augmentation observée de l'intensité en avril-mai pourrait être liée au réchauffement des températures minimales du printemps. Le rapport du Giec de 2021 conclut que pour quasiment toutes les régions, il y a un degré de confiance faible sur les changements de grêle et d'orages violents du fait d'un manque d'observations, de données insuffisamment homogènes, et de modèles n'ayant généralement pas la résolution précise pour représenter ces phénomènes », selon Valérie Masson-Delmotte.

Les orages les plus violents ne sont pas seulement capables de générer des grêlons géants, mais aussi, des tornades. En France, les tornades sont encore mal repérées et leur nombre annuel (20 à 50) pourrait en fait être bien plus important. Celles-ci ne sont signalées et répertoriées que si elles sont photographiées et filmées, et la plupart se produisent en campagne, probablement sans aucun témoin. Rappelons également que l'impression de voir de plus en plus de tornades en France, ou dans le monde, est en grande partie liée à la généralisation des smartphones et à l'utilisation des réseaux sociaux, qui permettent de rendre médiatiques ces phénomènes depuis quelques années. Aux États-Unis, pays le plus touché par les tornades lors de la saison des orages, aucune augmentation n'a été constatée en lien avec le réchauffement climatique. Certains chercheurs pensent par contre que les chaleurs précoces entraînent plutôt un décalage de la saison des tornades (voire un allongement), avec des phénomènes violents plus tôt au printemps, en mars.  

Les orages les plus violents sont capables de générer des tornades, mais aucune augmentation de ce phénomène n'a été constatée. © Justin-Hobson

Si l'influence du réchauffement climatique sur des phénomènes météo comme les ouragans, les canicules, et les fortes pluies, fait l'unanimité parmi la communauté scientifique, la question des orages n'a pas encore trouvé de réponse claire à ce jour.

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