Les lucioles feraient partie des insectes menacés d’extinction. En cause, la destruction de leur habitat, la pollution lumineuse et l’utilisation d’insecticides. © Fotoschlick, Adobe Stock

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Insectes : un demi-million d’espèces en danger d’extinction !

ActualitéClassé sous :insectes , effondrement du nombre d'insectes , destruction des habitats

Depuis le début de l'ère industrielle il y a environ 200 ans, les experts estiment que 5 à 10 % des espèces d'insectes ont déjà disparu. Et le rythme de ces extinctions pourrait bien s'emballer, nous alertent-ils aujourd'hui. Tout en nous suggérant quelques solutions pour inverser la tendance.

C'est un nouveau signal d’alerte que les scientifiques lancent à l'humanité. Sur notre Planète, un million d'espèces animales et végétales risquent actuellement l'extinction. Et selon les experts, la moitié d'entre elles seraient des insectes« C'est extrêmement préoccupant. D'autant que nous ne parlons là que de la partie émergée de l'iceberg », a déclaré à l'AFP Pedro Cardoso, biologiste à l'université d'Helsinki (Finlande) et principal auteur de cet état des lieux.

Les activités humaines sont responsables de la disparition des insectes

« Seulement 10 à 20 % des espèces d’insectes et d'autres d'invertébrés ont été décrites et nommées. Et parmi celles-ci, nous en savons généralement très peu. À peine une brève description, peut-être une partie du code génétique et un seul habitat », poursuit le chercheur. « Mais une chose est certaine, les activités humaines sont responsables de pratiquement toutes les disparitions d'insectes observées. »

Les principales causes identifiées par les chercheurs sont les suivantes : les destructions d'habitats, la pollution - y compris celle liée à des pratiques agricoles néfastes -, les espèces invasives, le réchauffement climatique, la surexploitation - pour l'alimentation par exemple - ou encore l'extinction d'espèces interdépendantes.

Les insectes comestibles ont toujours fait partie du régime alimentaire des hommes. Et à travers le monde, certains rapportent que les récoltes sont aujourd’hui de plus en plus longues et délicates, vraisemblablement du fait d’une augmentation du nombre de récolteurs et d’une diminution du nombre d’insectes. Longtemps considérée comme inépuisable, la ressource ne l’est finalement pas réellement. © nicemyphoto, Adobe Stock

Il y a urgence à préserver les insectes

« Une espèce d'insecte qui disparaît, ce n'est pas juste une espèce de plus éteinte. C'est aussi la perte d'un élément de la chaîne alimentaire, de gènes uniques ou de substances qui pourraient nous manquer un jour pour guérir une maladie », ajoute Pedro Cardoso. Sans parler des services rendus par les insectes aux écosystèmes : la pollinisation, le compostage, le cycle des nutriments et la lutte contre les ravageurs.

C'est pourquoi en parallèle, un autre article scientifique propose des solutions pratiques pour enrayer la machine. Des solutions à mettre en œuvre à l'échelle de tout un chacun. Parmi elles :

  • éviter de tondre sa pelouse trop fréquemment pour offrir aux insectes abris et nourriture ;
  • éviter les pesticides ;
  • planter des arbres indigènes ;
  • ne pas ramasser les feuilles mortes.

Mais, si ce que nous faisons à l'échelle de nos jardins peut avoir un impact local, « seuls une prise de conscience collective et un effort coordonné pourront rétablir les populations d'insectes à l'échelle de la planète », prévient Michael Samways, chercheur à l'université de Stellenbosch (Afrique du Sud). À quoi pense-t-il plus exactement ? À la transformation des pratiques agricoles, par exemple. Ou à la conservation des forêts primaires. Mais aussi, bien sûr, à la limitation du réchauffement climatique.

  • L’humanité pousse de nombreux écosystèmes au-delà de leurs limites ce qui entraîne la disparition massive d’insectes.
  • Or les insectes rendent à l’humanité des services essentiels et irremplaçables.
  • Des solutions existent pour sauver les espèces menacées.
Pour en savoir plus

Le déclin des insectes est plus important que prévu

Des papillons les plus enchanteurs aux moustiques les plus agaçants, il existe près d'un million d'espèces d'insectes sur notre Planète. Peut-être plus. Mais aujourd'hui, des chercheurs nous apportent des preuves irréfutables du déclin à grande échelle du nombre et de la diversité de ces insectes et, plus largement, des arthropodes.

