Méandre d'un cours d'eau du bassin amazonien. Les méandres bougent au cours du temps et érodent et construisent le paysage. © gustavofrazao, Fotolia
Planète

Des scientifiques ont découvert que l'immense bassin amazonien est sensible aux changements climatiques rapides

ActualitéClassé sous :Environnement , amazonie , Fleuves

De nouveaux résultats bouleversent les hypothèses sur la manière dont le paysage du bassin amazonien a été façonné. Il aurait pu passer de l'érosion à la construction en seulement quelques dizaines de milliers d'années, ce qui est exceptionnellement rapide pour un fleuve de son envergure.

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L'Amazone se trouve en Amérique du Sud. Il est le fleuve le plus puissant et le plus grand au monde. Occupant 40 % de la surface de l'Amérique du Sud, ce bassin amazonien immense fournit une humidité extrême permettant à la forêt tropicale amazonienne de s'y développer, prospérer et d'abriter une biodiversité particulièrement importante. Son débit est renforcé par un vaste réseau hydrographique de plus de 1.000 cours d'eau qui va venir modifier le paysage au cours du temps. De manière générale, le courant des grands fleuves alluviaux transporte l'eau et les sédiments qui vont soit éroder, soit construire leurs canaux en fonction des quantités de sédiments. Si une rivière transporte beaucoup de sédiments mais peu d'eau, les sédiments ne sont pas emportés loin par le courant et se déposent au fond, puis construisent sa plaine inondable. À l'inverse, si une rivière transporte peu de sédiments, le courant de l'eau creuse son lit et des vallées plus profondes, et forme au-dessus des terrasses (anciennes berges).

Lorsque l'eau érode et creuse le lit d'un fleuve, les anciennes berges (en jaune) ne bougent pas et sont abandonnées. Ces restes d'anciennes berges sont appelés terrasses alluviales. © Cristellaria

Érosion et construction, des processus lents

Les cycles glaciaires (100.000 ans) ont dominé le climat récent de la Terre mais les scientifiques ne comprennent pas encore bien si ces rivières sont sensibles à ces changements de cycles rapides. En effet, pour de nombreuses grandes rivières, l'érosion ou la construction des canaux est un processus lent, de centaines de milliers d'années. Et comparé aux cycles glaciaires et interglaciaires qui ont des périodes de 100.000 ans, on s'attend à ce que les grands fleuves réagissent trop lentement pour être influencés par ces changements rapides du climat.

Cependant les vastes jeunes terrasses que présente le fleuve Amazone démontrent des changements géologiques rapides en accord avec les changements du ruissellement des cycles climatiques du Quaternaire (dernière ère géologique de 2,58 millions d'années à l'actuelle) laissant penser à une relation de causalité entre les deux.

Dans un article récent, Samuel L. Goldberg et ses collègues du Département des sciences de la Terre, de l'atmosphère et des planètes à Cambridge testent cette hypothèse et évaluent le rôle du changement climatique, provenant des cycles glaciaires du Quaternaire, sur la création des hautes falaises et des rivières profondes du bassin amazonien. Pour ce faire, les scientifiques ont utilisé une combinaison d'analyses théoriques, de mesures empiriques et d'analyses topographiques afin d'estimer la rapidité avec laquelle un profil de rivière réagit aux changements de débit ou d'apport de sédiments ; puis ils ont comparé ces modèles aux terrasses fluviales observées et à l'âge d'enfouissement des sédiments.

Le bassin amazonien est alimenté par plus de 1.000 cours d'eau qui bougent au cours du temps, érodent et construisent le paysage. © Grispb, Adobe Stock

Des résultats inattendus

Alors que les scientifiques pensaient que les grands fleuves comme celui-ci étaient résistants aux changements rapides du climat, les résultats obtenus bouleversent les hypothèses sur la manière dont le paysage de l'Amazonie a été construit. À leur grande surprise, les résultats ont montré que le bassin amazonien aurait pu passer de l'érosion à la construction en seulement quelques dizaines de milliers d'années, une durée nettement plus courte que la période de 100.000 ans des cycles glaciaires indiquant alors que la construction de l'Amazone reflète les changements climatiques glaciaires.

Cette nouvelle découverte rappelle que notre Planète est très sensible aux changements climatiques et à la tectonique, et qu'elle se modifie en grande partie par leur influence. Les changements anthropiques que nous lui imposons ne feront pas exception et marqueront également notre Terre sur des milliers d'années futures.

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