A gauche, le versant sud du Mont St Helens durant la phase paroxysmale, après l'éruption du 18 mai 1980. A droite, la forêt de North Fork Toutle, dévastée, le 22 août 1980. Crédit USGS/Cascades Volcano Observatory

Planète

Il y a 30 ans, le Mont St Helens explosait

ActualitéClassé sous :géologie , Volcanologie , Mont St Helens

En 1980, survenait dans l'ouest des Etats-Unis l'une des éruptions les plus violentes de ces derniers millénaires. Le Mont St Helens était en activité depuis quelques semaines lorsque, le 18 mai 1980 au matin, toute la partie sommitale explosa, changeant l'aspect du volcan et de la région pour les années à venir...

Printemps 1980. Voilà quelques semaines que le Mont St Helens, volcan situé à 150 kilomètres de Seattle, montre les signes d'une activité magmatique en profondeur alors que le massif montagneux de la chaîne des Cascades, produit de la collision entre la plaque Pacifique et le continent nord-américain, était endormi depuis 1842. L'augmentation croissante des tremblements de terre secouant cette région de l'Etat de Washington pousse l'USGS (Service géologique américain) à mettre la montagne sous surveillance permanente dans l'attente d'une éruption, mettant fin à une phase de 150 ans d'inactivité.

Le 27 mars puis le 29 mars, une série d'éruptions phréato-magmatiques (éruptions de vapeur chauffées par le magma) et gazeuses sont visibles au sommet du cratère. Cinq jours plus tard, devant des signes de plus en plus alarmants d'une imminente éruption majeure, le gouverneur de la région déclare l'état d'urgence. La zone entourant le volcan sera quelques semaines plus tard totalement interdite à la population.

A gauche, l'éruption phréatique du Mont St Helens, le 27 mars 1980. A droite, le dôme cryptomagmatique au mois d’avril (cliquer sur l'image pour l'agrandir). Les signes annonciateurs d'une éruption majeure et imminente sont réunis. L'état d'urgence a été décrété et les habitants ont quitté la région. Crédit : USGS / Cascades Volcano Observatory

Durant les semaines qui suivent, malgré l'absence d'éruptions, la forme du volcan se modifie et une énorme bosse de lave solidifiée grossit de deux mètres par jour sur le flanc nord de l'édifice. Un mois plus tard, ce dôme adventif s'élève à plus de 120 mètres de hauteur et remplit une bonne partie d'un ancien cratère formé 350 ans plus tôt. Au début de ce mois de mai, une activité volcanique mineure reprend sur le pourtour du dôme de lave, attirant les touristes dans la région. Cette activité cessant le 16 mai, la plupart de ces visiteurs non scientifiques quittent la région.

Le 18 mai à 7 heures du matin, le géologue David A. Johnston transmet les données télémétriques sur l'état du volcan. Celui-ci semble en activité normale, les émissions de dioxyde de soufre, la température et la croissance du dôme, qui atteint maintenant 150 mètres de haut, ne montrent rien d'anormal.

Des roches lancées à 250 km/h

A 8 heures 32 minutes et 17 secondes, un tremblement de terre de magnitude 5,1 sur l'échelle de Richter se déclenche sous la pente nord du volcan, entraînant l'un des plus gros glissements de terrain jamais enregistrés par l'Humanité. La masse de roches mise en mouvement se déplace à 250 km/h sur des distances de plus de 20 kilomètres, recouvrant des vallées entières de plus 200 mètres de gravats en moyenne. L'événement sera pris en photos par des touristes de la région qui seront sauvés par la topographie des lieux.

Le Mont St Helens avant et après l’éruption du 18 mai 1980, vu du Johnston Ridge (cliquer sur l'image pour l'agrandir). La montagne a perdu 400 mètres de hauteur et la forêt 600 kilomètres carrés. Crédit USGS/Cascades Volcano Observatory

Le départ du dôme de lave qui recouvrait le volcan lors du glissement de terrain a produit le même effet que le bouchon d'une bouteille de champagne. Le magma contenu à l'intérieur du volcan, qui poussait progressivement la lave solidifiée vers l'extérieur, est maintenant libre d'être entièrement expulsé. Quelques secondes après l'effondrement du dôme sur les flancs de la montagne, toute la partie supérieure du volcan est transformée en un nuage pyroclastique de plusieurs centaines de degrés qui dévale les pentes du volcan à des vitesses vertigineuses.

L'effet de l'explosion du volcan est gigantesque et la région sera complètement dévastée dans les 30 kilomètres aux alentours. David A. Johnston, ainsi que 57 autres personnes présentes dans cette zone, ne survivront pas à l'arrivée du nuage pyroclastique, déplaçant gaz et cendres à des vitesses proches de celle du son. La forêt sera également anéantie, ce qui conduira à des paysages similaires à ceux de Toungouska en Sibérie. L'explosion de 0,2 kilomètre cube de lave sera entendue à des centaines de kilomètres de là, en Californie et en Colombie-Britannique.

Dave Johnston (1949-1980) utilisant un équipement de détection de gaz le 4 avril 1980. Le Johnston Ridge, site principal d’observation du Mt St Helens, fut nommé en mémoire du géologue, disparu lors de l'éruption alors qu'il était en train de l'étudier (cliquer sur l'image pour l'agrandir). Crédit USGS

Pendant les dix heures qui vont suivre, une série de nuages pyroclastiques mineurs vont accompagner la formation d'une colonne de cendres qui s'élève dans la stratosphère. Plus de 1,3 kilomètre cube de poussières volcaniques seront rejetées dans l'atmosphère et les retombées locales affecteront tout le nord-ouest des Etats-Unis. A 5 h 30 dans l'après-midi, l'éruption paroxysmale du St Helens touche à sa fin, la colonne commençant à s'effondrer sur elle-même. Il faudra néanmoins attendre plusieurs jours avant que la situation ne soit stabilisée dans la région, touchée par d'importants lahars (coulées de boues), des coupures de courants et la mise hors d'usage des principaux moyens de transport.

Dans les mois et les années qui ont suivis, le Mont St Helens a connu de nouveaux épisodes de formations de dômes de laves dacitiques. Heureusement, la pression accumulée ne sera jamais comparable à celle atteinte durant cette journée du 18 mai 1980. Le volcan n'a provoqué depuis que des éruptions mineures ou intermédiaires.

Cela vous intéressera aussi