Alors que la série La Brea commence à peine à être diffusée en France depuis le 2 novembre 2022, dans notre nouvel épisode de Science, ça tourne, nous nous penchons sur son réalisme. Ou du moins, la crédibilité de l'élément déclencheur : est-il possible qu'un gouffre géant s'ouvre de manière soudaine au milieu d'une ville ?

Depuis le 2 novembre 2022, la série La Brea est programmée sur TF1 tous les mercredis. Initialement diffusée en 2021 hors France, elle commence par l'ouverture d'un gouffre géant au beau milieu de Los Angeles, aux États-Unis. De nombreuses personnes chutent alors dans ce cratère, tandis que les autres tentent de comprendre ce qu'il s'est passé. On apprend ensuite — attention spoiler — qu'ils ont en fait été plongés dans une dimension parallèle : ils sont au même endroit, mais en 10 000 ans av. J.-C. En parallèle, des oiseaux préhistoriques sortent du gouffre et arrivent dans le temps présent, confirmant l'idée d'une dimension dans le passé. De nombreuses découvertes s'ensuivent, d'un côté ou de l'autre, tandis que les mystères s'accumulent tout autant. Mais quelle part de réalisme y a-t-il dans cette série de science-fiction ?

Les gouffres géants comme dans La Brea existent réellement !

Si le voyage dans le temps n'est bien sûr absolument pas plausible, l'ouverture d'un cratère l'est ! Appelés « dolines », ces gouffres se forment lorsque la roche s'effondre sous son propre poids. Cet effondrement se produit principalement pour des calcaires, des roches carbonatées facilement solubles dans l'eau. Lorsque de l'eau s'infiltre dans ces roches sous terre, une partie se dissout, et des creux se créent alors lorsque l'eau se retire. Cela forme ensuite ce qu'on appelle des milieux karstiques : des structures géologiques résultant de l'érosion hydrochimique ou hydraulique des roches, souvent causée par de l'eau de pluie. On peut notamment citer le très célèbre gouffre de Padirac, résultant de l'effondrement de la voûte d'une ancienne cavité naturelle et d'une profondeur de 103 mètres !

De tels effondrements prennent souvent une forme circulaire, et bien qu'ils se produisent parfois lentement, le processus est majoritairement très soudain. C'est ce qu'il s'est produit en août 2022 au Chili, où un gigantesque cratère est apparu ! Des creux se sont accumulés dans la roche, et le toit recouvrant les cavités — ou de notre point de vue, le sol — tombe dès lors que son poids subi dépasse la capacité de la roche à maintenir son plafond en place ; par exemple, si l'eau se retire. La profondeur dépendra des écoulements et de la profondeur à laquelle ils ont entamé les roches. L'activité humaine peut aussi influer, comme lorsqu'elle contribue à pomper l'eau rapidement, en diminuant le niveau de la nappe phréatique.

Le Grand trou bleu, situé en Amérique centrale, est un cénote : un gouffre karstique rempli d'eau. © <em>U.S. Geological Survey, Wikimedia Commons</em>
Le Grand trou bleu, situé en Amérique centrale, est un cénote : un gouffre karstique rempli d'eau. © U.S. Geological Survey, Wikimedia Commons

Dans des villes, le processus est bien plus rarement observé et heureusement ! L'origine diffère dans ces cas-là : les gouffres proviennent cette fois de processus artificiels, comme la rupture de conduites d'eau, l'accumulation de construction, le pompage excessif d'eaux souterraines ou encore l'exploitation minière. Mais, en général, des fissures ou de légers affaissements se produisent avant la catastrophe, permettant de la prévenir. Les gouffres urbains mesurent de plus quelques dizaines de mètres de diamètre en moyenne, soit une taille très éloignée de celui de La Brea ! On peut néanmoins citer le gouffre géant survenu à Montevallo, en Alabama, l'année 1972 : d'une largeur de 91 mètres, il est apparu en une seule nuit, engloutissant des arbres et réveillant en catastrophe les personnes vivant aux alentours ! 

La Brea : un véritable lieu préhistorique

Ainsi, un gouffre géant, c'est possible. Mais aussi large, c'est impossible. En revanche, certains cratères naturels atteignent plusieurs milliers mètres de profondeur, comme la grotte de Sarma située dans les montagnes d'Abkhazie, en Géorgie, et atteignant 1 830 mètres de profondeur… rendant le cratère de La Brea plausible sur ce point-là. Quant aux animaux préhistoriques provenant du cratère de la série, ils semblent improbables bien évidemment, mais ne sont pas basés que sur de la fiction ! Car le titre de la série, La Brea, se réfère à un réel site préhistorique situé dans le centre de Los Angeles : La Brea Tar PitsPlus précisément, il s'agit d'un gisement de fossiles datant de la fin du Pléistocène supérieur, donc entre 40 000 ans et 11 700 ans avant notre ère.

Reconstitution avec maquettes grandeur nature de la scène d'un mammouth colombien piégé dans une nappe de bitume lors de sa quête d'eau fraîche, avec sa compagne et leur petit sur les bords, impuissants. © Buchanan-Hermit, <em>Wikimedia Commons</em>
Reconstitution avec maquettes grandeur nature de la scène d'un mammouth colombien piégé dans une nappe de bitume lors de sa quête d'eau fraîche, avec sa compagne et leur petit sur les bords, impuissants. © Buchanan-Hermit, Wikimedia Commons

Des milliers d'animaux se sont retrouvés ainsi piégés dans un puits de goudron naturel, alors qu'ils cherchaient de l'eau en période de sécheresse. En plongeant dans la mare d'asphalte, leur corps s'est enfoncé dans ce pétrole particulièrement visqueux, incapables d'en sortir. Quelques siècles plus tard, à notre époque, de multiples fouilles ont eu lieu et ont permis de retrouver notamment une grande quantité de fossiles d'insectes et de végétaux, mais aussi de plus grands spécimens comme des serpents, des chevaux préhistoriques, ou même des mammouths !

Aujourd'hui, les découvertes sont regroupées dans un grand musée au cœur de Los Angeles, agrémenté d'une reconstitution du lieu tel qu'il aurait pu être il y a 40 000 ans. L'idée de la série est ainsi de reprendre ces animaux coincés dans le puits, mais cette fois d'imaginer qu'il devient un passage vers le passé, où les animaux ne sont pas morts !