Les pentes du volcan Llullaillaco font partie des endroits les plus hostiles au monde. © Alex1jas

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Ce petit mammifère de l’extrême vit à plus de 6.000 mètres d’altitude

ActualitéClassé sous :mammifère , record d'altitude , adaptation aux hautes altitudes

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Qu'est-ce qui est gris ou beige pâle, pèse 55 grammes, possède de grandes oreilles touffues et que l'on trouve à 6.000 mètres d'altitude ? Réponse : la souris à oreilles jaunes, également appelée souris à oreilles fourrées de Patagonie (Phyllotis xanthopygus). Cet animal vit dans la Cordillère des Andes, dans des endroits où il n'y a plus trace de végétation.

En 2013, le médecin urgentiste américain Matt Farson n'en croit pas ses yeux lorsqu'à 6.200 mètres d'altitude, il croise un petit rongeur filant sous son nez alors qu'il tente l'ascension du Llullaillaco, un sommet de 6.739 m situé dans la Cordillère des Andes à la frontière entre l'Argentine et le Chili. Les pentes du volcan, toujours actif, sont connues pour être l'un des endroits les plus inhospitaliers de la planète, avec un taux d’oxygène deux fois moindre qu'au niveau de la mer, un paysage lunaire balayé par les rafales de vents, des températures pouvant descendre à -50 °C l'hiver et monter jusqu'à 32 °C sur les rochers durant l'été.

Un habitat qui s’étend de 0 à 6.200 mètres

Matt Farson a tout juste le temps de photographier l'animal et partage sa trouvaille avec Scott Steppan, un spécialiste des souris à l'université de Floride du Sud. Ce dernier soupçonne qu'il s'agit d'une souris à oreilles jaunes, une espèce certes connue pour habiter en altitude, mais que l'on trouve aussi dans les champs au niveau de la mer. « Cela signifie que c'est aussi l'animal capable de vivre avec le plus grand écart d'altitude, s'enthousiasme le scientifique. C'est tout simplement extraordinaire ». Une seconde expédition, organisée en 2016, confirme cette présomption. Les chercheurs parviennent à trouver un autre spécimen et à prélever des échantillons de terre autour du terrier, dont l'analyse ADN correspond exactement à celle de Phyllotis xanthopygus.

La souris à oreilles jaunes (Phyllotis xanthopygus) vit jusqu’à 6.000 mètres d’altitude. © Guillermo Feuerhake, Flickr

Le précédent détenteur du record, le pika à grandes oreilles (Ochotona macrotis) avait déjà été observé à 6.120 mètres d'altitude, soit 80 mètres plus bas. La différence est que la souris à oreilles jaunes semble vivre de façon permanente à ces hauteurs. La petite taille du spécimen observé suggère en effet qu'il s'agit d'un jeune souriceau provenant d'une colonie et non d'un sujet solitaire qui se serait aventuré ici par hasard.

Une physiologie spécialement adaptée

Mais comment un animal si chétif peut-il survivre aux conditions extrêmes qui règnent à ces hauteurs ? Jay Storz, un biologiste de l'université du Nebraska a longuement étudié la souris à pattes blanches, l'équivalent nord-américain de la souris à oreilles jaunes et qui vit jusqu'à 4.000 m d'altitude. « Ces animaux survivent grâce à un ensemble d'adaptations physiologiques, comme un métabolisme musculaire ralenti et un système cardiovasculaire spécialisé », explique-t-il au National Geographic. La souris à oreilles jaunes possède aussi beaucoup de tissu adipeux brun, qui assure la thermogenèse notamment chez les animaux hibernants.

Il reste toutefois des questions sans réponses. Que peut bien manger le rongeur à une altitude où la seule végétation consiste en de rares plaques de lichen sur les rochers ? Scott Steppan suggère que le petit animal pourrait bénéficier de débris de nourriture transportés par le vent, mais cela semble trop insuffisant. Cette petite souris constitue en tout cas une preuve supplémentaire que les êtres vivants possèdent des capacités d'adaptation insoupçonnées.

  • La souris à oreilles jaunes vit en Patagonie jusqu’à 6.200 mètres d’altitude.
  • C’est non seulement le mammifère qui vit aux plus hautes altitudes, mais aussi le seul à pouvoir établir son habitat et à s'adapter indifféremment à d'aussi grandes amplitudes aussi bien thermiques que d'altitudes.
  • Sa physiologie spécialement adaptée lui permet de survivre aux difficiles conditions climatiques.
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