L’agriculture est le premier secteur émetteur de protoxyde d’azote (N2O) dans le monde. © Bits and Splits, Adobe Stock
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Ce gaz à effet de serre 300 fois plus réchauffant que le CO2 inquiète les scientifiques

ActualitéClassé sous :Réchauffement climatique , gaz à effet de serre , protoxyde d'azote

Pour atteindre les objectifs fixés par l'accord de Paris sur le climat et limiter le réchauffement à 2 °C -- voire 1,5 °C dans le meilleur des cas --, nous devons diminuer nos émissions de dioxyde de carbone (CO2). Mais ce n'est pas tout, nous avertissent aujourd'hui des chercheurs. Nos émissions en hausse de protoxyde d'azote (N2O) mettent plus que jamais notre avenir climatique en péril.

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[EN VIDÉO] Limiter le réchauffement climatique à 2 °C, est-ce réalisable ?  La concentration de gaz à effet de serre n’a jamais autant augmenté que ces quinze dernières années. Malgré les engagements pris par de nombreux pays, aucune solution concrète ne semble émerger. Le Cnes a rencontré Jean Jouzel, climatologue de renom, afin d’en savoir plus. 

Le dioxyde de carbone (CO2), tout le monde connait maintenant. Mais savez-vous que le CO2 n'est pas le seul responsable du réchauffement climatique ? Des gaz à effet de serre, il en existe d'autres. Vous avez entendu parler du méthane (CH4) ? Probablement. Du protoxyde d'azote (N2O). C'est moins sûr. Pourtant, ce dernier présente, selon les chercheurs, un pouvoir réchauffant, tenez-vous bien... 300 fois supérieur à celui du CO2 ! Pour une durée de séjour approximative dans l'atmosphère de 120 ans -- contre environ 100 ans pour le CO2 --, tout de même.

Alors ne faudrait-il pas s'inquiéter également de nos émissions de N2O ? C'est la question que s'est posée une équipe internationale de chercheurs dirigée de l'université Auburn (États-Unis). Elle publie aujourd'hui l'évaluation la plus complète à ce jour de toutes les sources -- naturelles ou anthropiques -- et puits de protoxyde d’azote dans le monde. Une évaluation qui montre que les émissions augmentent plus rapidement que ce qu'imaginaient même les plus pessimistes des scénarios du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) qui mèneraient à une augmentation de la température moyenne de notre Terre de bien plus de 3 °C.

Le taux de protoxyde d'azote dans l'atmosphère a augmenté de 20 % par rapport aux niveaux préindustriels. En 1750, il était de 270 parties par milliards (ppb). En 2018, il était de 331 ppb. Et au cours des 50 dernières années, la croissance des émissions a été encore plus rapide. Ces quatre dernières décennies, les émissions d'origine humaine ont augmenté de 30 %. Une nouvelle encore plus mauvaise lorsque l'on sait que le N2O est aussi aujourd'hui le plus important agent d'appauvrissement anthropique de la couche d'ozone stratosphérique.

Le budget mondial de protoxyde d'azote (N2O) entre 2007 et 2016 en téragrammes – soit 109 kilogrammes - par an. Les flèches jaunes représentent les émissions de sources anthropiques (agriculture, eaux usées, combustion de la biomasse, combustibles fossiles et industrie et émissions indirectes). Les flèches vertes représentent les émissions à partir de sources naturelles. Les flèches bleues, les puits chimiques atmosphériques. © Tian et al. 2020, Nature ; Global Carbon Project (GCP) et International Nitrogen Initiative (INI)

L’agriculture au banc des accusés

Principale responsable de ces émissions : l'agriculture. Et d'abord, l'élevage et les cultures nécessaires pour nourrir les bêtes par l'utilisation d'engrais azotés en excès et la mauvaise gestion des déjections et des résidus de récolte. Ensuite, les rizières qui, immergées puis asséchées de façon intermittente, émettent - comme l'a montré une récente étude -, dans le monde, autant de N2O que 200 centrales à charbon. Au total, le secteur compte pour plus de 85 % des émissions de protoxyde d'azote.

En Chine, en Inde et aux États-Unis, les émissions sont dominées par celles des engrais synthétiques. En Afrique et en Amérique du Sud, il faut y ajouter celles de l'épandage de fumier de bétail. En Europe, en revanche, les émissions ont diminué. Le résultat de mesures prises notamment pour une utilisation plus efficace des engrais.

L'analyse des chercheurs de l'université Auburn révèle également une « rétroaction » émergente N2O-climat. Le résultat des interactions entre les ajouts d'azote aux cultures pour la production alimentaire et le réchauffement climatique, augmentant encore davantage les émissions provenant de l'agriculture. D'où un besoin urgent de développer des stratégies d'atténuation efficaces. Comme l'usage d'engrais issus de déchets animaux ou végétaux. La diversification des maraîchages. Le recours à la permaculture pour les petites surfaces. Ou encore, la diminution de notre consommation de viande.

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