Planète

Biodiversité : les dégâts du barrage Balbina en Amazonie

ActualitéClassé sous :Environnement , extinction , amazonie

Pensés comme source d'énergie renouvelable, les barrages hydroélectriques peuvent considérablement dégrader la faune et la flore locale. Le cas du barrage Balbina, au Brésil, analysé dans une étude scientifique, en est témoin.

Le travail présenté ici cible l'impact sur la biodiversité forestière du barrage brésilien de Balbina. Des études antérieures montrent l'impact socio-économique des barrages (ici, celui de Tucuruí, au Brésil, d'une puissance de 8.370 mégawatts) sur les communautés locales accusant des pertes de revenus issus de la pêche, notamment. © Joel Takv, Wikimedia Commons, cc by sa 2.5

Une recherche sur l'un des plus grands barrages hydroélectriques du monde en superficie inondée, le barrage Balbina, au Brésil, révèle une perte de mammifères, d'oiseaux et de tortues sur la grande majorité des îles formées par l'immense retenue d'eau. Construits pour approvisionner de façon écologique de l'électricité aux pays qui les hébergent, certains grands barrages sont déjà reconnus pour augmenter les émissions de gaz à effet de serre, rapporte l'étude parue dans la revue Plos One. En revanche, peu d'analyses portent sur l'impact de tels ouvrages sur la biodiversité forestière. «Nous ne faisons que commencer à réaliser l'ampleur stupéfiante des extinctions dans les zones forestières restant au-dessus de l'eau, comme des îlots d'habitats», explique Carlos Peres, chercheur à l'université d'East Anglia, en Angleterre, et coauteur du rapport.

Son équipe s'est concentrée sur l'exemple de Balbina, au nord de Manaus. Achevée à la fin des années 1980, l'infrastructure brésilienne a immergé plus de 312.000 hectares de forêt tropicale primaire et généré un archipel artificiel de 3.546 îles. Pendant deux ans, les chercheurs ont étudié la biodiversité en vertébrés terrestres et arboricoles de 37 îles indépendantes et de trois zones forestières voisines et continues. Des images satellites à haute résolution leur ont aussi permis d'appréhender la dégradation végétale sur les îles.

Proportion des espèces de vertébrés forestiers susceptibles d'avoir localement disparu en fonction de la superficie de parcelle de forêt modélisée sur 3.546 îlots forestiers du réservoir hydroélectrique Balbina : plus les îles sont petites en surface, plus le taux d'extinction est élevé (augmentation du bleu au rouge). © Benchimon et al., Plos One

Les populations animales sont aussi affectées par les incendies

Les résultats montrent, après 26 années d'isolement, une perte généralisée des animaux : sur les 3.546 îles créées artificiellement, seules 0,7 % d'entre elles (25 îles) sont maintenant susceptibles d'abriter au moins 80 % de l'ensemble des 35 espèces étudiées. Ces animaux se concentrent prioritairement sur des refuges émergés d'une surface de plus de 475 hectares. En revanche, les grands vertébrés - dont les mammifères, les grands gibiers à plumes et les tortues - ont disparu de la plupart des zones terrestres morcelées.

Autre pression exercée sur la biodiversité restante : les incendies. « La plupart des petites îles ont succombé à une exposition au vent et à des feux éphémères qui ont eu lieu au cours d'une grave sécheresse El Niño en 1997 et 1998 », relate Maíra Benchimol, chercheuse à l'université d'East Anglia et coauteur de l'article. Et les îles incendiées conservent encore moins d'espèces que celles épargnées, poursuit-elle.

Si certains animaux sauvages peuvent s'accommoder d'une perte de leur habitat, l'avenir de la viabilité démographique et génétique des petites populations isolées dans les zones touchées par les grands barrages semble sombre, s'inquiètent les auteurs de l'étude, beaucoup d'espèces étant incapables de nager d'une île à l'autre pour croiser leurs populations. Les scientifiques prévoient un taux d'extinction local de plus de 70 % des 124.110 populations des espèces étudiées sur l'archipel. « Nous soulignons l'érosion colossale dans la diversité des vertébrés entraînée par un barrage et nous montrons que les impacts sur la biodiversité de méga-barrages dans les régions forestières tropicales de plaine ont été gravement négligés », déclarent-ils.

Alors que le gouvernement brésilien envisage de construire des centaines de nouveaux barrages dans certaines des régions forestières tropicales les plus riches en biodiversité de la planète, les chercheurs préconisent « une réévaluation de toute urgence de cette stratégie géopolitique » et conseillent vivement que les impacts sur la biodiversité à long terme soient explicitement inclus dans les études d'impact environnemental préalables à toute autorisation pour de telles constructions.

Cela vous intéressera aussi