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Record : un cratère d'impact vieux de 3 milliards d'années au Groenland

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Après quelques années d'études, un groupe de géologues vient de révéler que les étranges structures géologiques connues depuis un certain temps dans la région de Maniitsoq, au Groenland, devaient être les restes d'un cratère d'impact datant de 3 milliards d'années. Il s'agirait ainsi du plus ancien connu sur Terre.

Une reconstitution de la taille du cratère de Maniitsoq et sa localisation géographique au Groenland. © Geological Survey of Denmark and Greenland (GEUS)

La Lune porte les marques de la formation du Système solaire, lorsque des processus d'accrétion à l'origine de la genèse des planètes venaient de se terminer, ainsi que du Grand Bombardement tardif qui s'est produit des centaines de millions d'années plus tard. Mais sur Terre, en raison de la tectonique des plaques et parce que notre planète est vivante comme aimaient à le dire Maurice et Katia Krafft, les traces du bombardement primitif de l'Hadéen ont disparu. C'est tout juste si on peut trouver des roches datant de cette période.

Pourtant, à un moment de l'histoire passée très primitive de la Terre, une éventuelle mission spatiale extraterrestre aurait probablement contemplé des paysages géologiques cousins de ceux que la sonde lunaire Kaguya nous a fournis, comme des images lors des survols de notre satellite. On arrive tout de même à déceler de l'espace des restes de cratères d'impacts beaucoup plus jeunes et de grande taille. Le plus ancien attesté jusqu'à présent se trouve en Afrique du Sud.

Il s'agit du dôme de Vredefort dont l'âge estimé est de 2 milliards d'années. Son diamètre est, approximativement, de 300 km, à comparer aux 170 du célèbre cratère de Chicxulub qui, lui, est fort jeune, comparativement, avec ses 65 millions d'années. On estime que l'astéroïde qui frappa la Terre à Vredefort avait un diamètre de 15 km.

Sur cette image prise de l'espace, on voit nettement le dôme de Vredefort, en Afrique du Sud, dont l’âge estimé est de 2 milliards d’années. Son diamètre est approximativement de 300 km. C'est l'un des plus vieux cratères d'impact connus sur Terre. © Nasa, DP

Ce n'est peut-être pas un hasard si ce cratère a quasiment le même âge et se trouve non loin de gisements en platine parmi les plus importants du monde, ceux associés à ce qu'on appelle le Bushveld Igneous Complex (Bic). On connaît d'ailleurs d'autres gisements de minerais très importants associés à des astroblèmes. Il y a ainsi, par exemple, ceux proches du cratère Sudbury au Canada, riches en nickel et datant d'environ 1,85 milliard d'années.

On sait depuis longtemps que les météorites peuvent être riches en métaux comme le fer et le nickel. C'est pourquoi, lorsqu'en 1903, Daniel Moreau Barringer, homme d'affaires et ingénieur des mines, comprit que le cratère - portant désormais son nom en Arizona - avait été creusé par l'impact d'un petit corps céleste, il l'acheta en espérant trouver un riche gisement de fer. Malheureusement pour lui, on sait maintenant que si l'objet qui est entré dans l'atmosphère terrestre il y a environ 50.000 ans, devait bien être composé de 300.000 tonnes de fer et de nickel, avec un diamètre de 45 m, il s'est largement vaporisé lors de son impact avec la Terre.

Un géocroiseur de 30 km, il y a 3 milliards d'années

Ces exemples expliquent aussi pourquoi l'on se propose d'exploiter les astéroïdes pour y chercher le platine et les autres métaux qui permettraient, en partie à l'humanité, de trouver un nouveau souffle au moment où les indicateurs semblent confirmer que l'on s'approche du pire scénario évoqué par les membres du Club de Rome, pendant les années 1970.


Le fameux cratère Barringer, en Arizona : 170 m de profondeur et 1,1 km de diamètre. © delorayn1-YouTube

C'est en étudiant à nouveau la géologie de la région de l'Ouest du Groenland entourant la ville de Maniitsoq, à la recherche de gisements de platine et de nickel, qu'un géologue a brusquement compris que, là aussi, il y avait un lien avec la chute d'un petit corps céleste. C'était en 2009 à l'occasion d'un colloque. Adam A. Garde a alors soudain vu s'assembler les multiples pièces du puzzle sur lequel il travaillait depuis plus de 10 ans. Les diverses structures géologiques étranges dans la région Maniitsoq ont d'un seul coup pris sens : il devait s'agir des traces d'un ancien astroblème. 

Des membres du Geological Survey of Denmark and Greenland (GEUS) ont alors collaboré pendant quelques années pour étudier la question de près. Ils sont arrivés à la conclusion étonnante exposée dans un article, qu'on était en présence des restes invisibles, en surface, d'un cratère âgé de 3 milliards d'années dont le diamètre initial devait dépasser les 500 km.

Il s'agit donc du plus ancien cratère d'impact attesté actuellement. Les chercheurs pensent que l'objet qui l'a creusé devait avoir un diamètre d'environ 30 km. Inutile de dire qu'aujourd'hui, si un tel corps céleste tombait sur Terre, notre civilisation et une bonne partie de la biosphère n'y survivraient pas. Il y a très peu de risques que cela se produise mais, par sécurité, le développement des moyens permettant de dévier des astéroïdes avec un feu croisé de lasers serait une bonne chose.

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