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L'extrême en vidéo : surfer le mascaret le plus dangereux du monde

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En l'espace d'un instant, un long fleuve tranquille devient turbulent et se trouve confronté à des vagues de neuf mètres qui remontent le courant. C'est en tout cas ce qu'il se produit chaque année dans la rivière Qiantang en Chine. Vidéo et explications de ce phénomène spectaculaire.

Quand les surfers s’attaquent au mascaret de la rivière Qiantang Jiang  Les mascarets se forment lors d’épisodes de grandes marées, au niveau des rivières. Un phénomène naturel spectaculaire qui fait le bonheur des surfers… © XTreme Video, YouTube 

Les rivières sont dynamiques, elles peuvent déborder ou s'assécher, c'est bien connu. Mais parfois leur comportement est franchement étonnant, voire extrême. Il arrive que par moments, certaines vagues décident de remonter le courant. Ce spectacle impressionnant fait le bonheur des surfeurs, mais peut s'avérer hautement dangereux. La plus violente manifestation du phénomène, nommé mascaret en français, se déroule en Chine. Voici la preuve de sa puissance.

Décryptage de la vidéo : le mascaret le plus dangereux au monde

La rivière Qiantang Jiang est alimentée par le Fuchun Jiang, qui draine l'eau des montagnes de la province de Zhejiang, au sud de Shanghai. La rivière se jette dans l'océan dans la baie de Hangzhou, où l'estuaire forme un entonnoir. D'août à octobre, cette rivière est sujette au plus puissant mascaret du monde. Des vagues pouvant atteindre 8,9 m de haut déferlent à une vitesse de plus de 40 km/h. À titre de comparaison, celui de Gironde (Aquitaine) produit des vagues de 1,5 m et se déplace à seulement 12 km/h. 

Un tel événement a lieu à l'embouchure de la rivière, durant les grandes marées printanières. Rappelons qu'une marée est une oscillation forcée, générée par les attractions de la Lune et du Soleil sur la Terre. La force gravitationnelle de la Lune est plus forte que celle du Soleil, mais à la Pleine Lune ou à la Nouvelle Lune, les forces gravitationnelles des deux astres se renforcent mutuellement et donnent de plus grandes amplitudes aux marées. C'est dans ces conditions que le mascaret peut naître et remonter la rivière sur une centaine de kilomètres.

La rivière de Qiantang se jette dans la baie de Hangzhou, où l'estuaire adopte une forme d'entonnoir. La largeur de l'estuaire est d'une centaine de kilomètres dans la baie, et se réduit à seulement quelques kilomètres à l'embouchure de la rivière. Lorsque le mascaret se forme, il se propage sur plus de 100 km en amont de l'embouchure. © Google Map

Un mascaret est un mouvement non stationnaire, généré par une élévation rapide du niveau de la mer. À l'embouchure de la rivière, il se produit un ressaut hydraulique. Le canal est de faible profondeur et la longueur d'onde des vagues est très grande. Dans ces conditions, la vitesse des ondes de surface est proportionnelle à la bathymétrie du milieu, c'est-à-dire à la profondeur du canal. Donc, lorsque la marée arrive à l'embouchure du canal, comme la profondeur diminue, l'onde ralentit. Au fur et à mesure, le bord d'attaque de l'onde devient de plus en plus raide et forme un front abrupt : le mascaret. Le ressaut hydraulique est associé au fait que la bathymétrie du canal change, et la marée passe d'un écoulement torrentiel (où la vitesse de courant est supérieure à la vitesse des vagues du liquide) à un écoulement fluvial (cas inverse).

L’après-vidéo : les vagues peuvent être redoutables

Dans le monde, il existe huit principaux mascarets. Celui du Qiantang est de loin le plus puissant et le plus dangereux. Chaque année, des groupes de touristes se rendent au bord du Qiantang pour observer cette superbe curiosité naturelle, mais régulièrement des imprudents ainsi que des surfeurs se font emporter par la vague. Le mascaret brésilien d'Araguari est le deuxième plus violent, ses vagues atteignent 6 m de haut et la vitesse de propagation avoisine les 30 km/h. Chaque année les surfeurs viennent s'y frotter en présence des piranhas.

Les mascarets sont des vagues redoutables, mais au même titre que les tsunamis, ils sont en théorie relativement prévisibles. Ce n'est en revanche pas le cas des vagues scélérates, dont l'amplitude et l'intensité sont complètement inattendues. Ces vagues, longtemps non reconnues par la communauté scientifique, peuvent atteindre 30 m de haut, et ce en pleine mer ! Leur mécanisme de formation est aujourd'hui inconnu. On sait seulement qu'elles ne sont ni amorcées par la formation d'une tempête, ni par un glissement de terrain ou un séisme (qui génère les tsunamis par exemple). Mystère donc sur ces géantes des mers au caractère imprévisible, et prudence lors des baignades en rivière...

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Publiée toutes les deux semaines sur Futura-Sciences, la chronique L’extrême en vidéo décrypte des phénomènes naturels ou des exploits humains à couper le souffle. La nature déchaînée, mystérieuse ou étonnante, et les Hommes qui risquent leur vie pour l'explorer seront les thèmes de ces séquences spectaculaires que nous analyserons avec l'œil du scientifique.

Les mascarets se forment lors des grandes marées. En France, il n'en existe qu'un en Aquitaine. Il se produit lorsque le coefficient de marée est de l'ordre de 100. © Val_tho, Flickr, cc by nc sa 2.0