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Dinosaures et plancton auraient été décimés par des pluies acides

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Pour des chercheurs japonais, qui ont réalisé une expérience en laboratoire, l'impact d'un astéroïde ou d'une comète à la fin du Crétacé aurait provoqué un dégagement massif de trioxyde de soufre, engendrant des pluies très acides durant une période courte. Sur le sol et dans les eaux de surface, les espèces végétales et animales auraient subi une hécatombe rapide.

Siats meekekorum, à gauche, un théropode carnivore (découvert récemment en Amérique du Nord), vivait il y a 98 millions d'années. Environ 33 millions d'années plus tard, les dinosaures non aviens tireront leur révérence comme tant d'autres organismes terrestres, marins et dulçaquicoles. On ne sait pas précisément ce qui provoqua cette hécatombe. L'impact d'un corps céleste est une explication classique, appuyée par la richesse de ces couches géologiques en iridium et la découverte d'un cratère à Chicxulub, au Mexique. Mais que s'est-il passé exactement ? © Julia Lacerda

Pourquoi la flore et la faune terrestres comme marines ont-elles tant souffert après l'impact d'un astéroïde ou d'une comète sur l'actuelle région de Chicxulub il y a 65,5 millions d'années, à la fin du Crétacé ? Dégagements massifs de poussières, incendies géants ou tsunami planétaire sont toujours évoqués, mais la réalité du phénomène nous échappe encore. Dans la revue Nature Geoscience, un groupe de chercheurs japonais avance une explication après une expérience en laboratoire. La méthode est originale et consiste à reproduire un impact à 10 km/s, du moins ses effets sur la roche, en bombardant avec un puissant rayon laser un minuscule échantillon de roche, enfermé dans une sphère d'aluminium d'un millimètre. Effectué dans une enceinte sous vide, le test s'accompagne d'une analyse des gaz produits par la vaporisation du minéral. Conclusion : le coupable serait le trioxyde de soufre, ou SO3, qui a provoqué une acidification très rapide des océans, de l'eau douce et des sols.

Cette idée des pluies acides dues au soufre n'est pas nouvelle, mais rien ne permettait de dire que l'effet fut suffisant pour réduire drastiquement le pH des océans. Si le gaz produit est du dioxyde de soufre (SO2), il devrait s'être d'abord répandu dans l'atmosphère et ne se serait dissipé que lentement.

Quelque chose a heurté la planète Terre il y a environ 65,5 millions d'années. C'est une certitude. Mais la situation de la vie terrestre à cette époque et les effets de cet impact restent encore hypothétiques. © Nasa

Disparition rapide des espèces à cause de pluies acides

Dans leur expérience, les chercheurs japonais ont utilisé une roche commune et déjà riche en soufre : l'anhydrite (du sulfate de calcium). Le gaz généré était surtout du SO3, ce qui change tout, avance l'équipe. Après le terrible impact dans ce qui est aujourd'hui le Yucatán, le gaz se serait immédiatement associé à l'eau, produisant des pluies très acides qui auraient débarrassé l'atmosphère de ce soufre en quelques jours seulement, mais l'auraient réparti un peu partout sur la planète, à commencer par les océans. L'effet de cette acidification aura été très rapide et dévastateur. Du plancton aux dinosaures, la faune et la flore auraient dépéri en peu de temps. Le scénario est donc celui d'une extinction massive sur une période très courte, alors que sa durée fait toujours débat.

L'explication a le mérite de coller avec deux observations. Pourquoi la flore et la faune des océans et des eaux douces ont-elles été beaucoup plus touchées à faible profondeur que sur le fond, le plancton, notamment, se trouvant davantage décimé que les foraminifères benthiques ? Parce que ces aérosols se répandent d'abord dans les eaux de surface, disent les auteurs, affectant peu les grandes profondeurs. Pourquoi les fougères ont-elles été les premières à recoloniser les environnements meurtris ? Parce que ces plantes tolèrent bien les sols acides.

Ces arguments n'ont sans doute pas valeur de preuve irréfutable, mais ils pourraient faire progresser le débat. Au passage, on mesure la méconnaissance actuelle sur les effets précis de la chute d’un impacteur de taille importante.

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