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Antarctique : un courant océanique ralentit à chaque seconde

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Les courants océaniques profonds sont mis en mouvement par l'arrivée d'eau froide et dense à de grandes profondeurs, notamment aux pôles. Or, 8,2 millions de mètres cubes d'eau de fond de l'Antarctique disparaîtraient à chaque seconde depuis au moins trente ans. Reste à savoir si ce phénomène est cyclique ou pas...

Cartographie de l'épaisseur de la couche d'eau présentant une température de moins de 0 °C dans le fond des océans autour de l'Antarctique (l'eau salée gèle à environ -2 °C). Les chiffres rouges indiquent le nombre de mètres perdus tous les dix ans pour chaque bassin. Ceux-ci sont séparés par les lignes noires. © NOAA

Les courants marins influencent notre climat et jouent un rôle crucial dans le cycle du carbone. Certains sont dits « de surface », ils naissent sous l'action des vents. D'autres s'écoulent à de grandes profondeurs, sous la majorité de nos mers et océans, grâce à la circulation thermohaline. Les principaux moteurs de ces courants sont des variations de température et de salinité, deux paramètres qui influencent directement la densité de l'eau.

En Europe, les termes « courant marin » et  « climat » font souvent penser au Gulf Stream. Bien que sa vitesse n'ait pas beaucoup varié ces dernières années, de nombreuses hypothèses prévoient son arrêt si la température moyenne de la Terre continue d'augmenter. Nous sommes même tellement focalisés sur ce sujet que nous en avons oublié un point important : les courants de l’Atlantique nord ne sont pas les seuls à conditionner notre climat !

D'autres courants moins célèbres sous nos latitudes font également l'objet d'études scientifiques depuis de nombreuses années. En Antarctique, les eaux de fond, dont la formation en surface participe activement à la mise en mouvement des courants marins profonds, sont suivies depuis 1980. Sarah Purkey, de l'université de Washington, et Gregory Johnson, de la NOAA, viennent de publier des résultats étonnants dans la revue Journal of Climate. L'épaisseur de la couche d'eau froide circulant sur le plancher océanique chute de manière importante à chaque seconde.

La circulation thermohaline dans le monde. Les traits bleus et rouges représentent respectivement les courants profonds d'eaux froides (deep current) et les courants chauds de surface (surface current). Les deux zones où l'eau froide plonge sont également indiquées (deep water formation). Elles se situent dans la mer de Wedell et dans l'océan Antarctique. © AVSA, Wikimedia commons, CC by-sa 3.0

Antarctique : les eaux froides coulent de moins en moins

Ces eaux de fond naissent principalement dans la mer de Weddell. Des masses d'air froides abaissent progressivement la température des eaux de surface qui se transforment alors en glace, libérant de grandes quantités de sel et provoquant une augmentation de la densité des eaux environnantes. Celles-ci se mettent alors à couler, à s'accumuler sur le fond puis à se diriger vers le nord. 

Les scientifiques ont pu quantifier le volume d'eau froide perdu à chaque seconde par le courant marin le plus profond du monde. Le chiffre est impressionnant : 8,2 millions de m3. Par comparaison, cette valeur représente 500 fois le débit du Mississippi ou un quart du flux du Gulf Stream au niveau de la Floride. Par conséquent, l'épaisseur de la couche d'eau froide recouvrant le fond des mers diminue de plus en plus. 

Les mesures ont été prises à un intervalle de dix ans, durant quatre campagnes océanographiques menées dans le cadre d'un programme de surveillance  international (Go-Ship). Les mêmes résultats ont été obtenus à chaque reprise. Les deux scientifiques ne tirent cependant pas la sonnette d'alarme. Selon eux, les études doivent se poursuivre dans le temps pour confirmer la tendance. Ils n'excluent pas la possibilité que ces variations soient cycliques.

D'autres études ont déjà montré que les eaux profondes se réchauffaient progressivement et étaient de moins en moins salées. Ces nouveaux résultats traduisent ces deux découvertes d'une autre manière : les eaux de fond disparaissent. Quoi qu'il en soit, ce phénomène aurait déjà contribué à hauteur de 10 % à l'augmentation de la température des océans.

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