L'origine des mégalithes de grès sarsen formant le cœur de Stonehenge aurait enfin été révélée. © Andre Pattenden, English Heritage
Planète

On aurait enfin découvert l'origine des mégalithes de Stonehenge

ActualitéClassé sous :Géologie , Stonehenge , mégalithique

Bien que Stonehenge fasse couler beaucoup d'encre dans les médias, nous savons bien peu de choses à son sujet encore aujourd'hui. Néanmoins, l'un de ses secrets vient d'être percé à jour par un duo d'irréductibles chercheurs.

Cela vous intéressera aussi

[EN VIDÉO] L’énigme des solstices de Stonehenge  Traditionnellement, ils sont des milliers à se réunir sur le site de Stonehenge (Grande-Bretagne) pour célébrer le début de l’été. Mais le solstice d’été 2020 ne sera pas tout à faire comme les autres. Si la Terre ne s’est pas arrêtée de tourner, la crise du coronavirus est tout de même passée par là. Cette année, pour des raisons sanitaires, le site restera fermé au public. 

L'incroyable architecture de Stonehenge en fait l'un des monuments historiques les plus précieux et fascinants de Grande-Bretagne. De nombreuses questions entourent depuis plus de quatre siècles sa construction, son utilité, son emplacement ou encore l'origine et le transport des colossaux blocs de pierre qui la composent. Dans une nouvelle étude, parue dans la revue Science Advances, le géoscientifique David Nash et son collaborateur Timothy Darvill, archéologue, proposent une réponse inédite à cette dernière question.

Prise d'empreintes géochimiques

Deux types de roches principaux forment le cercle de Stonehenge : les mégalithes sont formés de grès dit « sarsen », tandis que les roches de plus petite taille, baptisées pierres bleues, sont d'origine volcanique ou composées de grès. De nombreuses études et la découverte d'anciennes carrières ont amené les chercheurs à suggérer que les pierres bleues magmatiques proviendraient des collines de Preseli, au sud-ouest du pays de Galles, à plus de 200 kilomètres du site. Néanmoins, une seule étude s'est jusqu'à présent penchée sur la provenance des mégalithes de grès, érigés au milieu du troisième millénaire avant notre ère, et formant l'architecture principale de Stonehenge.

Grâce à une nouvelle approche géochimique et statistique développée durant ses travaux au sud de l'Afrique, Nash et Darvill sont enfin parvenus à faire parler la pierre. Celle-ci a d'abord été soumise à un examen de sa composition chimique à l'aide d'un analyseur portable par fluorescence de rayons X (p-XRF), chargé de bombarder la pierre de rayonnements X de haute intensité, puis de mesurer la fluorescence X émise en retour. « Mener les analyses p-XRF exigeait d'accéder au monument lorsqu'il était fermé aux visiteurs, ce qui a mené à plusieurs rondes de nuit et à un petit matin passés à analyser les pierres de linteau depuis un échafaudage mobile. La collecte de données n'est jamais simple ! », se remémorent les chercheurs.

Le chercheur David Nash, étudiant le cœur du bloc 58 du cercle de Stonehenge. © Sam Frost, English Heritage

De nouvelles réponses pour les mégalithes de Stonehenge

En comparant leurs résultats avec l'empreinte géochimique d'autres grès sarsens de la région, le duo de chercheurs a enfin pu préciser la provenance des roches. « On présume généralement que les sarsens ont été amenés à Stonehenge depuis les Marlborough Downs, à environ 30 kilomètres au nord : la région la plus proche possédant de nombreux blocs de sarsen. Cependant, les Marlborough Downs sont immenses, et nous avons besoin d'une plus grande précision pour comprendre comment des populations préhistoriques ont exploité le paysage et ses ressources. »

Leurs résultats indiquent que la plupart des mégalithes auraient pour origine West Woods, au sud-ouest de Marlborough. Grâce à cette nouvelle localisation, les chercheurs offrent de plus amples éléments afin de déterminer quelle trajectoire aurait été empruntée pour transporter les blocs de 30 tonnes jusqu'à leur destination finale. « Nous pouvons compatir avec les personnes du Néolithique qui ont pris part à cet effort collectif et réfléchir à la manière dont ils ont accompli cette tâche herculéenne. »

Pour en savoir plus

Stonehenge : l'origine des pierres bleues enfin connue...

