Banc de poissons en formation serrée (ici, des gaterins). © Gabriel Barathieu, tous droits réservés
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Reportage photo : plongée dans les spots foisonnant de biodiversité de Raja Ampat

ActualitéClassé sous :Raja Ampat , plongée , récifs coralliens

Après la première immersion au cœur de la Papouasie occidentale dans les îles de Raja Ampat, continuons à découvrir une faune aquatique hors du commun, les plus beaux chefs-d'œuvre que notre planète Terre puisse offrir ! Raja Ampat, c'est un océan débordant de vie, de couleurs et de formes, une biodiversité à couper le souffle. La succession des rencontres et des émerveillements émanant de cet éden ont inspiré la formule suivante qui est la plus juste et la plus concise pour décrire ce lieu : « Raja Ampat, un arc-en-ciel de biodiversité ». Merci à Gabriel Barathieu, pour ces deux fabuleux reportages, ces photos extraordinaires, et ces sublimes plongées virtuelles.

« Melyssa Garden »

Au petit matin, nous arrivons tout près du site de plongée « Melyssa Garden » dont la réputation nous promet de somptueux décors aquatiques. Cet endroit est un des nombreux récifs frangeants qui entourent les îles de Raja Ampat. On les compte par centaines, mais celui-ci a quelque chose d’exceptionnel. La couverture corallienne de ce récif est absolument remarquable à plusieurs titres. Sans aucun doute c'est l'un des plus beaux récifs coralliens du monde. 

Corail-laitue photographié en « spinning » (rotation de l'appareil photo pendant le temps d’exposition. © Gabriel Barathieu, tous droits réservés
Un banc de poissons-écureuils (Sargocentron seychellense) en formation serrée. © Gabriel Barathieu, tous drois réservés

Des colonies d’Acropora (genre d'anthozoaires zooxanthellés coloniaux, ou coraux hermatypiques de la famille des coraux durs) à perte de vue qui sont en excellente santé. À ma connaissance, leur taille gigantesque a peu d’équivalents. Ce spot offre une multitude d’abris pour les petits poissons de récif qui y trouvent refuge.

Les coraux durs tels que les coraux « Bois de cerf » sont un lieu de refuge pour une multitude de petits poissons récifaux. © Gabriel Barathieu, tous droits réservés
Éponges tubulaires orange photographiées en pose longue. © Gabriel Barathieu, tous droits réservés

Les couleurs exposées par les coraux sont comme des peintures de maîtres. Devant ce fabuleux banquet à ciel ouvert, les perroquets à bosses s’en donnent à cœur joie.

« Sauwandarek »

Magnifique récif frangeant, « Sauwandarek » est un spot de plongée accessible depuis le rivage. Une plage de sable blanc sépare le village des eaux turquoise. Les enfants jouent dans les remous des petites vagues. Un ponton traditionnel en bois qui fait office de débarcadère pour les touristes et les villageois devient un refuge pour toutes sortes d'animaux aquatiques. Sous la surface, c'est une explosion de biodiversité, de couleurs et d'abondance qui se trouve à seulement quelques mètres de la plage. L'équilibre entre présence humaine et faune sous-marine semble avoir été trouvé ici. C'est un véritable espoir et un modèle à suivre ! Des tortues vertes (Chelonia mydas) broutent paisiblement les minuscules algues poussant au milieu des colonies de coraux. 

Une tortue verte (Chelonia mydas) au milieu d’un jardin de corail de Sauwandarek. © Gabriel Barathieu, tous droits réservés
Photo en contre-jour prise sous le ponton de Sauwandarek qui est devenu un refuge pour les poissons de récif. © Gabriel Barathieu, tous droits réservés

Le ponton abrite une multitude de poissons, en banc ou solitaire. Les coraux tabulaires et les coraux mous ont colonisé les pieux du débarcadère. En parfaite harmonie, la vie sauvage reprend gentiment ses droits sur les constructions humaines. Le récif frangeant d'une extrême variété est le parfait exemple d'un biotope corallien prospère en très bonne santé. Les coraux de toutes sortes abritent des nuages denses de « glassfish ».

