Des chercheurs ont découvert de nouveaux virus inconnus dans des carottes de glace de l’Himalaya. Ils s’inquiètent aujourd’hui de l’impact du réchauffement climatique sur leurs travaux à venir et sur une possible libération d’agents pathogènes dans l’environnement. © Dmitry Pichugin, Adobe Stock

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D’anciens virus referont-ils surface avec le réchauffement climatique ?

ActualitéClassé sous :Réchauffement climatique , zoologie , Virus

La planète entière tremble sous la menace du nouveau coronavirus apparu il y a quelques jours en Chine. Et la découverte de chercheurs dans les glaces de l'Himalaya n'est pas faite pour nous rassurer. Plusieurs virus jusqu'alors inconnus ont été mis au jour. Volontairement, cette fois, et sous contrôle. Mais le réchauffement climatique et la fonte des glaces ne risquent-ils pas de bientôt changer la donne ?

C'était en 2015. Il y a 5 ans déjà. Une équipe de chercheurs américains et chinois partait pour le Tibet. Objectif : forer les glaciers de l'Himalaya pour analyser ensuite les carottes ainsi extraites à la recherche des bactéries et autres virus qu'elles pourraient renfermer. Dans une pré-édition de leur article, on apprend qu'ils ont ainsi mis au jour pas moins de 33 virus dont 28 jusque-là inconnus de la science.

Ils ont été découverts dans une glace vieille de pas moins de 15.000 ans. À quelque 50 mètres de profondeur. Et pour s'assurer que ces échantillons ne soient pas contaminés par leur exposition à l'air moderne, les chercheurs ont suivi des protocoles très précis et rigoureux. D'autant que les concentrations en micro-organismes anciens dans de telles carottes sont extrêmement faibles par rapport à celles de l'environnement actuel. Les chercheurs ont ainsi été conduits à établir de nouvelles procédures d'échantillonnage ultra-propres applicables aux virus.

Il leur aura fallu s'installer dans une chambre froide portée à moins 5 °C et scier la couche la plus extérieure des carottes -- soit une épaisseur de 0,5 cm -- à l'aide d'une scie à ruban stérilisée. Puis, les carottes ont été lavées à l'éthanol afin de faire disparaître encore une autre couche probablement contaminée de 0,5 cm. Et les 0,5 cm suivants ont été nettoyés à l'eau stérile.

Pour les chercheurs, c'est sans grande surprise qu'ils ont alors mis au jour plusieurs virus jusqu’alors inconnus. Des virus assez différents d'une carotte à l'autre -- l'une datant de 15.000 ans, l'autre de seulement 520 ans. Des différences sans doute révélatrices de conditions climatiques, elles aussi, dissemblables au moment de leur dépôt. Des différences qui fournissent donc des informations importantes aux chercheurs sur la manière dont les virus peuvent prospérer ou non en fonction des conditions environnementales.

Un tweet publié il y a quelques jours à ce sujet a beaucoup fait parler. © @LPLdirect, Twitter

Faut-il craindre la fonte des glaces ?

Et l'occasion pour les scientifiques d'attirer l'attention du public sur une problématique nouvelle à laquelle ils se heurtent aujourd'hui : la fonte des glaces, résultat du réchauffement climatique« Dans le meilleur des cas, la fonte des glaces nous fera perdre des données microbiennes et virales précieuses qui pourraient nous renseigner sur les régimes climatiques passés de notre Planète », expliquent les chercheurs dans leur article. Mais aussi l'évolution probable des populations de micro-organismes avec les variations climatiques à venir. « Dans le pire des cas, le réchauffement climatique -- et la nouvelle exploitation minière de régions auparavant inaccessibles -- pourrait être à l'origine d'une libération de "nouveaux" agents pathogènes dans notre environnement. »

Une crainte pas si folle au regard de quelques exemples survenus récemment. En 2016, au fin fond de la Sibérie, un enfant de 12 ans est mort après avoir été contracté la maladie du charbon -- que l'on connait plus sous le nom d'anthrax. Une souche, semble-t-il, libérée par une carcasse de renne à l'occasion de la vague de chaleur qui a frappé la région durant l'été 2016.

