L’hydrogène vert est-il vraiment écolo ? © fotogestoeber, Adobe Stock
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Les fuites d’hydrogène dans l’atmosphère pourraient « saper les avantages climatiques de la décarbonation »

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[EN VIDÉO] Hydrogène bleu, gris, jaune et vert : quelle différence ?  L’hydrogène est souvent assimilé à une couleur, qui dépend de la façon dont il est produit. 

C'est le nouveau Graal de l'énergie : l'hydrogène fait l'objet de tous les grands plans d'investissements pour alimenter les transports, l'industrie ou même stocker l'électricité. Sauf que ce gaz, censé être écolo quand il est produit avec des énergies renouvelables, ne l'est pas tant que ça. , selon certains scientifiques.

Pour faire rouler les voitures et les trains, voler les avions ou alimenter en énergie les industries, l'hydrogène vert - produit à partir de sources renouvelables - apparaît aujourd'hui comme la solution à la décarbonation. L'année dernière, la Commission européenne a présenté un grand « plan hydrogène », avec pour objectif de produire 40 GW d'hydrogène « vert » d'ici 2050. L'Allemagne a, elle, carrément annoncé vouloir devenir le numéro mondial de l'hydrogène vert, tandis que la France a prévu sept milliards d’euros pour financer le développement de ce combustible. Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), 17 États ont déjà publié un plan hydrogène et plus de 20 y travaillent. Au total, l'hydrogène pourrait représenter 10 % de la consommation énergétique d'ici 2050, prévoit l'AIE.

L’hydrogène est un puissant gaz à effet de serre indirect 200 fois plus puissant que le dioxyde de carbone

Mais a-t-on bien mesuré toutes les conséquences de cette production massive ? « L'hydrogène est un puissant gaz à effet de serre indirect à courte durée de vie 200 fois plus puissant que le dioxyde de carbone au moment où il est libéré, kilogramme pour kilogramme  », explique à Euractiv Steven Hamburg, scientifique en chef de l'ONG américaine Environmental Defense Fund (EDF). Ce dernier, l'un des principaux auteurs du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), confirme à Futura que les fuites d'hydrogène pourraient « considérablement réduire l'avantage climatique de l'abandon des combustibles fossiles si elles ne sont pas réduites au minimum ».

Comment l’hydrogène aggrave l’effet de serre

L'hydrogène interagit avec les autres gaz de l'atmosphère de plusieurs façons, détaille le scientifique. D'une part, il prolonge la durée de vie du méthane en retardant son élimination. En effet, la réaction du méthane avec le radical OH de l'air est le principal mécanisme de décomposition du méthane (CH4 + OH → CH3 + H2O). Or, l'hydrogène réagit également avec ce radical OH (H2 + OH → H2O + H). « Du coup, plus d'hydrogène dans l'air cela signifie moins de OH pour réagir avec le méthane », poursuit le scientifique. De plus, cette réaction dégage aussi de la vapeur d'eau, qui contribue à l’augmentation de l’effet de serre. Enfin, l'hydrogène aboutit aussi à la formation d’ozone troposphérique, un autre gaz à effet de serre très puissant. « Aujourd'hui, on avance que le passage à l'hydrogène éliminerait l'impact climatique des énergies fossiles, mais quand on prend en compte ces fuites potentielles, ce n'est pas le cas », met-il en garde.

L’hydrogène ne dégage que de la vapeur d’eau lorsqu’il est brûlé. Mais lors de sa production, de son transport et son stockage, il peut fuiter dans l’atmosphère et aggraver l’effet de serre. © mikalaimanyshau, Adobe Stock

Une tonne d’hydrogène consommé = 1 à 6 tonnes d’équivalent CO2 relâché

Selon un document de la Commission européenne publié en 2011, jusqu'à 10 % d'hydrogène pourrait « fuiter » lors de la production, du transport et du stockage, ce qui multiplierait par cinq les émissions actuelles. L'hydrogène a en effet une haute propension à fuir du fait de sa faible masse moléculaire et de sa faible densité. Selon Falko Ueckerdt, de l'Institut de Potsdam pour la recherche sur l'impact climatique, la consommation d'une tonne d'hydrogène pourrait laisser échapper entre 5 et 30 kilogrammes de ce gaz dans l'atmosphère, ce qui selon le pouvoir réchauffant 200 fois supérieur à celui du CO2 reviendrait à relâcher 1 à 6 tonnes d'équivalent CO2. On est loin d'un hydrogène vert !

Limiter les fuites

D'autres scientifiques interrogés par Euractiv estiment toutefois que ces craintes sont exagérées. L'hydrogène étant un gaz hautement inflammable, les protocoles de sécurité sont plus rigoureux que pour le gaz naturel. De plus, « l'hydrogène étant plus cher que le gaz naturel, cela incite à prévenir les fuites dans les infrastructures », tempère Gniewomir Flis, expert en hydrogène au sein du groupe de réflexion allemand Agora Energiewende. « Le problème, c'est que les seuils de détection sont aujourd'hui trop élevés. Il est donc impossible de savoir la quantité d'hydrogène qui fuit réellement dans l'atmosphère », appuie Ilisa Ocko, une autre climatologue d'EDF. Il est donc grand temps de se pencher sur la question. « Sans quoi, un passage massif à l'hydrogène aura des conséquences graves sur la lutte contre le changement climatique», conclut Steven Hamburg.

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