 Une loche lancélolé (Epinephelus lanceolatus) d’environ deux mètres de longueur rencontrée dans moins de 15 mètres de profondeur. © Gabriel Barathieu, tous droits réservés

Les tortues imbriquées (Eretmochelys imbricata) s'attaquent aux éponges et aux méduses qui vagabondent dans ces eaux poissonneuses. À quelques mètres de là, escortée par ses fidèles caranges royales d'un jaune vif, une loche géante avoisinant les deux mètres de longueur se repose dans une des nombreuses crevasses du récif. Quelques dizaines de mètres plus au nord, un bénitier géant (Tridacna gigas), dont les lèvres sont ornées d'un manteau aux magnifiques couleurs, impose le respect par sa simple présence.

Bénitier géant (Tridacna gigas) de plus d’un mètre de longueur. © Gabriel Barathieu, tous droits réservés

Le récif de nuit

Une fois le soleil disparu sous l'horizon, les éphémères lumières crépusculaires aux subtiles nuances colorent le ciel de multiples teintes pastel. Ces couleurs, se reflétant à la surface, lissent des eaux de Raja Ampat, encouragent l'obscurité à déployer son manteau sur les magnifiques paysages sous-marins des récifs coralliens. Le foisonnement de vie diurne se retrouvant ainsi dans l'obscurité de la nuit, c'est par milliers que les petits habitants du récif se précipitent dans les anfractuosités pour y trouver refuge.

À l'abri dans son trou, inatteignable par les requins tournant dans l'obscurité aux abords du récif, un mérou se fait toiletter par une grande crevette nettoyeuse (Stenopus hispidus) qui n'hésite pas à s'agripper sur sa tête. © Gabriel Barathieu, tous droits réservés

Toutes les cachettes sont bonnes à prendre afin de passer la nuit en sécurité. Tous aux abris ! Tous ? En fait non ! Pendant que la majorité des poissons se précipitent dans leurs cachettes, certaines petites créatures profitent de l'obscurité pour s'affranchir de leur timidité diurne. C'est notamment le cas de certains mollusques comme les céphalopodes. Composé de calamars, poulpes et autres seiches, ces animaux sortent la nuit venue.

À gauche, focus sur l'œil d'une seiche et à droite, focus sur un œil de poisson-perroquet (Papagaio vulgar). © Gabriel Barathieu, tous droits réservés

Aussi voraces que fascinants, ces extraordinaires prédateurs sont pourvus d'armes des plus sophistiquées du règne animal. Des céphalopodes, autres que les seiches, sortent aussi la nuit pour chasser. Les calamars sont eux aussi de redoutables prédateurs. Tandis que les seiches restent toujours près du fond, les calamars occupent toute la colonne d'eau.
 

Un calamar pygmée tous tentacules en hauteur en pleine nuit. © Gabriel Barathieu, tous droits réservés

Constamment à l'affût, ils capturent une proie qui a le malheur de passer trop près de leurs tentacules en un éclair de seconde. Une autre espèce de calamar est présente la nuit dans les eaux de Raja Ampat : le calamar pygmée (Idiosepius sp). Ne mesurant pas plus de trois centimètres de long, il chasse les petits crustacés et invertébrés. Attention, il peut aussi servir de repas à ses cousins bien plus gros que lui.

Crevette commensale des crinoïdes (laomenes sp). © Gabriel Barathieu, tous droits réservés

La nuit, les crinoïdes s'ouvrent et s'épanouissent dans l'obscurité. Ces très anciens animaux sont envahis par une multitude de crevettes de toutes sortes, notamment la crevette commensale (laomenes sp) vivant en symbiose avec son hôte. Le mimétisme qu'elles ont adopté pour se rendre invisibles donne beaucoup de mal à quiconque souhaite en photographier une.

Les Wobbegongs de « Citrus Ridge »

Une photo mettant en évidence la formidable capacité de camouflage du requin-tapis barbu. © Gabriel Barathieu, tous droits réservés

« Citrus Ridge », un spot haut en couleur de Raja Ampat centre et assurément l'un des plus magnifiques. Terrain de chasse du fameux requin-tapis barbu (Eucrossorhinus dasypogon) plus connu sous le nom de « Wobbegong ». Citrus Ridge demeure un des spots privilégiés pour rencontrer cet animal à l'allure préhistorique, considéré comme le membre le plus spécialisé de sa famille. La coloration ornée de sa frange dermique complexe lui confère un excellent camouflage.

Poisson atypique, le requin-tapis barbu a des airs d'animal préhistorique. © Gabriel Barathieu, tous droits réservés

Complètement immobile, ce camouflage le rend pratiquement invisible au sein du récif. Ce requin a un petit domaine vital avec plusieurs lieux de repos préférés qui sont utilisés à plusieurs reprises. Nageur plus lent que les autres espèces apparentées, il est solitaire et passe la majeure partie de la journée allongé immobile à l'intérieur de grottes sous des rebords avec sa queue enroulée. Sa nage lente, fluide, et presque hypnotisante, vous invite à suivre son parcours le long du récif. Plus actif la nuit, il parcourt le récif pour chasser.

La mangrove

Les mangroves, des lieux essentiels et hautement riches en biodiversité. Non loin de « Citrus Ridge », la mangrove est un lieu unique qui vaut le détour. Les mangroves ont besoin d'une eau calme, dénuée de houle pour se développer. C'est le récif, en brisant la houle, qui protège et offre à la mangrove un environnement favorable. Mais elle est aussi une excellente barrière entre l'océan violent et la côte fragile. Situées à l'intersection du milieu terrestre et récifal, les mangroves font office de trait d'union reliant deux univers totalement distincts. Le mariage du récif et de la végétation de la mangrove est absolument époustouflant. Chaque élément de cet écosystème a un rôle à jouer pour maintenir ce fragile équilibre et cette douce harmonie dont seule la nature détient le secret.

 Une photo symbolisant Raja Ampat et ses magnifiques mangroves qui sont des hotspots de biodiversité. © Gabriel Barathieu, tous droits réservés

Les palétuviers étant la base de ces écosystèmes uniques, particulièrement autour de leurs systèmes racinaires complexes, sont les hôtes d'innombrables algues, bernacles, huîtres, éponges et cnidaires. Ils exigent tous des substrats durs pour s'ancrer tandis qu'ils filtrent leur alimentation. De plus, ces systèmes racinaires empêchent l'érosion côtière. L'écoulement des eaux des marées est sensiblement ralenti de sorte que les sédiments se déposent au pied des racines des palétuviers. 

Photo prise sous l’une des nombreuses mangroves de Raja Ampat. © Gabriel Barathieu, tous droits réservés

Dans une eau parfaitement claire, les coraux et les petits poissons de récif côtoient les racines, les branches et les feuilles des palétuviers. Le miroir d'eau formé par la surface parfaitement lisse donne l'impression aux orphies de voler dans le ciel et entre les branches des arbres. Au détour d'une racine, un banc de poissons apogon nage paisiblement dans cet éden pour alevins. Composé de palétuviers aux longues racines se développant sur les terres riches en sel qui bordent la mer, les mangroves constituent à elles seules un écosystème dynamique dont le rôle vital est de servir de zones de frayères et de nurseries pour beaucoup d'espèces pélagiques ou non.

« Cape Kri »

Le légendaire banc de gaterins de Cape Kri est un incontournable de Raja Ampat. Proche de la pointe du cap, sur un fond sableux à environ trente-cinq mètres de profondeur, un banc de gaterins diagramme à bandes diagonales (Plectorhinchus lineatus) et de gaterin ruban (Plectorhinchus polytaenia) ont élu domicile. Tout au long de l'année, ces poissons restent toujours au même endroit. 

Banc de gaterins (Plectorhinchus lineatus et Plectorhinchus polytaenia) faisant « bloc » devant un prédateur. © Gabriel Barathieu, tous droits réservés

Cette formation en rang serré, très compacte, a pour objectif de paraître plus gros et de simuler un seul et même individu pour dissuader les prédateurs de s'attaquer au banc. On comprend aisément l'efficacité de cette technique quand on compare la masse et le volume du banc face au plongeur.

Au-dessus des gaterins, un autre banc de poissons est en formation, ce sont des vivaneaux pagaie (Lutjanus gibbus) d'un rouge vif qui contraste avec le bleu profond. 

Les vivaneaux « pagaie » ne se mélangent pas avec les deux autres espèces de gaterins. © Gabriel Barathieu, tous droits réservés
Un requin-corail (Triaenodon obesus) se reposant sur une petite zone de sable à Cape Kri. © Gabriel Barathieu, tous droits réservés

Découvrir l'association « Deep Blue Exploration » qui œuvre pour la découverte et l'étude des peuplements coralliens mésophotiques (entre 50 et 150 mètres) de Mayotte au travers d'actions de science participative. La synergie créée par le noyau dur de l'association (crée en 2019), mêlant plongeurs photographes naturalistes, des scientifiques et des artistes et auteurs de vulgarisation scientifique tire le meilleur parti de chaque membre dans un but unique : Explorer - Étudier - Sensibiliser et Contribuer à la préservation des écosystèmes récifaux.

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