Ces méduses sont en plastique et peuvent être ingérées par des animaux qui font la confusion entre les deux, comme nous le rappelait l’association Surf Rider avec cette image. La vitesse de fragmentation et le destin océanique de cette matière plastique restent encore très mal connu. © Surfrider

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Il y aurait 269.000 tonnes de déchets plastiques dans les océans

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Une étude internationale donne la première estimation de la quantité de déchets en plastique dans l'océan mondial. Une mauvaise et une bonne nouvelle : il y en a beaucoup - près de 269.000 tonnes et ce serait « un minimum » -, mais il y aurait nettement moins de microdéchets que prévu.

Publiée dans la revue scientifique Plos One, cette étude internationale (Afrique du Sud, Australie, Chili, États-Unis, France et Nouvelle-Zélande) donne pour la première fois une estimation globale des morceaux de matière plastique flottant dans l'océan mondial. Le travail repose sur les mesures réalisées dans tous les océans (en 1.571 endroits), comme vient de le faire l'expédition Tara en Méditerranée, et sur les modèles de courants océaniques. Résultat brut : 5,25 milliards de morceaux de toutes tailles pour une masse totale de 268.940 tonnes, soit environ 26 tours Eiffel. Les grands morceaux (plus de 20 cm) pèseraient 233.400 tonnes. Les auteurs insistent : leur estimation est prudente et doit être considérée comme un minimum.

Les déchets de plastique sont partout, plus nombreux dans l'hémisphère Nord, mais, pour les petites tailles, de très peu, ce qui n'était pas attendu. Au sud, l'océan Indien est davantage « plastifié » que l'Atlantique sud et le Pacifique sud réunis. La surprise (bonne ?) vient de la quantité de déchets de petite taille, inférieure à 4,75 mm. Ils représentent 92 % du total en nombre, mais seulement 13 % en masse. Parmi eux, le nombre des plus petits de l'étude (0,33 à 1 mm) n'est que de 40 % de la catégorie 1-4,75 mm. Les auteurs soulignent que c'est beaucoup moins que ce qu'indiquaient toutes les estimations établies précédemment par calcul.

La répartition constatée des déchets de plastique, en nombre de pièces par kilomètre carré, dans les 4 catégories de tailles considérées : 0,33-1,00 mm, 1,01-4,75 mm, 4,76-200 mm et plus de 200 mm. Pour les plus petits, les deux hémisphères sont presque à égalité, une surprise pour les océanographes qui s’attendaient à une proportion plus forte dans le nord. © Marcus Eriksen et al.

Les déchets de plastique ne restent pas toujours en surface

Selon eux il est possible que la fragmentation des grandes pièces de plastique soit plus faible que prévu, ou que l'apport de bouteilles et autres emballages soit plus élevé que ce qu'on l'on considère. Quoi qu'il en soit, cette disproportion, expliquent-ils, suggère qu'il existe un mécanisme inconnu extrayant les plus petits déchets de la surface pour les envoyer en profondeur. Hypothèses envisagées : la dégradation par les UV, le grignotage par les organismes vivants (comme l'expliquait un précédent article), ingestion par les animaux, échouage, alourdissement de gros morceaux par des animaux fixés, ce qui les ferait couler...

Avec une production mondiale de 288 millions de tonnes en 2012, cette quantité flottante serait donc de 0,1 %. Une proportion très faible, donc. Les auteurs rappellent toutefois que leurs estimations sont « prudentes » et que des gisements de plastique échappent à leur étude : les côtes, les sédiments sous-marins, le volume d'eau entre la surface et le fond et les organismes vivants eux-mêmes. Même s'il y a accumulation dans les fameux gyres au cœur des courants océaniques, « la surface de l'océan n'est pas la destination ultime des déchets de plastique ».

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