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L’archéoptéryx s’envolait en bondissant, sans courir

ActualitéClassé sous :paléontologie , dinosaure à plumes , Archaeopteryx lithographica

Aux dernières nouvelles, l'archéoptéryx n'avait pas besoin de courir pour décoller. Pour parvenir à cette conclusion, un chercheur a étudié la morphologie de nombreux oiseaux modernes, la plupart s'envolant à l'aide de bonds. Pour l'anecdote, plusieurs indices rapprocheraient ces reptiles d'oiseaux insulaires actuels... ne sachant plus voler. D'où une question : et si l'archéoptéryx était en réalité un animal qui ne savait plus évoluer dans les airs ?

D’après une étude parue en 2011, certaines des plumes de l’archéoptéryx étaient noires, ce qui a inspiré l’auteur de cette reconstitution artistique de l’animal. © Nabu Tamura, Wikimedia Commons, cc by sa 3.0

Les capacités de vol d'Archeopteryx lithographica font débat depuis la découverte du premier fossile en 1861. Pour certains, ces reptiles au squelette de dinosaure mais dotés d'ailes d'oiseau représenteraient une étape évolutive de l'apparition du vol. Pour d'autres, ils savaient à coup sûr voler, mais reste à savoir comment, car deux écoles s'affrontent. Selon une hypothèse, ces avialiens pouvaient uniquement planer, mais une autre théorie avance plutôt un vol battu. Enfin, parmi les partisans de cette dernière, un ultime débat a cours : l'archéoptéryx avait-il besoin de courir pour décoller ?

De nombreux spécialistes le pensent pour la simple et bonne raison que les muscles pectoraux de ce dinosaure à plumes ne représentent que 9 à 10 % de sa masse totale, ce qui signifie qu'il n'avait probablement pas la force requise pour décoller à la suite d'un bond. Visiblement peu convaincu par cette explication, Michael Habib a mené une enquête approfondie sur la question. Ses conclusions ont été présentées la semaine dernière durant la rencontre annuelle de la Société de paléontologie des vertébrés (SVP 2013), qui s'est tenue à Los Angeles (États-Unis).

Ce chercheur de l'université de Caroline du Sud (États-Unis) a analysé la taille des muscles pectoraux et la longueur totale de nombreux oiseaux modernes aux morphologies variées qui décollent en bondissant (pour la majorité d'entre eux) ou en courant. Aucune corrélation n'a été trouvée entre les paramètres mesurés et le mode d'envol. Selon Michael Habib, les courses pratiquées par certaines espèces correspondraient en réalité à un caractère dérivé. Il serait apparu durant l'histoire évolutive du vol pour aider des oiseaux semi-aquatiques à s'affranchir du milieu aqueux durant leur conquête des airs. Ainsi, d'un point de vue morphologique, l'archéoptéryx pouvait décoller en bondissant, mais le faisait-il ?

Fossile d’archéoptéryx mis au jour en 1876. Le premier fossile d'archéoptéryx a été découvert en 1861 près de Langenaltheim en Allemagne et date d'environ 150 millions d'années. Barre d'échelle : 5 cm. © Museum für Naturkunde Berlin

L’archéoptéryx décollait comme la plupart des oiseaux actuels

La longueur des os de l’archéoptéryx conservé à Munich ainsi que diverses caractéristiques observées sur des sections de ceux-ci ont également été relevées par le chercheur. Selon lui, les proportions relatives des membres plaideraient plutôt en faveur d'un décollage initié par un bond, mais d'où ?

Ce détail aurait peu d'importance, car un bond doit être réalisé aussi bien pour décoller depuis un arbre que depuis le sol. D'ailleurs, Michael Hebib n'a observé aucune différence significative dans les propriétés mécaniques des membres d'oiseaux modernes qui vivent au sol ou dans les arbres. Selon lui, le débat sur l'origine terrestre ou arboricole du vol serait largement exagéré.

Un coureur secondaire, l'archéoptéryx ?

Ses conclusions ont d'importantes retombées sur notre compréhension du vol et des habitudes de vie de plusieurs espèces fossiles proches de la lignée des oiseaux. Par exemple, il a été suggéré que des théropodes pourvus de quatre ailes avaient des modes de vie arboricoles (comme les microraptors). Et pour cause, les longues plumes de leurs pattes arrière les empêchaient probablement de courir au sol, et donc de décoller depuis ce dernier.

Si la théorie de Michael Habib se révèle exacte, cette information pourrait être fausse, puisque ces plumes n'interdisent pas un décollage initié par un bond. Voilà donc de quoi jeter de nouveaux doutes sur l'image que nous nous faisons de quelques dromæosauridés.

Le site Nature News a rapporté un dernier fait étonnant concernant les travaux de ce chercheur. Les différentes mesures réalisées sur l'archéoptéryx le rapprocheraient d'oiseaux modernes qui ont... perdu la capacité de voler, comme certaines espèces de râles et de grèbes inféodées à des milieux insulaires. Ainsi, une hypothèse inédite a été avancée : et si les archéoptéryx trouvés, qui vivaient également sur des îles au Jurassique (voici 150 millions d'années), étaient finalement des coureurs secondaires ? Visiblement, voilà un scientifique qui aime lancer des débats !

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