Alors qu'en ce mois de décembre la Coupe du monde au Qatar a fait parler d'elle, pas qu'en bien, Futura s'est renseigné sur d'autres projets et phénomènes similaires. Voici notre sélection des 10 pires aberrations écologiques, ces absurdités qui détruisent la Planète… pour rien. « Tout va bien » !

On en parle depuis des mois : la Coupe du monde au Qatar continue de faire débat alors qu'elle s'est terminée depuis quelques jours. Que cela soit par rapport au nombre de morts lors de la constructionconstruction des infrastructures, des droits humains, ou de l'empreinte écologiqueempreinte écologique d'un tel événement. Quelques semaines auparavant, se tenait la COP27, en Égypte, pour parler du réchauffement climatiqueréchauffement climatique et de ses conséquences. Peu d'éléments en sont ressortis, si ce n'est une aide pour les pays les plus pauvres qui subissent de plein fouet les extrêmes climatiques. Mais aucune réelle décision.

Des centaines de personnes venues en avion pour discuter du climatclimat, mais rien de concret ensuite. C'est à se demander parfois si on marche sur la tête. Pourtant, ce type d'absurdité se croise régulièrement, et de plus en plus ces dernières années, alors que le contexte climatique est omniprésent, connu de tous, mais que rien ne change pour autant. Voici un panel non exhaustif de ces aberrationsaberrations.

1. Faire voler des avions vides

Si si, c'est une pratique réelle. La compagnie Lufthansa, la compagnie aérienne allemande, a annoncé cet hiver 2022 devoir faire voler plus de 18 000 avions à vide, pour pouvoir conserver ses créneaux de vols. En effet, selon la compagnie, les règles européennes imposaient que 50 % des créneaux soient réellement utilisés, que ce soit pour des décollages ou des atterrissages, sinon elle risquait de perdre ses droits pour l'année suivante. Un pourcentage déjà réduit, car à 80 % en temps normal.

Pas le choix pour les compagnies aériennes, s'est défendu Lufthansa, alors que la pandémie avait fortement affaibli le secteur aéronautique. Pourtant, sa justification a été démentie par différents aéroports, expliquant qu'une exemption était possible face au contexte particulier. Qui a raison ? On ne sait pas, mais ce qu'on sait, c'est que plusieurs milliers d'avions, peut-être pas 18 000, ont bien volé sans passagers.

Avec la pandémie, les avions ont été de moins en moins remplis, allant jusqu'à décoller à vide ! © skipp604, Pixabay, CC0 Creative Commons
Avec la pandémie, les avions ont été de moins en moins remplis, allant jusqu'à décoller à vide ! © skipp604, Pixabay, CC0 Creative Commons

2. Faire voler des avions sans destination

Vous souhaitez avoir la sensation de voyager sans pour autant avoir de réelle destination, pas de voyage derrière ? Eh bien, c'est possible ! En 2020, dans un contexte de pandémiepandémie, des compagnies aériennes ont proposé des vols vers nulle part : l'avion décolle, survole la ville de laquelle il vient, fait un tour et revient à son point de départ ! À bord, très peu de personnes à cause des règles de distanciation, des repas de luxe, des activités organisées pour l'occasion, ou même des cadeaux ! 

Ces vols se sont produits en Asie et en Australie, notamment à Tokyo où plusieurs avions Airbus A380 ont accueilli plusieurs milliers de passagers de cette façon. Le but pour les compagnies aériennes, compenser les pertes financières causées par la pandémie. Mais cela excuse-t-il de telles aberrations écologiques ? Sachant que l'avion est le moyen de transport le plus émetteur de gaz à effet de serregaz à effet de serre par kilomètre effectué, dur de justifier ces vols inutiles...

Plusieurs avions Airbus ont effectué des vols vers nulle part, pour différentes compagnies aériennes, principalement en Asie. © Airbus, A. Doumenjou, Master Films
Plusieurs avions Airbus ont effectué des vols vers nulle part, pour différentes compagnies aériennes, principalement en Asie. © Airbus, A. Doumenjou, Master Films

3. Les Jeux asiatiques d’hiver se dérouleront en Arabie saoudite en 2029

Le 4 octobre 2022, le Conseil olympique d'Asie (OCA) a annoncé le lieu pour les futurs JO asiatiques d'hiver en 2029 : l'Arabie saoudite, et plus précisément une future mégalopole appelée Neom de la taille de la Belgique, annoncée en 2017 mais pas encore construite à l'exception d'un palais pour le prince saoudien Mohammed ben Salmane. Le tout en plein désertdésert, où la température moyenne en hiver descend régulièrement au-dessous de zéro degré mais où aucune neige ne perdure plus de quelques jours.

Les jeux auront donc lieu sur des pistes de neige artificielle, des lacs artificiels, le tout dans une mégalopole à la pointe de la technologie, dont l'utilité est discutable et discutée, qui coûtera des milliards de dollars. Le site des JO devrait contenir de nombreux chalets, restaurants et autres installations touristiques. Une aberration à plusieurs niveaux, dont celui écologique.