Article de Nathalie Mayer paru le 09/11/2019

Dans les prairies, la richesse en espèces d’arthropodes a diminué de 34 % entre 2008 et 2017. La biomasse et le nombre d’individus ont, quant à eux, chuté respectivement de 67 % et de 78 %. C’est ce que rapportent aujourd’hui des chercheurs de l’université de Munich (Allemagne). © Pezibear, Pixabay License

Les populations d’insectes sont en danger. L'étude présentée aujourd'hui par des chercheurs de l'université de Munich (Allemagne) n'est pas la première à en arriver à cette conclusion. Mais, là où les précédentes études s'intéressaient à la biomasse -- c'est-à-dire au poids total de tous les insectes -- ou à des espèces en particulier, celle-ci se veut bien plus large.

Les chercheurs ont collecté plus d'un million d'insectes sur quelque 300 sites en Allemagne. Résultat : parmi les 2.700 espèces étudiées, nombre d'entre elles sont en déclin. Que ce soit dans les régions forestières ou dans les prairies, les scientifiques ont dénombré environ un tiers d'espèces d'insectes en moins entre 2008 et 2017. Et certaines espèces, déjà rares, semblent même avoir disparu.

Pour les chercheurs de l’université de Munich (Allemagne), l’agriculture est responsable du déclin marqué des insectes depuis quelques années. Pourtant, elle dépend énormément des capacités de pollinisation de ces mêmes insectes. © PublicDomainPictures, Pixabay License

L’agriculture sur le banc des accusés

Tous les sites étudiés sont concernés. Y compris les forêts « vierges » situées dans des zones protégées. Toutefois, les pertes les plus importantes ont été enregistrées dans des prairies situées à proximité de terres cultivées de manière intensive. Les espèces les plus touchées étant aussi celles qui sont les moins mobiles. Une baisse de pas moins de 67 % de la masse totale des insectes a été enregistrée dans ces zones. Un déclin que les scientifiques attribuent naturellement aux pratiques agricoles.

Dans les zones boisées, les insectes les plus touchés sont ceux qui sont capables de couvrir de longues distances. Peut-être parce que ces insectes peuvent également se trouver en contact avec l'agriculture« Mais des études supplémentaires seront nécessaires pour le confirmer », conclut Martin Gossner, chercheur.


Les insectes pourraient avoir disparu de la surface de la Terre d’ici 100 ans !

Qu'ils volent ou qu'ils rampent, les insectes ne sont pas de ceux dont nous aimons à nous émouvoir. Pourtant, de leur survie dépend aussi celle de nombreux écosystèmes. Et aujourd'hui, les chercheurs sont inquiets. Selon eux, les insectes pourraient avoir disparu de la surface de la Terre d'ici 100 ans.

Article de Nathalie Mayer paru le 16/02/2019

Une extinction de masse est en cours dans le monde des insectes. En cause : la destruction de leurs habitats. La coccinelle fait partie de l’ordre des coléoptères, l’un des plus menacés. © blackdiamond67, fotolia

Quelque 86 % de papillons monarques en moins en Californie et 76 % d'insectes volants en moins au cours des trois décennies écoulées en Allemagne. Des abeilles en difficulté. Depuis quelques années, les observations scientifiques pouvaient laisser craindre le pire. Aujourd'hui, un rapport confirme le déclin généralisé des populations d'insectes à travers le monde. Selon ces chercheurs qui ont compilé 73 études menées sur 40 ans, plus de 40 % des espèces d'insectes sont en déclin dans le monde et un tiers des espèces sont en voie de disparition.

« Cela se passe à une vitesse incroyable. Dans 100 ans, tous les insectes pourraient avoir disparu de la surface de notre planète, s'inquiète Francisco Sanchez-Bayo, biologiste à l'université de Sydney (Australie). Si ce déclin ne peut pas être enrayé, cela aura des conséquences catastrophiques pour les écosystèmes de la planète et pour la survie de l'humanité. »

Car les insectes, s'ils ont toujours un peu mauvaise presse, apparaissent pourtant indispensables à la pollinisation des plantes. Ils savent aussi recycler les nutriments. Et ils servent de nourriture de base à un certain nombre d'autres animaux comme les oiseaux, les reptiles, les amphibiens ou encore les poissons.

Selon une étude, l’état de la biodiversité des insectes est « épouvantable » et leur biomasse diminue d’environ 2,5 % par an. © ROverhate, Pixabay, CC0 Creative Commons

Une destruction des habitats fatale

La plupart des travaux sur lesquels reposent ces conclusions alarmantes ont été menés en Europe ou en Amérique du Nord. Il reste donc de larges régions du globe pour lesquelles les données sont manquantes. Mais les chercheurs ne se montrent pas optimistes à cet égard. « La situation pour les invertébrés tropicaux semble encore pire. L'ampleur du déclin mondial pourrait même avoir été sous-estimée », commente Georgina Mace, chercheur au University College London (Royaume-Uni).

L'ampleur du déclin pourrait être sous-estimée

La faute au changement climatique dont les effets sur des insectes tropicaux peu tolérants aux variations de température commencent à se faire ressentir. Pourtant selon le rapport, le réchauffement climatique est loin de constituer la plus grande menace pour les insectes du monde. La principale cause de leur déclin reste la destruction des habitats due à l'agriculture intensive et à l'urbanisation. La pollution aux pesticides et aux engrais ainsi que les espèces invasives ou les agents pathogènes n'arrivent qu'ensuite.

Lépidoptères, hyménoptères, coléoptères sont les taxons terrestres les plus touchés. Du côté des écosystèmes humides, quatre taxons majeurs que sont les odonates, les plécoptères, les trichoptères et les éphéméroptères ont déjà perdu une proportion considérable d'espèces. Et même si des espèces plus généralistes et plus tolérantes aux changements investissent déjà les niches laissées vacantes, la situation est préoccupante. Face à un taux de mortalité huit fois plus rapide que celui des mammifères, des oiseaux ou des reptiles, les chercheurs appellent notamment à repenser les pratiques agricoles actuelles.


Les populations d’insectes se sont effondrées en trois décennies

Des données avaient déjà attiré l'attention sur le déclin inquiétant du nombre d'abeilles ou de papillons. Aujourd'hui, des chercheurs allemands publient des chiffres encore un peu plus alarmants. Le déclin atteindrait 75 % et semble se généraliser à l'ensemble des populations d'insectes volants. 

Article de Nathalie Mayer paru le 19/10/2017

L'avez-vous remarqué ? Nous passons de moins en moins de temps à nettoyer nos pare-brise des insectes volants morts qui s'y sont écrasés. Une étude menée par des chercheurs de la Krefeld Entomological Society (Allemagne) suggère aujourd'hui que c'est tout simplement parce que le nombre d'insectes volants a dramatiquement diminué ces dernières années.

Selon des relevés réalisés dans 63 réserves naturelles situées en Allemagne de l'ouest et du nord, entre Bonn et Cologne et jusqu'au sud de Berlin, la quantité d'insectes volants (en nombre d'individus) aurait ainsi chuté, au cours de ces 27 dernières années, de pas moins de 76 %. Avec un pic durant la saison estivale à moins 82 % !

Pour compter les insectes, les entomologistes allemands ont utilisé des pièges Malaise comme celui-ci, installé en forêt en Guyane. © G. Lamarre, Q. Molto, P. Fine et C. Baraloto, Wikipedia, CC by 3.0

Un déclin encore inexpliqué

Les insectes n'ont pas toujours bonne presse auprès du public, mais pourtant une perte, tant en diversité qu'en nombre d'individus, peut provoquer des effets en cascades sur la chaîne alimentaire. Et mettre ainsi en péril tout un écosystème. D'où l'intérêt que les chercheurs portent à la question.

Y répondre n'est pas simple. Le déclin observé par les entomologistes allemands reste à ce jour inexpliqué. Leurs tentatives de le corréler à des changements de conditions météorologiques, de paysages ou de couverture végétale semblent avoir échoué. Ils ne peuvent qu'imaginer -- sans preuve formelle pour l'heure -- que la proximité de terres cultivées en agriculture intensive et l'utilisation de pesticides dans les champs voisins pourraient avoir joué un rôle.

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