Article de Quentin Mauguit, publié le 21 décembre 2011

Stonehenge est certainement l'ensemble mégalithique le plus célèbre au monde. Il doit notamment sa célébrité à l'importance de la taille des mégalithes qui le composent et à sa sophistication architecturale. Alors que les scientifiques résolvent peu à peu les énigmes liées à sa structure et à sa fonction au cours de l'histoire, des incertitudes planaient encore jusqu'il y a peu sur la provenance de certaines des pierres composant l'édifice. Jusqu'il y a peu... car deux chercheurs viennent de résoudre une partie du mystère.

Le site de Stonehenge est composé d'un ensemble de cercles concentriques de menhirs aux origines variées. Le caractère majestueux du site lui a valu d'être inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Sa construction s'est étendue de 3000 ans à 1600 ans av. J.-C. Les compositions minéralogiques de certains menhirs observés ont particulièrement attiré l'attention des scientifiques.

Le cercle intérieur de Stonehenge est composé de pierres bleues, qui ont suscité beaucoup d'étonnement dans la communauté scientifique. En effet, les roches bleues sont présentes à l'état naturel dans la région du Pembroke (à l'extrême ouest du pays de Galles), soit à plus de 240 km du site de Stonehenge ! Afin de lever toute ambigüité sur l'origine des pierres, les Dr Bevins et Ixer, appartenant respectivement au Muséum national du pays de Galles et à l'université de Leicester, ont réalisé des études pétrographiques. Cette discipline consiste à étudier la structure chimique et minéralogique des roches. Leurs résultats ont confirmé le lien existant entre Stonehenge et le Pembroke. Non contents d'avoir pu établir ce lien, ils ont profité de leurs travaux pour déterminer avec précision le lieu où les pierres ont été extraites... et là, surprise !

Les dernières hypothèses plaçaient la zone d'origine des pierres dans la région de Preseli Hills. Or, les chercheurs ont montré que les pierres bleues provenaient en réalité d'une région située plus au nord dans une localité nommée Craig Rhos-y-felin, à proximité de Pont Saeson (voir la carte). Neuf mois d'études ont été nécessaires pour arriver à cette conclusion. Durant ce temps, les deux chercheurs ont parcouru toute la région de Pembroke et ont prélevé des centaines d'échantillons de roches affleurant en surface. C'est en comparant les rhyolites de Craig Rhos-y-felin et de Stonehenge qu'ils ont pu souligner que les compositions des roches observées sur les deux sites présentaient un pourcentage de similitude de 99 %. Par conséquent, la zone d'origine des pierres bleues a pu être, dans un premier temps, limitée à quelques centaines de mètres carrés. En persévérant, les deux chercheurs sont même parvenus à délimiter dans un second temps une zone de quelques dizaines de mètres carrés comme étant celle de la provenance des pierres.

Carte du Royaume-Uni montrant la distance qui sépare Stonehenge de Preseli Hills et de Pont Season (petit point au nord-est de Preseli Hills). © Heritage key

En quoi la position du site d’origine est elle importante ?

Maintenant que les lieux d'origine et de destination des pierres bleues sont connus, les chercheurs vont pouvoir focaliser leur attention sur la manière dont les pierres ont été transportées jusqu'à Stonehenge. Une des hypothèses retenue jusqu'à présent supposait que les pierres avaient été transportées par radeau le long du canal de Bristol et de la rivière Avon. Cela avait un sens lorsque le point d'origine se situait à... Preseli Hills. Elle est donc aujourd'hui mise à mal puisque le site d'origine a changé et que beaucoup de spécialistes pensent que le transport des pierres pas voie terrestre jusqu'à la côte est impossible.

Une hypothèse alternative a dès lors refait surface. Et si les pierres bleues avaient été transportées naturellement ? Selon certains scientifiques, les blocs de rhyolite auraient pu être transportés sur de longues distances par des glaciers durant la dernière la période glacière. Là encore une autre question se pose : pourquoi ne retrouve-t-on pas d'autres roches issues du Pembroke dans la région abritant Stonehenge ? Il serait étonnant que les glaciers n'aient transporté que les roches nécessaires à la construction de Stonehenge.

Quoi qu'il en soit, Stonehenge n'a pas encore livré ses secrets et les prochaines décennies devraient nous apporter de nombreuses autres réponses à nos interrogations.  

Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités du jour. Toutes nos lettres d’information

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !