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Les méduses s'invitent de nouveau sur la Côte d'Azur

ActualitéClassé sous :océanographie , méduse , pélagie

Pour la huitième année consécutive, les pélagies envahissent des plages méditerranéennes, entre Cannes et Cagnes-sur-mer. Le phénomène semble exceptionnel. Réchauffement des eaux, réduction du nombre de prédateurs (thons et tortues) ou pollution chimique, les causes sont inconnues mais les activités humaines sont pointées du doigt.

La belle Pelagia noctiluca © Common licence

Par dizaines de milliers, elles déferlent, poussées par les courants, et la baignade se transforme en cauchemar. Les secouristes ont dû intervenir plus de 500 fois ces derniers jours pour venir en aide à des nageurs piqués par des méduses. La coupable est la pélagie, Pelagia noctiluca, très urticante et coutumière du fait.

Régulièrement, elle prolifère en été et des populations énormes voguent au gré des courants. En 2007, la pélagie, cette juillettiste confirmée, fut fidèle à son rendez-vous estival. Rappelons que les méduses (des cnidaires) ne peuvent pas nager. Ces animaux n'ont aucune forme de squelette (ni interne comme les poissons, ni externe comme les crustacés, ni même hydrostatique comme les mollusques et les vers annélides) et ne peuvent bouger leurs muscles que les uns par rapport aux autres. Il en résulte un mouvement symétrique qui fait seulement monter ou descendre la méduse. Ces montgolfières aquatiques ne peuvent donc se déplacer à leur guise ni pourchasser une proie.

Mais quand il y en a des milliers voire beaucoup plus, elles peuvent générer des dégâts énormes. Ces proliférations saisonnières sont connues depuis l'Antiquité et concernent de nombreuses espèces de méduses. En 2002 et 2006, les pêcheurs japonais ont fait les frais d'invasions d'énormes Cyanea, mesurant jusqu'à 2 mètres pour un poids de 200 kilos. La raison de ces explosions démographiques, mal connue, est sans doute à chercher dans les quantités de nourriture (petits poissons et plancton, notamment les larves de crustacés et de mollusques) disponibles au moment de la croissance des jeunes méduses, mais aussi dans la température de l'eau et dans le mouvements des courants. Les méduses qui s'accumulent actuellement sur la Côte d'Azur viennent de Ligurie.

En Méditerranée, ces proliférations s'observent souvent plusieurs années de suite. Mais comme le souligne Jacqueline Goy, une spécialiste (et passionnée) des méduses, interrogée par Le Monde, « les statistiques et les modèles mathématiques réalisés à partir des données obtenues depuis deux cents ans sur la mer Ligure par le laboratoire d'océanographie de Villefranche-sur-Mer montrent que ces animaux gélatineux apparaissent tous les douze ans, et se maintiennent entre deux à sept ans ».

Les méduses aiment les activités humaines

Cette huitième édition semble donc anormale. En mai 2008, appelé par Nice-Matin à faire une prédiction pour l'été, le biologiste Alexandre Meinesz (université de Nice) estimait que le cycle naturel connu plaidait pour une régression du nombre de méduses durant l'été 2008. Mais, ajoutait-il, les observations montrent l'inverse : « tout semble indiquer que la population mondiale de méduses est en progression ». En Méditerranée, l'hiver long doux a favorisé les remontées d'eau profondes, ce qui a conduit à une prolifération du plancton, une bonne nouvelle pour les méduses. D'une manière générale, la température de l'eau en Méditerranée a augmenté durant les dernières décennies.

D'autres - dont Jacqueline Goy - accusent aussi la pollution chimique et notamment la pilule contraceptive. Rejeté par les urines, l'œstradiol qu'elle contient (une hormone de la famille des œstrogènes) n'est pas filtré par les stations d'épuration (qui n'ont pas été conçues pour cela) et se retrouve dans les fleuves et dans la mer. Les concentrations sont extrêmement faibles mais il s'agit d'une hormone et les hormones, justement, ont un effet sur les organismes vivants à des doses extraordinairement faibles. Or les poissons, des vertébrés comme nous, connaissent l'œstradiol et cette hormone sexuelle a tendance chez eux à féminiser les mâles... De quoi perturber la reproduction des espèces.

La surpêche pourrait également être en cause, et même de deux manières. En réduisant les populations de poissons, elle favorise la prolifération du plancton. Pêcher du poisson est donc une manière de mieux nourrir les méduses... De plus, le thon, grand amateur de méduses, subit lui aussi une pêche intensive et les tortues, notoires croqueuses de cnidaires, voient leurs populations régresser, pour différentes raisons, notamment l'invasion des lieux de ponte par les activités humaines.

Moins de prédateurs, davantage de nourriture et des eaux plus chaudes, voilà de quoi favoriser les populations de méduses. Reste qu'il est difficile d'extraire une tendance générale de phénomènes cycliques dont la régularité n'est pas absolue. Il faudra donc poursuivre les observations pour estimer les populations de méduses mais aussi d'autres habitants de la Méditerranée. A ce jeu, tout le monde peut désormais participer grâce au beau projet Cybelle Méditerranée, lancé en 2007 par Cybelle Planète, qui rassemble des scientifiques (dont ceux de l'observatoire d'océanographie de Villefranche), des associations, des clubs et des volontaires pour établir un suivi de la biodiversité.

Affaire à suivre, donc...

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