La mégalopole futuriste Neom aura une superficie d'environ 25 000 km². © Peter Hermes Furian, Adobe Stock
La mégalopole futuriste Neom aura une superficie d'environ 25 000 km². © Peter Hermes Furian, Adobe Stock

4. Faire plusieurs trajets en avion sur une seule journée pour aller discuter du climat et des mesures à prendre

C'est arrivé récemment, et la concernée se trouve être la Première ministre Elisabeth Borne, d'après le compte twittertwitter L'avion de Bernard qui recense les vols en jets privés effectués sur le territoire français. Le 14 novembre 2022, elle a effectué un aller-retour Paris-Marseille avec l'un des sept avions de la flotte présidentielle, d'abord pour aller, entre autres, signer un protocoleprotocole sur la planification écologique, puis de retour à Paris pour aller participer à une émissionémission sur le climat pour BFMTV.

Un aller-retour estimé à environ 3 tonnes de CO2, soit plus d'un tiers de l'empreinte carbone annuelleannuelle des Français, évaluée à 8,2 tonnes de COéquivalent par personne. Le terme sobriété ne devrait-il pas signifier aussi adaptation des plannings pour faire de tels trajets en train, ou ne pas les faire et privilégier les visioconférencesvisioconférences

5. La fast-fashion, comme Shein : beaucoup de pollution et des conditions déplorables pour les employés

L'enseigne a beaucoup fait parler d'elle très récemment : en octobre 2022, un épisode de Capital dénonçait les conditions des travailleurs de Shein, cette marque de vêtements chinoise aux prix très attractifs. Et confirmait au passage l'enquête de l'ONG Public Eye. Avec des milliers de nouveaux produits qui sortent chaque jour, toujours à petit prix, il était déjà évident qu'il y avait anguille sous roche. Et en effet, les conditions de travail se révèlent inhumaines : 75 heures de travail par semaine, un seul jour de congé par mois, parfois 18 heures de travail dans la journée car impossible de sortir tant que le travail n'est pas terminé.

La fast-fashion, de manière plus généralisée, ravage la planète, et tous les êtres vivants qui la peuplent. Au total, l'industrie de la mode représente 1,2 milliard de tonnes de CO2 émises par an selon l'Ademe, soit près de 2 % des émissions totales. Un chiffre qui tend à augmenter. L'Ademe explique aussi que la mode est le « 3e secteur consommateur d'eau dans le monde, après la culture de blé et de riz ». Il contribue aussi à polluer l'eau à hauteur de 20 %, à cause des éléments toxiques qui se déversent à chaque lavage. C'est aussi un secteur avec le plus de gaspillages, car les vêtements sont souvent jetés bien avant d'être inutilisables.

Des déchets textiles au Bangladesh. © Swapan, Adobe Stock
Des déchets textiles au Bangladesh. © Swapan, Adobe Stock

6. Les cigarettes électroniques jetables : un désastre en matière de santé, mais aussi écologique

Apparues en 2019, des cigarettes électroniques jetables aux goûts variés sont de plus en plus commercialisées. Elles touchent majoritairement les populations jeunes, notamment pour leurs goûts attractifs (coca, fruits, menthe...), mais aussi les fumeurs souhaitant arrêter la nicotinenicotine, mais n'ont aucun bon côté. Ni recyclables ni réellement meilleures pour la santé que les cigarettes électroniquescigarettes électroniques rechargeables, elles polluent et coûtent cher. 

L'Organisation mondiale de la Santé (OMSOMS) a alerté sur les dangers de l'industrie du tabac, tant au niveau environnemental que sanitaire, « responsable de plus de 8 millions de décès, de la destruction de 600 millions d'arbresarbres, 200 000 hectares de terresterres, de la perte de 22 milliards de tonnes d'eau et de l'émission de 84 millions de tonnes de CO2 ». Comme elle l'explique, ce sont les produits du tabac qui représentent les principaux déchetsdéchets sur la planète, avec environ 4 500 milliards de filtres à cigarettes jetés chaque année au sol ou dans les eaux.

Les mégots de cigarette ne sont pas biodégradables et finissent très souvent à la mer. © Lamiot, <em>Wikimedia Commons</em>, CC by-sa 4.0
Les mégots de cigarette ne sont pas biodégradables et finissent très souvent à la mer. © Lamiot, Wikimedia Commons, CC by-sa 4.0

7. Climatiser les rues d'une ville, ou des stades entiers

Retour vers le Qatar, mais cette fois pas (que) pour la Coupe du monde ! En 2019, une information a fait le buzz : certaines rues entières sont climatisées au Qatar, pour faire face aux chaleurschaleurs étouffantes avoisinant les 50 °C et le fort taux d'humidité. Un exemple parfait de cercle vicieux, car la climatisationclimatisation contribue au réchauffement climatique, par sa consommation d'électricité, mais aussi par la chaleur qu'elle dégage lorsqu'elle refroidit !

Que faire dans de tels cas ? Adapter la ville à la chaleur ! Notamment par la végétalisation, la plantation d'arbres dans les rues, sur les toitstoits, et surtout en grande quantité ! Ils  créent de l'ombre, absorbent le COdurant la journée, et convertissent l'eau en vapeur par évapotranspiration. Les rues et bâtiments étant déjà de couleurcouleur claire, une possibilité est de rajouter des couches réfléchissantes, comme celles citées par Bertrand Piccard, c'est le contexte autour qui doit s'adapter. Une autre possibilité est la création de couloirs de ventsvents, c'est-à-dire l'adaptation de l'architecture des villes à la circulation des courants d'airair naturels.

Au Qatar, des rues entières sont climatisées. © allan, Adobe Stock
Au Qatar, des rues entières sont climatisées. © allan, Adobe Stock

8. Des rayons frais sans porte aux supermarchés 

Cette fois, ça se passe en France : des rayons frais sans porteporte ! Qui refroidissent tout le supermarché, jusqu'à 5 °C l'été, et bien sûr gaspillent une quantité gigantesque d'électricité ! Où se trouve la sobriété énergétique là-dedans ? Difficile à trouver. Pourtant c'est bien légal : aucune obligation pour les supermarchés de fermer leurs réfrigérateursréfrigérateurs.

En 2020, ils devaient tous, en théorie, s'équiper de portes. Mais le contexte de pandémie a changé la donne, et a permis plus de souplesse sur la législation qui devait entrer en vigueur. Si bien que certains rayons frais sont actuellement encore ouverts, n'ayant pas encore fait l'investissement ! Celui-ci, probablement très coûteux, pourrait bien être rentable en quelques années seulement, voire moins étant donné les prix grimpants de l'électricité. Au total, les rayons frais comptent pour la moitié de la facture d'électricité, et ceux sans porte l'augmentent de près de 40 %.

De nombreux rayons frais sont encore sans porte ! © AlenKadr, Adobe Stock
De nombreux rayons frais sont encore sans porte ! © AlenKadr, Adobe Stock

9. The Line : une ville tout en long digne d'un film de SF

Une grande ville à l'allure futuriste, qui s'étend sur 170 kilomètres de long, et n'est en fait constituée que de deux immeubles géants placés en parallèle... Elle paraît digne d'une dystopie, mais est pourtant réellement annoncée par l'Arabie saoudite. The Line appartient au projet Neom, mégalopole géante pour 2030. Censée être zéro émission carbonecarbone, si l'on oublie les coûts faramineux de construction alors que l'excavation a débuté en octobre 2022, elle accueillerait près de 9 millions d'habitants. Avec une surface totale de 26 500 km², cela signifierait une densité de 260 000 personnes par km², soit huit fois la densité la plus élevée dans le monde, à Manille, dans les Philippines !

Toute la ville serait alimentée en énergieénergie propre, et chaque habitant pourrait se rendre d'un bout à l'autre de la ville en 20 minutes grâce à un réseau de transport souterrain. Et, comme toute ville futuriste, de nombreux services seraient gérés par des IAIA... Mais le projet fait face à de nombreux détracteurs, notamment à cause de l'empreinte écologique du pays qui devrait d'abord être corrigée. De plus, l'idée d'une ville entièrement gérée par des IA semble peu compatible avec une empreinte carbone nulle. Enfin, humainement, le projet a déjà fait des siennes : des membres de la tribu des Howeitat, expulsés de force car ils habitaient le lieu de la future ville, ont été condamnés à mort pour s'y être opposés.

10. Détruire des forêts pour mettre des panneaux solaires à la place

Et c'est en France que ça se passe ! Plus précisément, dans le Sud-Ouest. Une partie de la forêt des Landes s'apprête à être coupée pour laisser place à de grands panneaux solaires. Alors que l'Aquitaine produit déjà près de 30 % de l'énergie photovoltaïqueénergie photovoltaïque de la France, d'ici 2030, un nouveau projet compte bien faire grimper ce chiffre : le projet Horizéo. Il fournirait une puissance de 1 GW, soit l'équivalent d'un réacteur nucléaire de deuxième génération. Mais pour ça, ce sont 1 000 hectares de forêt à Saucats qui seront rasés.

Si développer les énergies renouvelables est bien sûr nécessaire, le faire au détriment d'une forêt est un non-sens écologique. Le projet prévoit de compenser les pertes en arbres, mais en en plantant de nouveaux, ce qui ne revient bien sûr pas au même que d'anciens arbres, car l'âge détermine la quantité de CO2 qu'ils peuvent absorber. De tels chantiers pourraient, et devraient se construire dans des zones déjà artificielles : ici, les 1 000 hectares rasés créeront un véritable îlot de chaleur en été.

Alors qu'une partie de la forêt a déjà brûlé cet été, 1 000 hectares seront rasés pour produire de l'énergie solaire, un véritable paradoxe écologique. © image’in, Adobe Stock
Alors qu'une partie de la forêt a déjà brûlé cet été, 1 000 hectares seront rasés pour produire de l'énergie solaire, un véritable paradoxe écologique. © image’in, Adobe Stock