La plupart des micro-organismes ne sont pas dangereux pour les Hommes

En 2017, des chercheurs avaient découvert, dans le pergélisol, un virus géant vieux de 30.000 ans. Et ils étaient parvenus, sous contrôle, à le réactiver pour infecter une amibe unicellulaire. Une preuve que les virus peuvent survivre, au moins 30.000 ans. Comme une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes car les médecins modernes, bien sûr, n'ont jamais eu à traiter ce type d'infections. Sans remonter aussi loin, la fonte des glaces pourrait donner une seconde chance aux virus qui ont propagé, par exemple, la dévastatrice grippe espagnole de 1918. Gardons tout de même à l'esprit que la plupart des micro-organismes enfermés dans les glaces ne sont pas dangereux pour les Hommes.

  • Des virus jusqu’alors inconnus ont été découverts dans la glace de l’Himalaya.
  • Grâce à de nouvelles techniques d’analyse conçues pour éviter la contamination par l’air moderne.
  • De quoi espérer en apprendre plus sur le climat du passé et les conditions de développement de certains micro-organismes.
  • L’occasion aussi de rappeler que la fonte des glaces pourrait bien nous confronter à des pathogènes inconnus.
Pour en savoir plus

En bref : de vieux virus réapparaîtront avec la fonte des pôles

Les lacs gelés des pôles emprisonnent des bactéries, des virus et des champignons que l'Homme n'a pas connus. En réponse au changement climatique, les glaces fondent et pourraient bien ramener à la surface de la Terre des virus vieux de millions d'années.

Article de Delphine Bossy paru le 14/12/2012

Le lac Baïkal est situé au sud de la Sibérie. C'est la plus grande réserve d'eau douce liquide au monde. Il gèle de façon saisonnière, et lorsqu'il dégèle, il peut être un vecteur de maladies, liées à la libération de virus ou de bactéries. © Suicup, Wikipédia, cc by sa 3.0

Si les Hommes dénichent des mammouths dans le pergélisol, les glaces cachent bien d'autres organismes. Des virus, des bactéries ou des champignons sont emprisonnés dans les lacs gelés d'Arctique et d'Antarctique. S'ils étaient réémis dans l'atmosphère, certains d'entre eux pourraient bien devenir dangereux. Le système immunitaire d'un être humain est adapté à son environnement : il serait sûrement incapable de se défendre face à certains virus datant par exemple de 3 millions d'années ! Ainsi, dans le contexte actuel de changement climatique, la communauté scientifique prévient : les calottes fondent, il faut s'attendre à l'arrivée de nouvelles maladies.

En 2009, une équipe scientifique espagnole avait échantillonné l'eau du lac gelé Limnopolar en Antarctique. Publiés dans Science, leurs résultats révèlent l'existence de plus de 10.000 espèces de 12 familles différentes dont certaines jusqu'alors inconnues des scientifiques. Même sans parler du réchauffement climatique, les zones comme la Sibérie sont déjà considérées comme des plaques tournantes potentielles pour les bactéries. De façon périodique, les lacs fondent, émettent et larguent des bactéries ou des virus. Ce sont souvent les oiseaux migrateurs qui les dispersent ensuite. Shoham et Rogers ont montré qu'un virus est ainsi réapparu successivement dans les années 1930, les années 1960 et en 2006.

Certains virus ne survivent pas après le dégel, mais d'autres s'adaptent très bien. C'est typiquement le grand problème de la grippe. Des pandémies de grippe ont frappé périodiquement dans l'histoire. Le siècle dernier, il y a eu la grippe espagnole en 1918, la grippe asiatique en 1957 et la grippe de Hong Kong en 1968. Mais entre ces pandémies, où résidait donc le virus ? Certains suggèrent justement qu'il était emprisonné dans les glaces en Sibérie. Les pandémies sont difficiles à prévoir, et il est presque impossible de remonter à leur source. Ainsi, le réchauffement climatique risque d'augmenter le nombre de pathogènes, de maladies et de virus tant pour l'Homme que d'autres organismes.

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