Un Groenland libre de glace. Vous pouvez l’imaginer ? C’est en tout cas ce que suggère l’étude d’une carotte de glace perdue depuis longtemps. Elle apporte aujourd’hui une preuve directe de la grande sensibilité du Groenland au réchauffement climatique.

Il vous arrive de perdre vos clés ou votre téléphone portable ? Cette histoire pourrait vous rassurer. Parce que vous n'êtes pas seul à perdre des choses. Et certains les perdent pendant longtemps. Pendant plus de 50 ans, même parfois... Comme cette carotte qui a été extraite sur une profondeur de près de 1.400 mètres de la glace du nord-ouest du Groenland par des scientifiques de l'armée américaine en 1966. Puis déplacée de congélateur en congélateur. Et finalement retrouvée... en 2017 !

Le saviez-vous ?

Dans les années 1960, au cœur de la guerre froide, l’armée américaine avait pour projet de cacher sous la glace du Groenland, pas moins de 600 missiles nucléaires au plus près de son ennemi soviétique. Pour couvrir cet objectif secret, le camp militaire était présenté comme une base scientifique. C’est depuis ce camp qu’a été extraite la carotte de glace qui révèle aujourd’hui l’histoire du Groenland.

Une heureuse (re)découverte. Parce que les chercheurs de l’université du Vermont qui l'ont alors examinée ne s'attendaient pas à trouver sur les quelques mètres de terreterre qui la terminaient, autre chose que du sablesable et de la roche. Mais ils y ont observé des brindilles et des feuilles parfaitement préservées. « Ce sont des fossilesfossiles, mais on dirait qu'ils sont morts hier », commente même Andrew Christ, chercheur, dans un communiqué.

C'est grâce à des analyses isotopiques que les scientifiques accèdent à des informations sur la fenêtrefenêtre de temps durant laquelle les roches ont pu être exposées au soleilsoleil ou enfouies sous la glace. Certaines formes rares de bérylliumbéryllium, en effet, ne se forment dans le quartzquartz que lorsque le sol est frappé par les rayons cosmiquesrayons cosmiques. Des techniques de luminescence permettent, quant à elles, d'estimer le temps écoulé depuis que des sédimentssédiments ont été exposés à la lumièrelumière pour la dernière fois. La datation au radiocarbone et d'autres techniques encore ont permis de venir compléter le tableau. Et d'apporter la preuve -- directe alors que le passé du Groenland était jusqu'alors plutôt connu par des indices indirects, recueillis au large -- qu'à la place du paysage glacé que nous connaissons aujourd'hui, s'est dressé là un paysage végétalisé. Pourquoi pas une véritable forêt boréale ? Dans un passé relativement récent. Géologiquement parlant en tout cas.

Quelques-unes des brindilles et des mousses extraits de la carotte glaciaire étudiée par les chercheurs de l’université du Vermont (États-Unis). © Université du Vermont
Quelques-unes des brindilles et des mousses extraits de la carotte glaciaire étudiée par les chercheurs de l’université du Vermont (États-Unis). © Université du Vermont

Un Groenland libre de glace

L'étude de cette carotte prélevée à quelque 120 kilomètres à l'intérieur des terres -- et à moins de 1.300 kilomètres du pôle nord -- montre ainsi aujourd'hui que la majeure partie du Groenland -- si ce n'est la totalité -- a connu au moins deux périodes libres de glace au cours du dernier million d'années. Peut-être même des quelques dernières centaines de milliers d'années. Dans un climatclimat à peine plus chaud que celui d'aujourd'hui. Une donnée importante pour les scientifiques qui veulent comprendre comment la calotte glaciaire réagira au réchauffement climatiqueréchauffement climatique anthropique.

C’est un problème urgent.

Rappelons qu'il est modélisé que la fontefonte de la glace du Groenland mènerait à une élévation du niveau de la mer d'environ six mètres. De quoi engloutir un certain nombre de grandes villes côtières. Parmi lesquelles Dhaka, la capitale du Bangladesh, Miami ou encore New York. « Ce ne sera pas le problème des générations futures. C'est un problème urgent pour les 50 prochaines années », souligne Paul Bierman, géoscientifique.

Dans les années 1960, les chercheurs voyaient encore le Groenland comme une région « gelée en permanence ». Mais ces nouveaux travaux font la preuve que le Groenland est en réalité plus sensible au réchauffement climatique que le pensaient les scientifiques. Même lorsque ce réchauffement est naturel. Et bien plus lent que le réchauffement climatique anthropique en cours.