L’élevage intensif – ici de vaches en Uruguay – est l’un des responsables du réchauffement climatique que nous vivons actuellement. © piccaya, Adobe Stock
Planète

Bruno Parmentier : moins de viande consommée, plus de CO2 stocké !

ActualitéClassé sous :Réchauffement climatique , Alimentation , consommation de viande

[EN VIDÉO] La (sur)consommation de viande, mauvaise pour le climat  L’élevage est un secteur fortement émetteur de gaz à effet de serre. Il est aussi responsable d’une grande partie de la déforestation. Ainsi, la consommation de viande, surtout en excès, apparaît mauvaise pour le climat. 

Si nous espérons gagner notre bataille contre le réchauffement climatique, il va nous falloir changer certaines de nos habitudes. Parmi lesquelles, nos habitudes alimentaires. De récents travaux montrent qu'en consommant moins de viande nous pourrions non seulement limiter une partie de nos émissions de gaz à effet de serre mais aussi en compenser d'autres par la régénération des écosystèmes. Toutefois, pour Bruno Parmentier, ingénieur et économiste, auteur de plusieurs ouvrages sur les questions agricoles et alimentaires et interrogé à ce sujet par Futura, les choses ne sont pas aussi simples.

Que la consommation de viande contribue au réchauffement de notre Planète, ce n'est pas un scoop. À lui seul, l'élevage est responsable aujourd'hui d'environ 15 % des émissions anthropiques de gaz à effet de serre dans le monde. Essentiellement sous forme de méthane (CH4), un puissant gaz à effet de serre émis par les pets et les rots des animaux. « Si nous pouvions imposer aux Français de ne plus consommer que 50 kilos de viande par an, cela aurait un effet énorme sur les émissions de gaz à effet de serre », confirme Bruno Parmentier, ingénieur et économiste, auteur de plusieurs ouvrages sur les questions agricoles et alimentaires pour Futura. « Mais c'est évidemment impossible. »

Et le problème est encore accentué par le fait que les productions animales mobilisent plus de 80 % des terres agricoles. Pour la pâture ou pour la production de céréales et de légumineuses qui permettent de nourrir les animaux d'élevage. Ce sont autant de terres qui ne sont plus boisées. Autant de terres qui stockent moins de carbone, surtout quand elles sont régulièrement labourées, à nue la moitié de l'année et non bordées de haies.

Des chercheurs de l’université de New York (États-Unis) avancent que des aliments à base de protéines végétales peuvent fournir des nutriments essentiels en utilisant une petite fraction des terres nécessaires à la production de viande et de produits laitiers. Une grande partie des terres restantes pourrait alors soutenir des écosystèmes qui absorbent le CO2. © ohenze, Adobe Stock

Moins de viande consommée, plus de CO2 stocké

Les produits animaux sont en quelque sorte des « concentrés de produits végétaux ». Ils sont donc très consommateurs de surfaces, d'intrants et producteurs de gaz à effet de serre. À quel point réduire notre consommation de viande et de lait pour basculer vers la consommation de produits riches en protéines végétales - comme les lentilles, les haricots, les pois, le soja ou les noix - pourrait-il compenser le carbone émis par ailleurs ? C'est la question que se sont posée des chercheurs de l’université de New York (États-Unis). Ils ont mis en évidence des régions dans lesquelles changer le mode d'alimentation de la population permettrait de régénérer les écosystèmes.

« Le plus grand potentiel de repousse des forêts, et les avantages climatiques qu'il entraîne, existe dans les pays à revenu élevé et intermédiaire de la tranche supérieure, où la réduction de la consommation de viande et de produits laitiers aurait des impacts relativement mineurs sur la sécurité alimentaire », affirme Matthew Hayek, auteur principal de l'étude dans un communiqué de l’université de New York.

Selon les résultats de cette étude, la repousse de la végétation pourrait éliminer entre 9 et 16 années d'émissions mondiales de CO2 provenant des combustibles fossiles, si la demande de viande chutait considérablement dans les décennies à venir. « Nous pouvons aider à cibler les endroits où la restauration des écosystèmes et l'arrêt de la déforestation en cours auraient les plus grands avantages en matière de carbone », remarque Nathan Mueller, chercheur à l'université du Colorado dans le même communiqué. « Nous n'avons cartographié que les zones où les graines pourraient se disperser naturellement, croître et se multiplier dans des forêts denses et riches en biodiversité et d'autres écosystèmes qui travaillent à éliminer le CO2 pour nous », ajoute Matthew Hayek. Résultat : plus de sept millions de kilomètres carrés où les forêts seraient suffisamment humides pour repousser et prospérer naturellement, soit globalement une zone de la taille de la Russie.

Les chercheurs de l’université de New York rappellent aussi que produire moins de viande aurait un effet bénéfique sur la qualité et la quantité de la ressource mondiale en eau et sur la biodiversité par le biais de la préservation des habitats. © Chinnapong, Adobe Stock

Un nécessaire basculement culturel

« Ce n'est pas aussi simple », estime de son côté Bruno Parmentier. « Dans le monde, il y a de plus en plus de classes moyennes qui se mettent à consommer de la viande et du lait. C'est incontournable. Et à ce train-là nous ne nous dirigeons pas vers une diminution de la consommation de viande, mais vers un doublement de cette consommation d'ici 2050. »

« Il est donc urgent de proposer à nos sociétés riches, les conditions culturelles qui permettront d'accélérer la décroissance de leur consommation. » Car la décroissance est déjà en marche. En 1950, la consommation moyenne de viande par an et par Français était de 50 kilos. En 2000, elle était de 100 kilos. « Hier, elle était redescendue en pente douce à 85 kilos. Pendant la crise du coronavirus, elle a plus fortement diminué et je doute qu'elle remonte », ajoute Bruno Parmentier. « Je parie que nous arriverons à retomber à 50 ou 60 kilos de viande consommés par an et par Français. Et plus vite nous y arriverons, mieux ce sera. »

Pour y arriver, l'expert estime qu'il faudra opérer un basculement culturel. « Un peu comme ce qui s'est passé pour le vin. Dans les années 1960, chaque Français consommait en moyenne 140 litres de vin par an. Aujourd'hui, nous sommes plus proches des 40 litres. Et si les viticulteurs ont survécu à cette baisse de consommation, c'est en pariant sur la qualité, plus que sur la quantité. Le chiffre d'affaires de la profession a même augmenté », raconte Bruno Parmentier. « Le même type de mutation doit être encouragé pour les secteurs de la viande et du lait. »

Le réchauffement est le problème numéro un et il n’y a pas de solution facile

Alléger la pression de l'élevage sur notre Planète passera donc par une consommation plus raisonnée. Manger de la viande moins souvent et en moindre quantité. Privilégier la qualité. Mais aussi réfléchir à nos modes de production. « Le monde a atteint son quota de ruminants. Dans les pays riches, tout ruminant supplémentaire est aujourd'hui transformé en granivore et nourri avec du soja et du maïs importés. Comme les vaches de Normandie qui impactent plus le climat que les vaches qui se nourrissent de l'herbe qui pousse dans le Massif central. Et dans les pays pauvres, tout ruminant supplémentaire entraîne du surpâturage et transforme la savane en désert », analyse Bruno Parmentier avant de conclure. « Le réchauffement de la planète est le problème numéro un. Et il n'y a pas de solution facile. L'instauration d'un équivalent carbone au Nutri-Score aiderait sans doute à prendre conscience de l'impact de ce que nous mettons dans nos assiettes. »

Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités du jour. Toutes nos lettres d’information

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !