Limiter la vitesse en ville à 30 km/h : quel impact sur la pollution ? © monticellllo, Adobe Stock
Planète

Pourquoi pollue-t-on plus à 30 km/h qu'à 50 km/h en ville ?

ActualitéClassé sous :Pollution , ville , limitation de la vitesse de circulation

[EN VIDÉO] Quelle est la part des transports dans la pollution ?  Le transport est le deuxième contributeur de gaz à effet de serre, avec 24,6% des émissions. 

Selon une étude du Cerema, les émissions polluantes suivent une courbe en U et sont maximales à faible et à grande vitesse. La limitation de vitesse à 30 km/h a-t-elle alors pour effet d'augmenter la pollution urbaine ? C'est un peu plus compliqué...

Depuis lundi 30 août, la vitesse est limitée à 30 km/h dans Paris sur la majorité des voies de circulation. Une mesure déjà en vigueur dans de nombreuses villes de France (Grenoble, Lille, Nantes, Montpellier...) et qui s'appuie sur trois arguments principaux : la sécurité accrue, la réduction du bruit et la diminution de la pollution. C'est sur ce dernier point que la mesure est la plus discutable. Selon une étude du Cerema (Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement), les voitures polluent moins en roulant à 30 km/h qu'en roulant à 50 km/heure.

Les émissions suivent une courbe en U

L'organisme d'études a modélisé, grâce à un logiciel spécialisé, les courbes d'émissions des gaz à effet de serre (GES) et des polluants atmosphériques (dioxyde d'azote - NOx - et particules fines - PM10) en fonction de la vitesse moyenne d'un véhicule particulier représentatif du parc automobile roulant. Il en ressort que les émissions de NOx, PM10 et GES sont minimales pour une vitesse de 70 km/h, tandis que, pour un véhicule utilitaire (poids inférieur à 3,5 tonnes), l'optimum est atteint à 60 km/h, une vitesse qui correspond à un régime moteur optimal, observe le rapport. Le maximum est atteint à 130 km/h, où l'on consomme près du double de la valeur minimale. Les émissions suivent une courbe en U : à faible vitesse (10 à 20 km/h), elles sont peu ou prou équivalentes à celles produites à grande vitesse (100 à 110 km/h), indique le rapport. « Les émissions sont importantes à très faible vitesse (jusqu'à 30 km/h environ), ce qui signifie que les situations de congestion du trafic routier sont très pénalisantes du point de vue de la qualité de l'air », atteste le Cerema.

Courbe d’émissions de NOx émises par un véhicule particulier en fonction de la vitesse. © Cerema

Éviter les freinages et accélérations incessants

Faut-il en conclure que la limitation à 30 km/h est nuisible pour la pollution en ville ? Pas si vite ! D'abord, ce rapport se base sur des vitesses moyennes ; or, en réalité, la surconsommation en ville est surtout liée à des freinages et accélérations intempestifs. Ainsi, « une réduction de la vitesse augmente les émissions polluantes mais ceci est contrebalancé par une diminution des accélérations qui entraîne une baisse des émissions », précise un autre rapport de l’Ademe paru en 2014 sur le sujet. Une plus faible vitesse est censée améliorer la fluidité du trafic, ce qui réduit le phénomène de congestion et de « stop and go ». En revanche, la limitation de vitesse sur certaines voies va également provoquer un report sur d'autres axes, ce qui peut entraîner une baisse artificielle des émissions dans la zone concernée. D'où la nécessité de généraliser la mesure, insiste le Cerema.

Émissions de gaz à effet de serre (en équivalent CO2) et consommation de carburant d’un véhicule particulier en fonction de la vitesse. © Cerema

Des bénéfices indirects pour l’environnement

D'autre part, la courbe des émissions en U a tendance à s'aplanir avec les nouvelles voitures, moins émettrices de NOx. « En 200, on arrivera à une valeur minimale aux alentours de 0,1 g par kilomètre entre 20 et 70 km/h, soit quatre fois moins que leur niveau actuel », explique le Cerema. Enfin, la limitation de vitesse s'accompagne de bénéfices indirects pour l'environnement : « Lorsque l'on réduit la vitesse de 50 à 30 km/heure, on peut aussi réduire la largeur des voies et utiliser l'espace pour créer une piste cyclable ou y planter des arbres », soutient Sophie Dupressoir, adjointe à la maire écologiste de Strasbourg, Jeanne Barseghian.

Surtout - et même si la mairie de Paris s'en défend - la limitation de la vitesse à 30 km/h a pour effet principal de décourager les automobilistes de prendre leur voiture. Selon le Cerema, la généralisation des 30 km/h à Grenoble en 2016 a entraîné une diminution du trafic motorisé de 9 % des véhicules légers et de 20 % des poids lourds. L'accidentologie a également baissé en nombre et en gravité, avec un effet notable sur la sécurité des piétons, note l'organisme d'études. Que l'on soit pour ou contre, c'est un fait, les élus ont de plus tendance à imposer des restrictions au trafic routier afin de rendre leur ville un peu plus agréable à vivre.

Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités du jour. Toutes nos lettres d’information

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !