Une vue d'artiste de la mort des dinosaures. © lassedesign, Adobe Stock
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Incroyable : les scientifiques ont réussi à savoir à quelle saison sont morts les dinosaures !

ActualitéClassé sous :dinosaure , cratère de Chicxulub , astéroïdes tueurs

Nul doute que la cause principale de la disparition des dinosaures soit due à la chute d'un petit corps céleste sur le Yucatan. La date précise est destinée à rester floue, on sait seulement que cela s'est produit il y a environ 66 millions d'années. On pourrait penser qu'il en serait de même pour déterminer la saison de l'événement. Remarquablement, il semble que ce ne soit pas le cas !

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[EN VIDÉO] Interview : le mystère de l’extinction des dinosaures est-il enfin élucidé ?  Les scientifiques ont bien du mal, depuis toujours, à trouver un consensus expliquant l’extinction des dinosaures. Même si la théorie la plus grandement acceptée est celle d’une météorite, il persiste encore aujourd’hui des zones d’ombres. Futura-Sciences a interviewé Éric Buffetaut, paléontologue, pour qu’il nous éclaire sur la question. 

Comme l'explique avec beaucoup d'informations la vidéo ci-dessous, cela fait presque 40 ans que Walter Alvarez, alors un jeune géologue fraîchement émoulu de l'université de Berkeley, a amorcé une révolution dans les sciences de la Terre en découvrant tout d'abord une étrange strate argileuse sombre marquant la disparition subite du plancton marin, précisément à la fin du Crétacé et au début de l'ère tertiaire. Or, c'est à cette époque que disparaissent non seulement les grands reptiles marins, les ammonites et les bélemnites, mais surtout les dinosaures.

Se joignant à son père, le prix Nobel de physique, Luis Alvarez, et surtout aux chimistes Frank Asaro et Helen Michel, tous de l’université de Berkeley, il entreprit de faire parler la couche en la datant et en l'analysant précisément. Les chercheurs découvrirent que cette strate contenait une quantité anormalement élevée d'un élément rare à la surface de la Terre, l'iridium. Ce métal est en revanche assez abondant dans les comètes et les astéroïdes ; c'est pourquoi Walter Alvarez en arriva à proposer que la crise biologique survenue il y a 66 millions d'années, la fameuse crise du Crétacé-Tertiaire (ou K-T, de l'allemand Kreide-Tertiär), était due à la chute d'un petit corps céleste sur Terre. Le climat et l'insolation en auraient été changés, faisant s'écrouler la chaîne alimentaire.

Cette thèse a été depuis vérifiée dans les grandes lignes, même si l'on pense aussi que les volcans à l'origine des plateaux basaltiques (les trapps) du Deccan, à l'ouest de l'Inde, ont aussi joué leur rôle. Ce qui est certain, c'est que l'on a trouvé un grand cratère d'impact précisément corrélé au dépôt de la couche d'argile noire. Il s'agit bien sûr de l'astroblème de Chicxulub.

Il y a tout presque 40 ans, les scientifiques découvraient une couche d’iridium répandue sur notre Planète, preuve d’un impact cosmique à la surface de la Terre. Retour sur une enquête incroyable qui a mis en évidence les preuves d’une extinction massive il y a 66 millions d’années. Enseignant-chercheur au laboratoire Géosciences Paris-Sud de l’Université Paris-Saclay, Sylvain Bouley déchiffre les surfaces planétaires afin de reconstituer l’histoire de notre Système solaire. © Festival d'Astronomie de Fleurance

Un instantané de la fin du Crétacé

Aujourd'hui, des chercheurs de la Florida Atlantic University (FAU) aux USA, à la tête d'une équipe internationale de spécialistes en géosciences, sont arrivés à réaliser un extraordinaire tour de force : déterminer la saison de la mort des dinosaures dans l'hémisphère Nord. La méthode employée est exposée dans un article en accès libre de Scientific Reports. Un communiqué de la FAU donne quelques explications fournies notamment par Robert DePalma, auteur principal de l'article.

Le paléontologue et géologue y rappelle que « la période de l'année joue un rôle important dans de nombreuses fonctions biologiques telles que la reproduction, les stratégies d'alimentation, les interactions hôte-parasite, la dormance saisonnière et les schémas de reproduction. Par conséquent, il n'est pas surprenant que la période de l'année pendant laquelle survint un aléa à l'échelle mondiale puisse jouer un rôle important dans la gravité de son impact sur la vie. Le calendrier saisonnier de l'impact de Chicxulub a donc été une question dont la réponse est critique pour l'histoire de l'extinction du Crétacé final. Jusqu'à présent, la réponse à cette question est restée floue ».

Robert DePalma a donc étudié avec ses collègues le site de Tanis dans l'actuel Dakota du Nord. Il y a 66 millions d'années, Tanis était en bordure d'un bassin orienté du sud au nord dans lequel l'eau d'une transgression marine s'était engouffrée, créant la fameuse mer de Niobraran, aussi connue sous le nom de voie maritime intérieure de l'Ouest (Western Interior Seaway). Il est représentatif de la formation de Hell Creek qui est formée de divers sédiments (des grès peu indurés, argileux et des mudstones) déposés dans un milieu d'eaux douce ou saumâtre associées à des cours d'eau et des deltas.

Robert DePalma sur le site de Tanis. © KU News Service

Des horloges saisonnières figées

Ce que Robert DePalma et ses collègues ont déjà montré, il y a quelques années, c'est que l'on trouve sur ce site une strate sédimentaire d'un mètre et demi d'épaisseur déposée dans le lit d'une rivière. Cette couche contient de nombreux poissons d'eau douce empilés les uns sur les autres mais mélangés avec des ammonites et des micro-organismes marins appelés dinoflagellés avec des quantités impressionnantes de tectites, ces gouttelettes de roches fondues de la croûte terrestre. Or on sait que les tectites sont produites par l'impact d'un corps céleste de grande taille. Enfin, les datations de la couche argileuse contenant de l'iridium surmontant celle où se trouve ce véritable cimetière coïncident précisément avec la datation de l'impact de Chicxulub.

Clairement, il s'agit de l'instantané de la mort de ces organismes vivants, au moment où le tsunami causé par l'impact de l'astéroïde a remonté la mer intérieure de Niobraran jusqu'à rehausser également la rivière, ce qui explique ce curieux mélange de poissons d'eau douce avec des organismes marins.

L'étude des populations de poissons fossiles très bien conservés s'est révélée très intéressante. En effet, un peu comme des cernes d'arbres, des structures de croissance dans les os de certains poissons sont sensibles à la saison de l'année. En se basant sur les caractéristiques de poissons modernes, on sait également pendant quelle saison ils naissent et à quel rythme se fait leur croissance, et donc quelle est la taille atteinte pendant une saison donnée.

Dans les deux cas, la mort brutale des poissons fige en quelque sorte des horloges qui permettent donc de déterminer la saison de leur décès. Il apparait aujourd'hui, avec deux méthodes de datation presque indépendantes, et surtout concordantes, que l'impact de Chicxulub est arrivé au moment où l'hémisphère Nord allait passer du printemps à l'été.

Robert DePalma (à gauche) et Anton Oleinik, Ph.D. sur le site du Dakota du Nord. © Florida Atlantic University
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